Assassin’s Creed

Assassin’s Creed
2016
Justin Kurzel

En chute libre depuis le quatrième opus numéroté et ses choix narratifs et structurels de plus en plus discutables, la saga vidéo-ludique Assassin’s Creed n’en reste pas moins l’une des franchises les plus populaires depuis sa sortie en 2007, où ce qui était à l’origine un projet de suite du reboot de Prince of Persia – dont les résultats furent très décevants – se transforma en une nouvelle licence originale et juteuse. Son heure de gloire résonna d’une manière spectaculaire entre Assassin’s Creed II, ses deux suites et le fameux épisode III, nous dévoilant au fur et à mesure des aventures la sombre histoire de la première civilisation en nous faisant alterner entre un passé révélateur et palpitant et un présent futuriste aussi énigmatique qu’inquiétant. L’univers du jeu est d’une infinie richesse, et l’idée d’en faire un film semblait excellente, d’autant qu’Ubisoft avait gardé la main mise sur le projet. Alors bordel que s’est-il passé !

Encore et toujours à la recherche de la Pomme d’Eden (mais cette fois pour supprimer le « libre arbitre », parler de contrôler les gens c’est tellement yesterday), les vilains templiers d’Abstergo (Jeremy Irons, Marion Cotillard et Charlotte Rampling) cherchaient depuis des années à mettre la main sur un descendant direct d’Aguilar de Nerha, un assassin du XV° siècle qui aurait été le dernier à avoir eu entre les mains la pomme (enfin normalement y’en a plusieurs, mais soit). En effet, grâce à un bras métallique géant nommé l’Animus (pardon ?), Abstergo peut projeter par hologrammes (mais tellement pas, surtout en 2016) les souvenirs d’un ancêtre d’une personne grâce à son code génétique. Et malgré les efforts (yaouh, il lui a juste dit de se barrer) de son père Joseph (Brendan Gleeson) pour que le dernier descendant ne soit pas retrouvé, Cal Lynch (Michael Fassbender) sera quand même retrouvé par Abstergo. Bah oui sinon y’aurait pas d’histoire…

Que le film diverge de la saga n’est pas un mal en soit, mais encore faut-il que ça ait un intérêt. Transformer le siège de l’Animus par un immense bras robotisé c’est peut-être « classe », mais non seulement l’idée des hologrammes n’est pas raccord avec l’époque choisie (les jeux qui se passaient pourtant légèrement dans le futur n’allaient pas aussi loin en terme de technologie) mais en plus certaines reproductions de mouvements, puisque c’est ça l’idée développée, sont impossibles avec un tel dispositif, à commencer par les roulades avant qui comme par hasard sont coupées et ne montre que l’atterrissage. Pareillement, pourquoi changer le design de la pomme si c’est pour que le nouveau soit si fade ? Et au passage, comment se fait-il qu’en Espagne en 1492 les Assassins se coupent toujours l’annulaire pour faire passer la lame secrète alors qu’en 1476 Eizo était déjà passé au nouveau procédé ? Du torchage bien dégueulasse mais qui ne s’arrêtera malheureusement pas là. Outre la déception de constater que l’histoire du passé n’est pas du tout approfondie et ne sert au final qu’à balancer quelques scènes d’action totalement illisibles et nous faire littéralement courir après la pomme, on se verra aussi privé de tout contact avec les anciens, tout juste maladroitement évoqués. Les motivations de chacun sont superficielles, les acteurs exécrables du fait du vide total de leurs personnages, l’histoire est aseptisée à outrance à grand coup de clichés ignobles, le mystique est carrément passé à la trappe, il ne se passe rien les trois quart du temps, la réalisation est terme, dénuée de couleurs et manquant cruellement de luminosité. Exit l’infiltration et la discrétion, les phases dans l’Animus ne sont là que pour abrutir le spectateur lambda, mais même en terme d’action le film ennuie faute de lisibilités et surtout d’enjeux. Toute la fin est grotesque, vide de sens et tease une suite alors que l’histoire n’a même pas encore commencé. Les premiers résultats en salle sont catastrophiques et c’est amplement mérité quand on voit à quel point la licence a été vidée de toute substance, nous laissant avec un embryon mort-né putride et dérangeant.

Ce contenu a été publié dans Cinéma, Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *