Moonfall


Moonfall
2022
Roland Emmerich

Que se passe t-il avec Roland Emmerich ? Habitué des stratosphères du box-office, l’expert en films catastrophes a été couronné de succès pendant 13 ans entre 96 et 2009, de Independance Day à 2012. Depuis, c’est la descente aux enfers, ayant d’abord subit un coup du sort avec White House Down, sortant à peine quelques mois après le bien meilleur Chute de la Maison Blanche qui de fait avait un scénario pratiquement identique, annihilant l’intérêt des spectateurs. Ont suivi ID Resurgence, suite du mythe mais qui n’atteint pas la moitié des chiffres de l’orignal malgré 20 ans d’inflation (donc moins du tiers des entrées) et aussi Midway, un film de guerre qui fut là encore un échec commercial, et qui aurait pu être le pire de sa carrière sans ce dernier film en date. Environs 60M$ dans le monde en fin de carrière pour un budget avant marketing de 150M$, soit un déficit de près de 170M$ une fois enlevé les frais de distributions et ajouté les coûts de publicité.

Après les aliens, les dinosaures géants, le froid ou encore la liquéfaction de nos plaques tectoniques, la Terre va affronter une menace toujours plus grande, toujours plus folle : la Lune. En effet, une force mystérieuse semble propulser notre satellite tout droit vers notre planète. Les anciens astronautes Fowler et Harper (Halle Berry et Patrick Wilson) vont alors faire équipe avec le scientifique amateur Houseman (John Bradley) pour comprendre l’origine de l’imminent cataclysme et potentiellement sauver l’humanité.

Alors oui, comme d’habitude le scénario est une catastrophe absolue sur le plan scientifique, et on atteint des sommets de connerie en la matière. Oui, encore et toujours les personnages sont des stéréotypes en puissances d’un niveau de bravitude égal à un patriotisme des plus exacerbé. On pourrait prendre un carnet de note, réfléchir à tous les clichés les plus flingués du genre, les poncifs les plus éculés de l’histoire de la science-fiction, et ce serait assurément un grand chelem tant le film fait ce qu’on attend de lui à la nanoparticule près. Mais est-ce si consternant ? Est-on réellement en droit d’attendre autre chose de ce genre de film ? Le problème reste l’art et la manière, et plus le temps passe et plus la répétition devient pesante, sujette à la critique facile. Par rapport à il y a 20 ans en arrière, le spectateur n’est plus aussi facilement impressionnable, et pour du grand spectacle de destruction il faut aller bien au delà. Il paraîtrait que les sociétés d’effets spéciaux sont débordées de par les reports liés au covid, et que c’est pour cela que nombre de blockbusters récents déçoivent visuellement. Toujours est-il que nombre de fonds verts sont bien trop criards, comme si le film n’avait utilisé strictement aucun décors naturel et que chaque grand espace était numérique. Les sorties spatiales ne sont pas au niveau d’un Ad Astra, les séquences de destruction sont en dessous de 2012, et globalement le film manque ironiquement d’envergure. On reste sur du très grand spectacle assez jouissif par certains moments, mais pas assez impactant et l’écriture paresseuse fini par peser.

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Uncharted


Uncharted
2022
Ruben Fleischer

Qu’est-ce que serait une bonne adaptation de la saga de jeux-vidéo Uncharted ? Aucune idée, n’ayant jamais touché à un seul des jeux ni vu le moindre let’s play dessus. Et en vrai tant mieux, puisqu’importe la qualité des jeux, il est ici question de la version cinéma, qui se doit de se suffire à lui-même.

Orphelin ayant grandit en rêvant du récit de l’or perdu des espagnols conquistadors, Nathan Drake (Tom Holland) va avoir la chance de poursuivre ce rêve grâce à un certain Victor Sullivan (Mark Wahlberg), chasseur de trésors. Pour Nathan, c’était un rêve, pour lui c’est un projet en passe d’aboutir, mais pour ce faire il devra faire face à Moncada (Antonio Banderas) et Braddock (Tati Gabrielle), eux aussi sur la trace de l’or. Une piste qui les mènera tout d’abord à Barcelone où les attend Chloe Frazer (Sophia Ali).

