Indignation

Indignation
2016
James Schamus

Adapté du roman de Philip Roth, ce petit film indépendant jamais sorti dans nos salles françaises nous plonge dans une époque révolue, aux conventions bien différentes d’aujourd’hui. Fils de boucher de bonne famille, Marcus Messner (Logan Lerman) ne connaissait jusqu’alors rien de la vie, mais tout va changer en 1951. Pour éviter d’être mobilisé à la guerre de Corée, il va aller faire des études dans une université de l’Ohio, se retrouvant bien malgré lui dans une chambre juive, lui qui rejette cette culture et leur religion dans lesquelles il ne se reconnaît pas. Bourreau de travail, il va se jeter corps et âme dans ses études, mais il lui sera impossible de détourner le regard de la belle Olivia (Sarah Gadon) qu’il se décidera à inviter à sortir avec lui. Seulement après le premier rendez-vous, il va comprendre que les mœurs de sa tendre sont bien différentes des siennes, le tiraillant entre son amour et l’indignation.

Avec notre regard contemporain habitué aux pratiques les plus extravagantes et qui ressort blasé d’un film aussi frigide que 50 Nuances de Grey, qui aurait pourtant provoqué bien des attaques cardiaques à l’époque, on voit mal ce qui pourrait indigner qui que ce soit. On comprend donc difficilement la réticence première du personnage principal, d’autant que sa partenaire à l’écran est d’une beauté ahurissante et qu’on serait prêt à donner un rein ou deux pour avoir ce genre de visite à l’hôpital. Néanmoins, le film a de sacrés arguments : l’époque choisie est originale et nous surprend entre les pratiques de l’époque mais aussi la quasi absence de changement du milieu universitaire américain en plus d’un demi-siècle ; la romance est pleine de poésie et de simplicité ; de même, le casting est de très haute facture. Si la tentatrice est divine et fait passer tellement de choses d’un simple regard, l’interprète du héros est quant à lui tout simplement bluffant. Avec des films comme Le Monde de Charlie il avait déjà prouvé sa capacité à faire passer une extrême sensibilité malgré une forte intériorisation, mais cette fois on passe au niveau supérieur avec une scène chez le directeur qui aurait dû lui valoir à minima une nomination aux Oscars. C’est brillant de justesse, la tension est parfois éreintante et le film nous tient en haleine malgré une histoire qui ne paye pas de mine, et si la fin n’était pas ce qu’elle est, le film aurait pu prétendre figurer en très haute estime. Reste un film atypique et poignant qui mérite qu’on s’y attarde.

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