The Green Knight


The Green Knight
2022
David Lowery

Sorti durant l’été 2021 aux Etats-Unis, il aura fallut attendre janvier 2022 pour le voir atterrir sur Prime Video. La raison ? Des distributeurs ne souhaitant pas le placer en face du premier volet au cinéma de Kaamelott, parlant lui aussi de la légende arthurienne, et qui fut un large succès malgré l’instauration à l’époque – seulement deux jours après sa sortie – du passe sanitaire. Pourtant, le projet avait l’air sacrément plus ambitieux et prometteur. En apparence seulement…

L’histoire prend place un jour de Noël, alors qu’un mystérieux chevalier vert va faire irruption au banquet du roi Arthur, demandant que quelqu’un vienne lui faire face. Devant faire ses preuves, le neveu du roi, Gauvain (Dev Patel), habitué à fricoter avec de la paysanne (Alicia Vikander), va accepter le défi. Un coup pour un coup : si Gauvain le touche, le chevalier vert lui portera le même coup dans un an jour pour jour. Pensant bien faire en décapitant le trouble fête, il réalisera que son acte lui coûtera sa propre vie quand ce dernier, visiblement pas humain, se relèvera et retournera d’où il vient.

C’est affolant de tristesse. Le film possède une photographie magnifique, des décors somptueux, des costumes incroyables, une bande-son réussie, et nombre de passages sont d’une immense poésie, voir une claque visuelle comme le passage avec les géants. Chef d’œuvre ? C’est tout le contraire : le film est d’un ennui absolu, d’une inutilité patente pour une histoire d’une nullité à peine croyable. Le film désamorce ses enjeux en montrant d’emblée d’où vient la créature, et le pénible périple s’éternisera avec des péripéties fortuites ne servant à rien. Le but serait une quête de rédemption, de noblesse, mais le fameux Gauvain sera inlassablement le même couard libidineux. Les scènes sont interminables, les sous-intrigues ne font jamais avancer le récit, et la fin est d’un grotesque peu commun. Je n’avais jusqu’alors jamais vu un aussi bel emballage pour un étron aussi putride.

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Avalonia, l’étrange voyage


Avalonia, l’étrange voyage
2022
Don Hall, Qui Nguyen

Dire que j’attendais ce film est faux, j’ai vaguement aperçu une bande-annonce me semble t-il, mais sans en avoir gardé le moindre souvenir. Mais étant donné que mon film préféré de 2021 avait été à ma très très grande surprise un Disney, Raya et le dernier dragon, qui est aussi devenu mon Disney préféré de tous les temps, j’avais de fait bien plus de curiosité à découvrir leur nouveau film, bien qu’entre temps Encanto m’avait laissé plutôt froid.

Le film nous plongera au cœur d’un nouveau monde des plus étranges. Searcher, fils de la légende de l’aventure Jeager, est non moins une légende à Avalonia grâce à sa trouvaille : une nouvelle source d’énergie à base de plantes. Seulement voilà, 25 ans plus tard, des graines commencent à pourrir, et il faut partir en quête du mal qui les rongent.

Je pense que ce film est tellement mal écrit, woke et bien pensant que pas une personne au monde ne trouvera pas de point susceptible de l’énerver. Outre le design complètement raté de cet univers et des protagonistes, les personnages sont à la fois caricaturaux à outrance et totalement incohérents. Elément de « surprise » qui n’en est pas un car présent sur absolument toutes les affiches et arrivant presque instantanément dès la plongée dans l’autre monde et se révélant directement, le grand père n’a aucun sens : caricature de la vieille école, le vieux con bourru, viril à outrance et borné, il est aussi montré comme cool et trouve directement normal l’homosexualité de son petit fils. Et au contraire, le père Searcher, traumatisé par son père qui dirigeait sa vie, se voulant comme très à l’écoute de son fils et modèle d’ouverture de par son couple mix, se borne à vouloir formater son fils. Et que dire du message écolo ? De l’énergie verte luminescente, du nucléaire quoi, serait potentiellement pas si bon ? Sans déconner ? Rarement une écriture n’aura été si mauvaise. Tout se sent venir à des kilomètres, on nous prend pour des débiles et adieu le subtil, sans compter en plus les incohérences de caractère. Non eh puis quand même, quel ratage artistique ! Créatures, décors, personnages, rien ne va. Quelques bons sentiments, une grande qualité de doublage, un rythme efficace et un haut niveau de modélisation 3D malgré le manque cruel d’inventivité, mais que c’est pauvre. Au niveau fable sur la nature le film est minable à côté de Nausicaa, et on comprend son échec. Son absence de sortie en salle en France n’est donc pas à regretter, on a là l’un des plus mauvais classique d’animation Disney.

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Black Panther Wakanda Forever


Black Panther Wakanda Forever
2022
Ryan Coogler

Une fois l’euphorie de l’excitation autour de Spider-Man No Way Home retombée, le jugement s’est fait plus sévère avec le recul tant il y avait mieux à faire. Et malheureusement, entre un Multiverse of Madness creux et saccageant parmi les idées les plus prometteuses possibles comme les Illuminatis, un Thor Love and Thunder sympathique mais là encore à des années lumières des attentes, mais aussi et surtout une floppée de séries devenant toutes plus insipides les unes que les autres, le MCU semblait mourir et l’avenir s’annonçait sombre. Mais en juillet dernier, l’espoir fut ravivé avec une pléthore de projets très excitants, une bande-annonce d’Ant-Man 3 incroyable, mais surtout une claque monumentale pour le film dont il est question aujourd’hui : la suite de Black Panther. Frappé par un cancer qui lui fut fatal, l’acteur incarnant le protecteur du Wakanda laissa un immense vide derrière lui, et on pouvait se demander si continuer sans lui pouvait avoir du sens. Avec la première bande-annonce, absolument dantesque, le doute ne semblait pas permis, mais il semble que ces derniers temps Disney soit beaucoup plus doué pour gérer la communication que la réelle qualité de ses œuvres.

Mort des suites d’une maladie, T’Challa laissa la nation du Wakanda faible et exposée, suscitant plus que jamais les convoitises pour son vibranium. Seulement voilà, ils ne sont finalement pas les seuls à en avoir, un bout de la météorite ayant aussi fini au fond de l’océan, et un peuple mystérieux y a vécu, encore plus cachés qu’eux. Le chef de leur peuple, Namor (Tenoch Huerta), posera un ultimatum au peuple wakandais : se joindre à eux contre le reste du monde pour protéger leurs richesses de vibranium, ou être les premiers à tomber face à leur courroux.

Malgré le fait que je n’ai pas aimé le premier Black Panther, mes espoirs étaient grands pour cette suite. Il faut dire que la première bande-annonce vendait du rêve, et le mythe de l’Atlantide est une des légendes les plus fascinantes qui soit, ayant abouti à l’un des tous meilleurs films d’animation de l’histoire, L’Atlantide l’empire perdu. D’ailleurs l’inspiration maya est incroyable, beaucoup de proposition de design sont grandioses, et visuellement le film en impose. Mais déjà deux soucis persistent à ce niveau là : j’espérais voir des créatures perdues des profondeurs, pourquoi pas le léviathan, quelque chose de cette ampleur, et la bataille sur le bateau manque d’épique. Côté design, la fameuse Riri Williams (Dominique Thorne), en plus d’être mauvaise actrice au regard méchant, a une armure vraiment hideuse, donc déjà que les trois dernières séries sont minables, l’idée d’une série centrée sur elle ne pourrait pas plus me refroidir. Gros problème de carrure pour Letitia Wright également, qui n’a clairement pas le charisme de son frère. On lui préférera largement Lupita Nyong’o et Danai Gurira, il faudrait qu’elle se remplume d’urgence. M’Baka dans le costume aurait été autrement plus impressionnant.

Pour ce qui est de l’histoire, on retrouve comme dans le premier film le même problème ultra communautaire autocentré, mais en réalité comme le sont les 3/4 des films américains se prenant pour le centre de l’univers, sauf que là c’est sur un pays africain imaginaire. En résulte un manque d’enjeux, si ce n’est eux-mêmes, et heureusement que Martin Freeman est là pour donner un caractère plus mondial au conflit, bien que le retour des blagues racistes sur le colon sont pour moi identiques à utiliser le mot en N pour ceux qui souffraient d’esclavagisme, dans les deux cas cela rappelle les heures sombres de l’histoire et revient à insulter quelqu’un sur la base d’ancêtres qu’il n’a pas connu et dont il n’est pas responsable. Seulement cette fois, toute l’histoire ne tourne pas autour de la haine de l’autre, mais de savoir qui dirigera ou non l’humanité entière. D’ailleurs, on se demande bien à quoi bon l’ouverture au reste du monde à la fin de Black Panther puisqu’au final ils se replient plus que jamais sur eux-mêmes visiblement. Mais globalement, j’ai été un peu plus convaincu. Le vrai problème du film vient surtout de son rythme. Parlant longuement du deuil, de la perte de T’Challa, le film semble avoir rajouté plusieurs intrigues basées dessus, en plus de la confrontation avec Namor, et le film est juste trop long : 2h34 en enlevant le générique, et on les sent passer. Une attaque en deux phases quand une seule aurait été plus impactante, de trop longues discutions redondantes, une Riri Williams alourdissant l’histoire pour pas grand chose (et surtout je la trouve ratée), un manque d’originalité et d’envergure dans le combat final. Un potentiel énorme, mais le film s’éparpille, traîne et manque d’impact sur certains points. Sur les sept films de la phase 4, Les Eternels sera donc l’exception parmi tant de projets au résultat décevant…

 

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Bullet Train


Bullet Train
2022
David Leitch

Petite surprise de l’été, le film était passé sous les radars des analystes malgré son casting de fou, récoltant pas loin de 240 M$. Après The Passenger entre autre, le réalisateur de John Wick nous revient avec un film d’action dont le déroulé se passera également dans un train, le Bullet Train en l’occurrence, un train automatisé reliant me semble t-il Tokyo à Kyoto.

Mercenaire chargé de récupérer une mallette, Coccinelle (Brad Pitt) va donc monter à bord dudit train. Une mission pas si évidente : la mallette en question contient de l’argent de la Mort Blanche (Michael Shannon), le mafieux le plus dangereux qui soit, que sont censé lui ramener, avec son fils (Logan Lerman), deux autres mercenaires, Citron (Brian Tyree Henry) et Mandarine (Aaron Taylor-Johnson). A bord se trouveront d’autres personnes tout aussi dangereuses, comme un ancien Yakuza (Hiroyuki Sanada), une autre mercenaire (Zazie Beetz) et une folle (Joey King).

Quand c’est pas ta journée… Le film prend le principe du mauvais gars au mauvais endroit, et pousse les curseurs bien fort. Entre coïncidences malheureuses et coup du sort, le destin va s’acharner sur le héros du film, lui qui ne demande rien à personne et qui veut éviter tout conflit. Parfois un peu trash et gratuit, le film assure un très bon divertissement, pas forcément des plus surprenant, mais toujours amusant. Véritable festival des caméos, le film compte aussi les présences de Masi Oka (Hiro Nakamura pour ceux qui se rappellent quand Heroes était une des meilleures séries ever avant de devenir un immense étron), Sandra Bullock, Channing Tatum et Ryan Reynolds. De l’humour et de l’action décomplexés, le film est plein de bonnes idées, que ce soit autour de la chance, ou sur la liste des personnages (l’occasion d’un bon gros délire). On aurait pu partir plus loin, toutes les histoires ne sont pas forcément captivantes, donc difficile de s’enthousiasmer outre mesure, mais c’est effectivement là un bon gros divertissement qu’on ne boudera pas.

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Violent Night


Violent Night
2022
Tommy Wirkola

Imagine le Père Noël qui dégomme les gens pas sages ? Dingue ! C’était en tous la promesse faites : transformer le vieux shérif grincheux de Stranger Things en vieux Santa Clause grincheux mais vénère. Alors qu’une enfant sage se fait kidnapper le soir de Noël avec toute sa riche famille pour des histoires de gros sous dans un coffre-fort, le véritable Père Noël (David Harbour) était justement sur place pour lui livrer ses cadeaux, et on ne touche pas aux enfants. Pour sauver une fille innocente, il n’hésitera pas à massacrer une horde entière de ravisseurs.

Il faut croire que l’acteur est sacrément bankable, et je dois avouer que mon envie de voir ce film, outre le concept potentiellement excellent pas très family-friendly, reposait en grande partie sur ses épaules. Eh bien si on a effectivement un film gore avec une pléthore de morts sanguinolentes, que l’acteur est très charismatique, il reste trop proche de l’image qu’on a du personnage : un vieil homme bedonnant et fatigué. Il est lent, rouillé jusqu’à l’os, se faisant démolir au premier combat venu. Niveau badassitude on repassera, et cela rend incohérent les passages en mode berserk où il dégomme tout sur son passage. On ne peut pas être une énorme victime, puis un tueur fou la scène d’après. Le film étire un peu trop son maigre concept, repompe outrageusement sur Maman j’ai raté l’avion et Peter Pan, et si globalement le film est divertissant, il y avait clairement mieux à faire. La hype était là, le film a plutôt cartonné vu son faible budget, et une suite est déjà programmée pour Noël 2024. Reste à espérer une nuit un peu plus violente.

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Don’t Worry Darling


Don’t Worry Darling
2022
Olivia Wilde

Projet assurément intéressant nous replongeant à l’âge d’or, le chemin a été pour le moins chaotique. Le rôle masculin principal était initialement tenu par un autre acteur, dégagé par la réalisatrice pour cause de comportement toxique, mais ça c’était selon ses dires. La vérité fut ensuite exposée, preuves à l’appui, comme quoi c’était au contraire sa partenaire à l’écran dont les caprices étaient ingérables, que l’acteur s’est barré, et qu’au contraire la réalisatrice a tout fait pour le faire revenir, allant jusqu’à l’implorer. La promo a ensuite enchaîné scandale sur scandale entre la réalisatrice surprise entrain de fricoter avec le remplaçant qui a dix ans de moins qu’elle, son mari déboulant à je ne sais plus quelle occasion publique pour lui rappeler qu’ils ont des enfants, et apportant les papiers du divorce, puis l’officialisation de l’adultère qui aura prit fin peu après la sortie du film, et enfin un fameux crachat lors d’une avant-première. Bref, on a beaucoup parlé du film, sans vraiment jamais en parler en tant qu’œuvre, qui pourtant était des plus intrigantes.

L’histoire prend place dans une banlieue chic, non sans rappeler le style années 50 d’Hollywood. Alice (Florence Pugh) et Jack Chambers (Harry Styles) viennent tout juste d’y emménager, un petit coin de paradis de luxe et d’abondance où les femmes (incluant Gemma Chan et Olivia Wilde) s’occupent des courses, de la maisonnée, tandis que les hommes travaillent tous pour Victory, l’entreprise de Frank (Chris Pine), l’homme derrière tout le village et ce havre de paix, aspirant à faire de ce monde un endroit meilleur. Mais que cache réellement cet endroit ?

J’attendais probablement trop de ce film, puis pas assez, puis de nouveau trop. Pendant les deux premiers tiers, j’avais peur d’une révélation un peu trop facile, puis le retournement est dingue, ouvrant un champ des possibles inouïe, pour finalement le refermer sur une piste pas si pertinente, et la fin est complètement ratée. Les acteurs sont excellents, la réalisation propre, le psychédélique maîtrisé avec la musique bien angoissante, on a une ébauche de concept absolument génial, mais le traitement n’est pas très crédible, la fin part en vrille et nous laisse en suspend. Et pas simplement en mode « on ne sait pas », mais volontairement le film ne nous livre pas la fin. Pas de suspens, pas de « sujet à interprétation », mais bien du pur inachevé. Mais pourquoi ?! J’ai globalement passé un très bon moment, le potentiel est là, mais la fin est un tel foutage de gueule que je ne pourrais jamais conseiller un tel film.

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Top Gun Maverick


Top Gun Maverick
2022
Joseph Kosinski

Projet mainte fois annoncé, dès 2010, mais entre des incompatibilités d’agendas, la mort du réalisateur du premier Top Gun, il aura fallu attendre 2019 pour que le projet aboutisse. Prévu en salle en juillet 2020, il fut par trois fois repoussé pour cause de covid, et mon dieu qu’ils ont bien fait ! Les analystes avaient tôt fait d’annoncer une catastrophe industrielle pour cette suite 36 ans après aux près de 170 M$ de budget et pratiquement 300 M$ frais marketing compris. Ces derniers ne le voyaient pas plus haut que 40 M$ sur son premier weekend aux Etats-Unis, et au grand maximum 300-350 M$ dans le monde, soit environs 150 M$ de pertes. Mais il faut croire que la communication fut efficace, car dès son lancement, ce fut un carton massif : 205 M$ sur le seul sol américain en première semaine, 400 M$ dans le monde, et la suite fut plus folle encore. Un bouche à oreille phénoménal, une place dans le top 5 de tous les temps aux Etats-Unis avec 718 M$, près de 7 millions d’entrées en France, soit le plus gros succès de tous les temps pour Tom Cruise, et quasiment 1,5 milliard dans le monde sans même la Chine, qui renait d’ailleurs puissamment de ces cendres en redevenant instantanément de très loin le premier pays consommateur de cinéma au monde avec près de 300 millions d’entrées enregistrées la semaine dernière (un milliard de dollars récoltés en une poignée de jour rien que pour le podium des sorties de la semaine). Non, clairement, le cinéma n’est pas mort.

Que faire quand même l’élite des pilotes de l’armée américaine, les recrues de Top Gun, se retrouvent face à une mission impossible ? Conscients que la jeunesse n’est pas encore au niveau, l’amiral Rear (Ed Harris) et le directeur du centre (Jon Hamm) vont respecter les ordres de Iceman (Val Kilmer) et faire appel à la légende, Maverick (Tom Cruise). L’objectif ? Coordonner plusieurs appareils à très très basse altitude, à haute vitesse, en zone ennemie dangereuse, le tout dans un timing très serrer pour des frappes chirurgicales pour neutraliser une base d’enrichissement d’uranium à risque d’armes nucléaires. Pire encore, ladite base se trouve dans le creux d’une montagne, nécessitant donc deux décrochages intenables et une fonte en piqué. Leur seule chance de s’en sortir sera cet entraînement, tout reposera sur Maverick.

On peut tout d’abord se rassurer sur l’écriture, car cette fois pas de simple visite guidée de la formation, il y a un vrai objectif, un enjeu de taille, et des risques allant bien au delà de simples exercices ou d’une faible confrontation à armes égales. De fait, si pendant les deux premiers tiers le film est simplement du Top Gun en mieux, avec une réalisation plus propre, de l’Imax, des acteurs plus investis et expérimentés (on notera un très bon Miles Teller prenant le flambeau de Goose), rythme plus soutenu – seul bémol, une romance avec Jennifer Connelly moins développée – l’intérêt est accru de part l’attente de cette mission finale. Jusqu’alors le film est très bon, mais rien de transcendant qui justifierait pareil engouement, et certains clin d’œil sont un peu trop tapageurs. Mais vient alors la mission. Toute la pression converge, l’angoisse resurgie. Les images sont folles car tout est réel, les décors, les appareil, tout. A une époque où l’overdose de fonds verts est absolue, voir un tel investissement matériel est admirable, et ça permet d’y être, d’y croire vraiment. Lancé à une vitesse folle dans un avion si puissant mais si fragile où le moindre impact ou choc peut être fatal. On en prend plein les yeux, et la dernière demi-heure est juste dingue. Du très très grand spectacle, mais à l’ancienne, en dur, et avec la qualité d’image et la précision dans le mouvement de la technologie moderne. Et c’est un peu le discours du film face à la menace de la disparition de pilotes au profit de drones : les machines ont des limites fixées, pas l’homme, bien plus enclin à se mettre en danger. Un art de faire qu’on ne peut que louer, et qui mérite effectivement des conditions sonores optimales et le plus grand écran possible.

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Top Gun


Top Gun
1986
Tony Scott

Alors que la suite a tout cassé 36 ans après plus tard dans des propensions ahurissantes, pour pouvoir aborder le phénomène Maverick, il fallait bien se replonger dans ce film d’action culte des années 80. Bien qu’il ne s’agisse pas du premier rôle principal de Tom Cruise, ce film a assurément propulsé sa carrière : avec « seulement » 15 M$ de budget – ce qui était déjà pas mal – le film avait récolté 357 M$, soit environs 860 M$ actuels en prenant en compte l’inflation.

Pete Mitchell, dit Maverick (Tom Cruise) a toujours eu un rêve dans sa vie : suivre les traces de son père et devenir pilote d’avion de chasse dans l’élite de l’armée américaine, Top Gun. Après une manœuvre remarquée en mission, avec son navigateur et meilleur ami Goose, ils intégreront cette prestigieuse école de formation Top Gun.

En vrai, il n’y a vraiment pas grand chose à dire du film. Le scénario est très limité, on alterne entre phases de séduction avec la formatrice (Kelly McGillis), des missions d’entraînement en avion, et des boutades sous la douche avec Iceman (Val Kilmer). Oui, l’amourette est mignonne, l’humour un peu lourdingue marche à peu près, et les scènes d’aviation ont très bien vieillies car réalisées en vol avec de vrais appareils. On a la scène de chant dans le bar, la partie sur la plage, des séquences iconisées depuis, mais si les séquences d’action étaient grandioses pour l’époque, ça n’est pas autant le cas aujourd’hui, et le reste est léger. Tout le film ne sera qu’une longue formation avec quelques péripéties, mais il n’y a pas de réelle intrigue globale, outre celle de suivre une école de formation. On parle un peu de la guerre au Vietnam, il y aura une confrontation à ce niveau-là, mais rien d’envergure, pas d’enjeux autre que montrer tout du long que Maverick est le meilleur. S’il n’y avait pas Tom Cruise, je ne suis pas sûr qu’on parlerait encore de ce film aujourd’hui, mais je reste curieux de voir ce que la suite va donner et si son colossal succès est de près ou de loin justifié.

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Là où chantent les écrevisses


Là où chantent les écrevisses
2022
Olivia Newman

Passé complètement inaperçu en France avec son titre loufoque, certes hérité du roman de Delia Owens dont le titre original est une fidèle traduction (Were the Crawdads sing), il s’agit pourtant d’un des plus grands succès de cinéma indépendant de l’année avec 140 M$ dans le monde, dont un gigantesque 90 M$ rien qu’aux Etats-Unis. Un succès dû à un maintient phénoménal, et effectivement, on ne peut que s’incliner.

On suivra l’histoire de Kya (Daisy Edgar-Jones), jeune femme de 25 ans accusée de meurtre, quand son seul crime est d’être différente. Née dans une famille très modeste dans des marais, de par son père alcoolique et violent, sa mère, ses sœurs et son frère partirent les uns après les autres. Trop jeune et terrifiée, elle restera seule avec son père, jusqu’à ce qu’il disparaisse à son tour. Une petite fille, grandissant seule dans la nature, devant se débrouiller elle-même pour survivre.

J’avoue que le début m’a moi-même terrifié, et je n’étais pas sûr d’avoir envie de voir ce genre de film. Un meurtre / accident ? Puis on découvre une pauvre jeune fille à la vie terrible, douloureusement marquée par un passé solitaire et difficile. Quand vient des prémices amoureux, ni une ni deux, traumatisé par les Jane Eyre et autres adaptations de J. Austen dont l’écrasante majorité sont d’une tristesse sans nom aux fins à se couper les veines, j’imagine l’accident bête, la querelle, un élément perturbateur, et pour finir un couple séparé à jamais. Qu’importe les avis des autres, pour ma part une histoire qui se fini mal pour les protagonistes, dont la conclusion est un échec irrémédiable, c’est un récit dénué d’intérêt. Le cinéma, la littérature, tout doit avoir du sens, un but. Le nihilisme m’ennuie au plus haut point. Mais je digresse, car rassurons-nous, cette épée de Damoclès ne s’abattra pas sur nous cette fois.

Reprenant beaucoup de Forrest Gump, le film nous narre l’histoire d’une personne différente, à la vie pas toujours reluisante mais avec ses bons moments. Rejetée par certains, d’autres entreront dans sa vie, voyant au delà de la sauvageonne pour découvrir une amoureuse de la nature, intelligente et passionnée. L’actrice est formidablement bien choisie, incarnant parfaitement à la fois l’animal du marais et cette douce femme s’éveillant à la vie, rustre, atypique, mais incroyablement charmante. On s’attache, on s’inquiète de ce qu’il pourrait advenir d’elle, de son mode de vie. Une odyssée douce et amer, possédant la richesse d’une vie peu commune, nous faisant voyager aussi bien spirituellement qu’émotionnellement. La réalisation est magnifique, l’écriture soignée, réussissant à nous surprendre jusqu’à la toute fin. Si je devais avoir un reproche, hormis le procès où l’on aurait aimé un traitement plus approfondi, serait un certain choix sur une partie de la fin. Sans trop en dévoiler, on aurait aimé quelques fruits à rajouter au tableau pour un plus grand sentiment d’accomplissement. Un beau film sur l’art de vivre, et si la recette du bonheur dépend de chacun, tant qu’on trouve la réponse à notre présence ici bas, c’est la seule chose qui compte.

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Novembre


Novembre
2022
Cédric Jimenez

Si le Covid a eu tôt fait de s’accaparer l’attention, de même que la guerre en Ukraine, qui pourrait basculer d’un instant à l’autre en Guerre Mondiale, on en oublierait presque le terrorisme. Malgré des films comme My Name is Khan, montrant que non, l’islam n’est pas un problème et que les musulmans sont logiquement des personnes pacifiques, l’amalgame a tôt fait de ressortir, et pour beaucoup la peur est profondément ancrée. D’ailleurs non, la situation n’est pas moins tendue ou dangereuse : on a eu en 2022 le meurtre revendiqué islamiste d’Yvan Colonna, et en octobre 2020 un professeur avait été décapité en France pour citation d’une caricature de Charlie Hebdo – certes offensante pour les musulmans –  dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, visiblement passible de mort dans notre pays. Guerre civile ? Guerre religieuse ? Guerre mondiale à grand coup de bombes atomiques comme le supplient les Etats-Unis et ses vassaux ? Une chose est sûre, notre monde est mourant, et la fin est imminente.

Point pour beaucoup culminant de la guerre religieuse qui fait rage depuis des décennies, le film revient sur les terribles attentats du 13 novembre 2015, qui avec seulement une poignée d’individus, ont fait 137 morts, un demi millier de blessés, des milliers de vies brisées. Cette nuit là, le copain musulman pratiquant de ma collègue de travail de l’époque, ne buvant pas d’alcool comme de nombreuses autres personnes dans un bar, prit une balle par ses propres frères religieux, et mon ami Hugo, alors que la musique n’est pas clairement identifiée comme haram, fut abattu pour avoir assisté à un concert. Le monde brûle, et avant même de songer au deuil, le peuple réclame des réponses. Le film nous place ainsi au sein de l’antiterrorisme, qui traquera cinq jours durant les tireurs et leurs complices.

Après son brutal et saisissant Bac Nord, Cédric Jimenez revient à la charge avec un thème qui semble lui tenir à cœur : l’incompétence ahurissante du gouvernement, et une absence affolante de moyens pour réellement lutter contre la menace. Oui, on laissé faire Charlie Hebdo. Oui, la fusillade du Bataclan aurait pu et aurait dû être évitée. Tous les djihadistes impliqués étaient non seulement bien connus des forces de police, mais avaient au moins séjourné une fois en prison, avaient le fameux label « fiché S », avaient brisé leur conditionnelle, et on savait certains en possession d’une quantité importante d’armes à feu. MAIS BORDEL VOUS FOUTEZ QUOI !!!??? A quel moment peut-on non seulement relâcher de tels individus, les laisser en liberté sans surveillance, mais surtout comment peut-on ne pas saisir immédiatement leur stock d’armes et les refoutre fissa au trou ? Alors oui, c’est pour attraper du plus gros gibier, ouin ouin ouin. Mais ta gueule enculé ! Qu’on arrête de chercher le fameux gros gibier, tous interchangeables et remplaçables, qu’on stoppe net tout délinquant présentant un réel danger, qu’on donne un vrai budget pour gérer tout ça, et qu’on arrête de les relâcher avec une tape sur l’épaule ! Des imams ont félicité le meurtre de l’enseignant, des centaines de gens sur les réseaux sociaux ont apporté leur soutien à un tel geste ! Et que fait-on ? Rien. Pitoyable France…

Bon, tâchons d’en revenir un minimum au film. S’il était évidemment impensable de reconstituer les attentats, le film aurait pu s’allouer plus de temps, ne faisant que 1h40, pour permettre un peu plus de mise en contexte, avec notamment les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, quitte à accélérer sur l’enquête, qui traîne un peu par moments. De même, si le côté course contre la montre pour obtenir des réponses et calmer les esprit donne un très bon rythme au film, ne pas montrer le drame humain, l’angoisse ambiante, est presque une faute de goût tant la gravité de la situation était historique et méritait un hommage plus émotionnel. L’histoire nous tiraille aussi sans cesse entre la force de travail, le dévouement des personnes impliquées, et une incompétence criminelle montrant à quel point notre nation est fragile à un point ridicule. Une tension de chaque instant, un casting plutôt bon (Jean Dujardin, Anaïs Demoustier, Jérémie Renier, Cédric Kahn, Sami Outalbali et Sandrine Kiberlain), un sujet important, mais le traitement manque d’émotion, et en termes d’efficacité pure, Bac Nord était plus abouti. Un très bon travail, mais pas forcément à la hauteur de cette sombre période.

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