Autant dire que la surprise est immense quand vient l’heure du constat. Annoncé en 2010 pour une sortie en 2012, le film a connu une bonne dizaine de réécritures, partant d’abord sur une adaptation avant de pencher pour un préquel, et ce ne sont pas moins de cinq réalisateurs qui furent rattaché au projet, et le casting lui-même changea plusieurs fois, notamment du fait du changement d’époque choisi. Souffrant d’une réputation de film maudit, reposant sur une saga populaire mais représentant le tiers des ventes des Tomb Raider à titre de comparaison, et sortant dans une période pas si facile, peu sont ceux qui auraient parié un billet sur le film. Et pourtant, peut-être porté par le succès historique de Spider-Man no way home créant de fait une certaines fan-base autour de l’acteur, le film a explosé les compteurs en frôlant les 400 M$ dans le monde. Une sacrée réussite et qui s’avère même totalement méritée car non seulement les films d’aventures à la Indiana Jones ou Benjamin Gates sont pratiquement inexistants dans le paysage cinématographique, mais c’est en plus une cuvée particulièrement bonne. La quête a une réelle envergure, on parle de plusieurs milliards en or avec du bon gros délire où ça part très loin avec des clés servant à tout dans des lieux historiques invraisemblablement passés entre les mailles des chercheurs, mais plus c’est gros plus ça passe et c’est justement du grand spectacle décomplexé qui fait plaisir. Beaucoup de décors réels, certains très impressionnants, on a la fameuse scène de l’avion, donc que ce soit le scénario ou la mise en scène, c’est réellement spectaculaire. Et côté acteurs, que ce soit l’écriture des personnages ou les performances, on sent des acteurs investis et décomplexés, charismatiques et rendant l’expérience vraiment fun. De l’aventure fraîche et décontractée comme on voit pour ainsi dire plus jamais et dont les rares représentant n’étaient pas toujours aussi efficaces, donc je ne peux que le conseiller.

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Doctor Strange in the Multiverse of Madness


Doctor Strange in the Multiverse of Madness
2022
Sam Raimi

Après Spider-Man no way home qui avait déchaîné les foules de par la possibilité officialisée qu’avec le multivers tous les rêves des fans pouvaient devenir réalité, le monde s’est tourné vers cette suite de Doctor Strange comme le futur messie absolu du MCU. Et pour cause, ce dernier se vendait comme l’exploration folle du multivers avec à la barre nulle autre que Sam Raimi à qui l’on doit la trilogie originelle de Spider-Man qui a révolutionné le milieu du cinéma grand spectacle en mettant en premier plan les super-héros. Une attente hallucinante donc, exultée par des rumeurs toutes plus folles les unes que les autres, laissant espérer, outre le grand spectacle, un multivers vraiment pleinement exploité, trouvant le prétexte ultime au plus grand déballage de fan service de tous les temps. Et évidemment, qui dit espoirs démesurés, dit terribles désillusions.

Faisant plus suite à la série Wandavision qu’à Doctor Strange étant donné que l’histoire de Mordo (Chiwetel Ejiofor) est balayée comme une simple blague, le film se concentre sur la détresse et le désespoir de Wanda Maximoff (Elizabeth Olsen), dévastée d’avoir perdu ses deux enfants (par contre aucune nouvelle de Vision, pourtant recréé et réinvesti de tous ses souvenirs, notamment sa femme Wanda). Porte spirituelle des autres univers, les rêves lui rappellent sans cesse que ces enfants existent toujours, mais dans des réalités alternatives. Pour les revoir, elle va se mettre en quête du pouvoir de America Chavez (Xochitl Gomez), capable de voyager dans le multivers. Pendant ce temps, Stephen Strange (Benedict Cumberbatch) va justement essayer de sauver la jeune fille des griffes de terribles monstres lancés à sa poursuite.

Place maintenant aux spoilers

Ce film aurait pu être dantesque, mais son écriture est catastrophique et son style a été pour moi un immense répulsif. On s’en doutait, la sorcière rouge allait bien devenir la méchante du film, et comme annoncé l’élite ultime, le conseil supérieur au dessus de tous les Avengers de tout le multivers, les Illuminatis sont là. On pourra reprocher l’absence d’empathie de Strange face à sa propre mort d’une réalité alternative, l’absence de réflexion ou d’écoute générale puisque probablement que America Chavez aurait pu aider Wanda à trouver un monde où ses enfants pleurent leur mère disparue, et tous les problèmes aurait été réglés. Mais autrement le début du film n’a pas grand chose de foncièrement regrettable, excepté le déluge d’effets spéciaux un peu facile et le manque d’inspiration en la matière. Que l’autre univers cherche à étudier avant toute chose et se prémunir de possibles virus ou bactéries d’un autre monde est louable, mais à partir de la présentation des Illuminatis le film n’a eu de cesse que de me décevoir. Alors que les rumeurs étaient une escalade aux retours tonitruants et guests hallucinants, la réalité est plus fade : l’équipe des Illuminatis est simplement composée d’un autre Mordo, d’une version Captain America de Peggy Carter (Hayley Atwell) déjà vue dans la série What if, d’une version Captain Marvel de Maria Rambeau (Lashana Lynch) du film Captain Marvel, d’un Black Bolt (Anson Mount) de la série normalement non canon d’ABC Les Inhumains, si mauvaise et décriée qu’elle fut annulée dès le premier tiers de sa première saison qui ne fera que 8 épisodes au final, de Mr Fantastic mais incarné par John Krasinski (donc aucun des deux protagonistes l’ayant incarné au cinéma avant), et enfin Charles Xavier (Patrick Stewart). Pas de suprême Iron Man ni Magneto donc, peut-être coupés au montage de part la durée finale inférieure de 22 minutes à la première durée annoncée, mais d’un certain point de vue tant mieux.

Rentrons donc pleinement dans l’énorme problème du film : son écriture mauvaise et la vacuité de son scénario. Passé l’introduction des Illuminatis, tout se met à partir en vrille. Moins de cinq minutes après leur introduction, alors qu’ils se présentaient comme la protection ultime de tous les multivers, que Wanda n’est pas un problème mais que Strange est lui une menace, l’équipe va aller à la rencontre de Wanda, venant de pénétrer le sanctuaire par la force. Faisant preuve d’une arrogance folle, les Illuminatis présentant Black Bolt comme l’arme absolu, Mr Fantastic comme le génie ultime, on va assister à un déchaînement d’une rare violence et d’un gore absolu, où tour à tour Wanda va faire exploser Black Bolt, réduire Mr Fantastic en morceaux et le décapiter avant de couper Peggy en deux et broyer le corps de Monica. Une scène surréaliste où l’élite du multivers va assister à la mort de chacun des ses membres sans une once d’émotion ou de frayeur, n’accordant aucune importance aux autres et ne prenant aucunement conscience ni du danger ni de l’écart phénoménal de puissance. Même Charles Xavier sera prit au piège de son propre jeu télépathique, subissant le même sort funeste. Sérieusement ? A quoi bon introduire une entité si importante dans cet univers, en dévoilant des personnages encore jamais vus dans ce MCU au cinéma, si c’est pour tous les faire mourir de façon atroce et totalement graphique littéralement cinq minutes après ?! Une déferlante de violence gratuite, de gore traumatisant, et tout le film laissera cette même impression de choc et de vacuité.

Le seul autre multivers exploré brièvement est celui apparu dans What if où Strange devient fou et provoque la destruction de son propre univers face à la mort inévitable de Christine Palmer (Rachel McAdams). Et là encore cela soulève le problème cross-média du MCU post Disney+ : il est désormais indispensable de regarder les séries, en l’occurrence Wandavision et What if, pour comprendre ce qu’il se passe. Et que penser de l’affrontement improbablement gagné par le Strange de notre univers face au sorcier ultime ayant absorbé tant de puissance ? Avec là encore, une violence graphique qui n’a pas sa place ici. N’étant pas fan d’horreur, le stress et l’angoisse n’étant pas des sensations agréables, y voir tant de références ne m’a étrangement pas plus. Et au final quel est le but du film ? Aucun : les deux seuls multivers explorés sont désormais condamnés sans que cela ne dérange qui que ce soit, et dans notre univers de base, mise à part quelques sous-fifres de Kamartage, rien à signaler, car nul doute que Wanda reviendra, ou alors c’est vraiment le pire traitement de personnage jamais vu. Et comme d’habitude, on nous tease encore et toujours la suite, cette fois avec Clea (Charlize Theron), nièce de Dormamu (que quoi ?). S’il faut bien reconnaître que America Chavez est un bon personnage, que l’action fuse, que la réalisation est nettement au dessus de la mêlée et qu’au niveau de l’ambiance le film ne ressemble à aucun autre du MCU, l’écriture est catastrophique, le style m’a personnellement totalement déplu, et si qualitativement c’est loin d’être le pire, face aux attentes et au potentiel incommensurable, la déception est immense et ce fut l’une des plus douloureuses séance cinéma de ma vie, et clairement je ne reverrais probablement jamais ce film.

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Spider-Man : No Way Home


Spider-Man: No Way Home
2021
Jon Watts

Le temps a un peu décanté, et alors que demain sort la tant attendue suite de Doctor Strange qui se veut comme un événement dantesque au sein du MCU, retour sur le précédent film de cet univers qui continue de marquer l’histoire du cinéma. Assurément la séance de cinéma la plus mémorable de ma vie de part les réactions euphoriques du public, le film a été un tournant majeur dans le retour en salle post-covid puisque non seulement il fut le premier a atteindre le milliard de dollars dans le monde depuis un an et demi, mais il a signé le second meilleur démarrage de l’histoire aux Etats-Unis et tutoie les deux milliards en fin de course sans même être sorti en Chine, ce qui de facto le place dans le reste du monde comme le troisième plus gros succès de l’histoire hors inflation (mais de fait de cette censure majeure ses 1,9 milliards le placent sixième). Reste que pour Sony, et ce même en tenant compte de l’inflation, le film est très largement leur plus grand succès historique. Mais pourquoi un tel engouement ?

Considérant que le film est sorti depuis près de six mois et que les réseaux sociaux ont largement dissipés les surprises depuis, la suite de cette critique va comporter nombre de spoilers, donc soyez prévenus. Avant même de parler du film, parlons de son marketing, un tour de force sans commune mesure. Alors que le personnage est une figure de proue du MCU, les deux premiers opus ont quelque peu déçu, ne comptant pas parmi les meilleurs de la saga et faisant même pâle figure comparé à la trilogie des années 2000 et au diptyque reboot des années 2010. Pour faire l’événement, le film a mit en avant dans ses bande-annonce des méchants des cinq films Spider-Man non rattachés au MCU puisque antérieur à sa création, pouvant piocher dedans grâce à la pirouette du multivers introduit avec la série Loki. Seulement voilà, jusqu’au jour de la sortie du film, aucune trace des héros des deux autres dans la campagne marketing, assurant même être désolés de ne pas être dans le film. Mais les fans voulaient y croire, les voir réunis serait trop beau et le film d’animation New Generation a prouvé qu’un Spiderverse fonctionne. Les rumeurs enflaient de cette frustration de l’incertitude, voir de la promesse de la déception qu’ils ne seraient pas là. Et voilà comment le studio a créé une attente si démesurée que quelle que soit la qualité du film au final, si les fans avaient bien ce qu’ils cherchaient, ils applaudiraient à s’en faire saigner des mains. Et c’est justement ce qu’il s’est passé, mais que vaut réellement le film au final une fois passé l’excitation du moment ?

Suite à l’affrontement contre Mysterio, les choses ont quelque peu mal tourné pour Peter Parker (Tom Holland), dont l’identité a été révélée au grand jour et exposée par Jonah Jameson (J.K. Simmons). Coupable, non coupable ? Le problème est que la question se pose pour certains, et pour éviter d’être liés à un individu suspecté de meurtre ou à son entourage comme MJ (Zendaya), les différentes universités vont leur barrer la route, mettant un point d’arrêt à leur avenir professionnel. Et si tout le monde pouvait oublier cette histoire ? Dans l’espoir de sauver son avenir et surtout celui de ses proches, Peter va contacter Stephen Strange (Benedict Cumberbatch). Mais en voulant remodeler un sort d’amnésie en cours d’invocation, ce dernier va avoir des effets indésirables en ramenant sur Terre pas moins de cinq ennemis du tisseur de toiles d’univers parallèles : le bouffon vert / Norman Osborn (Willem Dafoe), docteur Octavius (Alfred Molina), l’homme sable / Flint Marko (Thomas Haden Church), le lézard / Curt Connors (Rhys Ifans) et électro / Max Dillon (Jamie Foxx).

La promesse était folle, la plupart des espoirs ont été comblés, mais ça aurait pu être tellement mieux. Alors oui, Matthew Murdock (Charlie Cox) est présent, mais moins de deux minutes. Donc pas de grand procès passionnant, ce point est vite évacué sous le tapis. Oui Andrew Garfield et Tobey Maguire sont de retour, ça fait un bien fou et ça n’est pas juste un caméo, ils sont là pendant un gros tiers du film (45 minutes environs), mais on en apprend si peu sur ce qu’ils sont devenus, l’histoire se concentrant sur la version de Tom Holland, qui il faut bien l’avouer, est tellement moins charismatique et intéressant. L’histoire entre tante May (Marisa Tomei) et Happy (Jon Favreau) est si peu impactante, vouloir sauver les méchants est raccord avec l’esprit du héros et promet de belles choses dans les deux autres univers, mais on les trimballe comme des jouets sans envergure ni enjeux. Il y avait tellement mieux à faire, et au final le scénario déçoit, faisant plus dans le fan service gratuit qu’autre chose, sans compter les incohérences de tailles entre les identités secrètes de chacun connues des univers alternatifs sans logique, ou pire encore, le caméo de Eddie Brock (Tom Hardy) qui laisse un bout de Venom, non sens absolu. Certains se réjouissent du retour quasi case départ de Peter, devenant enfin un héros solitaire et sans le sou en fin de film, comme dans le comics, mais pourquoi ? On a déjà eu deux univers sur ce même héros fauché et galérien, le voir en fils adoptif de Stark bras droit des Avengers était justement quelque chose de nouveau qui participait à donner une identité propre à cette troisième saga sur l’homme araignée. Comme bien trop souvent avec Marvel donc, on a un film sympathique, divertissant, mais aux enjeux propres moindres, ne faisant que teaser du toujours plus fou dans la suite. Passé l’exultation du fan service, la pauvreté de la mise en scène et du traitement scénaristique empêchent le film de briller autant que ce qu’il aurait pu avec un telle réunion événementielle.

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Impardonnable


Impardonnable
2021
Nora Fingscheidt

Adaptation d’une mini série britannique appelée Unforgiven sortie en 2009, le film partait donc avec deux à priori assez importants : son statut d’adaptation d’une œuvre jugée médiocre, et son statut de film Netflix, plus réputé pour la qualité de ses séries que de ses films. Plus encore, à une lettre près son titre donnait Impardonnables, soit l’un des pires films de l’histoire de l’humanité.

L’histoire est celle de Ruth Slater (Sandra Bullock), une femme qui a passé 20 ans de sa vie en prison pour le meurtre d’un shérif, qui tentait de l’expulser de chez elle à l’époque. Avoir passé plus du tiers de sa vie en prison laisse des marques, et il est difficile de se reconstruire quand on a un casier aussi chargé que « tueuse de flics ». Mais outre le fait de se reconstruire, elle souhaite surtout savoir ce qu’il est advenu de sa petite sœur, placée dans une famille d’accueil et dont elle n’a jamais eu de nouvelles depuis.

Avec une patte d’auteur plus marquée, une lumière désaturée et un rythme plus contemplatif, un tel rôle d’écorchée nous plongeant dans une grande misère humaine aurait sans doutes valu à minima une nomination aux Oscars pour son héroïne, et il fallait quelqu’un de charismatique pour parvenir à montrer à la fois la faiblesse extrême d’une telle situation, mais toute la détermination et le courage d’une femme cherchant à s’en sortir. D’autant que le doute n’était pas vraiment permis, mais la situation n’a rien de méritée. On suivra donc d’un côté la tentative de retrouver un travail et un semblant de vie sociale aux côtés de Blake (Jon Bernthal), et de l’autre la recherche de la sœur perdue de vue grâce à l’aide d’un avocat (Vincent D’Onofrio). L’histoire se suit très bien et les acteurs sont excellents, reste que le scénario a quelques défauts. Par exemple, les quasi 30 ans d’écart entre les deux sœurs n’est pas expliqué puisqu’il est improbable qu’une même mère reste fertile trente ans après son premier enfant (en admettant qu’elle ait à peine 20 ans pour l’aînée, ça ferait une cinquantaine pour le second, or la ménopause est en moyenne vers 45 ans). De plus, l’attitude protectrice des parents d’adoption et le comportement de la sœur elle-même ne semble pas coller avec la vie d’une femme de 25 ans, ce qui nous fait constamment perdre le fil tant on cherche à comprendre comment tout cela peut tenir debout. On notera également que tout ce qui concerne le centre, le chantier, la boucherie ou les gens qu’elle y croise, tout n’est qu’exposition sans la moindre conséquence pour l’histoire dans sa globalité, ce qui prouve là encore des soucis d’écriture importants. L’histoire reste donc intéressante mais pas si aboutie, et la fin abrupte laisse trop de choses en suspend. Le potentiel était là, mais le résultat reste mitigé.

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99 Homes


99 Homes
2016
Ramin Bahrani

Après la crise du subprime vécu dans une agence de trading la nuit où tout a explosé (Margin Call), au travers d’un trader français qui a vu la crise arriver (L’Outsider), le comment du pourquoi expliqué au travers des shorteurs américains (The Big Short), voici venu le temps des conséquences.

Pour ceux qui ont vécu dans une grotte ou qui sont trop jeunes, la crise du subprime fut la plus grande dérive du marché économique américain de l’histoire moderne. Dans un monde où les sociétés sont côtés en bourse, où tout a une côte soumise au marché de l’offre et de la demande, la folie capitaliste a fait en sorte qu’au delà du marché immobilier, un marché de la dette immobilière fut créé, c’est-à-dire littéralement un marché basé sur du vent, sur créer un marché sur des prêts de sociétés et particuliers ayant un prêt immobilier. Or en 2006 avant que tout n’explose l’année suivante, le marché de la dette avait atteint 20 fois la valeur de l’immobilier, c’est-à-dire que si chaque personne possédant un bien immobilier le vendait, cela ne couvrirait que le vingtième du marché de la dette. Une situation impensable rendue possible grâce au fait que les banques vendant ce genre de produit possédait aussi les agences de notation censées garantir la fiabilité des produits. En clair ? Du jour au lendemain les gens se sont rendu compte que soit leurs placements financiers étaient du vent, soit le financement de leur maison reposait sur du vent, donc il fallait réguler le marché, soit baisser de 95% la valeur des biens/prêts. Comme une partie fut prise en charge par la faillite de compagnie comme la plus grande banque du monde et autres aides de l’état, le pays entier ne s’est pas retrouvé en faillite, mais en moyenne la valeur des biens immobiliers ont été divisés par 3-4, et comme aux Etats-Unis tant que le dernier centime n’a pas été remboursé la banque reste propriétaire du bien immobilier, une très grande majorité des gens se sont retrouvés avec un prêt nettement supérieur à la valeur de la maison et ont ainsi préféré rendre les clés à la banque. Voilà pour ce qui est de la mise en contexte.

Le film nous place donc peu après la crise, alors que Dennis Nash (Andrew Garfield) et sa mère (Laura Dern) se retrouvent à la rue, incapable de rembourser le prêt de leur maison (puisque pour éviter la faillite, certaines banques ont aussi monter les tarifs de remboursement pour couvrir l’écart entre le marché immobilier et le marché des prêts). Vivant dans une zone sinistrée où nombre de gens ont rendu leurs clés, Dennis va finir par se tourner vers le seul employeur restant de la région, le peu scrupuleux Rick Carver (Michael Shannon) qui a fait fortune sur des contrats d’expropriation pour impayés et rachats aux banques de logements à prix cassés. L’homme qui a viré sa famille va se retrouver à leur rendre le pain volé, une situation difficile à vivre.

Jusqu’où iriez-vous pour éviter la misère ? A combien se vend votre honneur ? Dans un contexte de grande pauvreté et de drames humains, le film nous met devant un dilemme qui n’en est pas vraiment un : tuer ou être tué, c’est-à-dire se laisser sombrer dans la misère ou s’en sortir en exploitant celle des autres. Et c’est aussi là que le film se montre d’un cynisme absolu et donc particulièrement impactant et pertinent : modèle du capitalisme outrancier et destructeur, au lendemain du plus grand drame économique depuis près d’un siècle, les Etats-Unis replongent instantanément dans leurs pires travers en exploitant directement cette même misère que leur système vient de créer. Appréciant beaucoup l’humour noir et la moralité trouble, j’ai trouvé donc le milieu du film très réussi, mais le reste peine un peu plus à convaincre. Le début nous rappelle l’inconscience collective avec cette famille irresponsable refusant d’admettre qu’elle fait n’importe quoi et vit au dessus de ses moyens, faisant qu’on créera plus d’empathie pour un cynique profiteur que pour cette famille expulsée de chez elle. Or je doute que c’était l’effet voulu, mais on récolte ce que l’on sème. La fin est elle aussi décevante, rétropédalant pour apporter une certaine morale, mais c’est un plein échec : là encore, je n’ai aucune empathie pour les débiles surendettés qui s’accrochent à quelque chose d’aussi futile qu’un bien matériel quand partir est la seule chose censée à faire, et attendre le dernier moment jusqu’à l’expulsion est juste écœurant d’irresponsabilité. Dans la vie on assume ses choix, ses conneries, et on ne parle pas de SDF luttant pour sa vie mais de gens qui doivent simplement accepter de baisser en standing car ils n’ont plus les moyens d’une telle maison, et cette logique capitaliste du toujours plus est juste insupportable. Cinématographiquement le film est très bon pendant une grosse moitié, tout le milieu, mais certains aspects de l’introduction et de la conclusion sont justes nuisibles au message, et dans l’ensemble selon mes convictions personnelles, ce film m’est insupportable.

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The Batman


The Batman
2022
Matt Reeves

Voilà un film qui avait tout pour être le messie. Alors qu’à la base le Batfleck devait avoir droit à son film, l’échec critique et financier du précédent film écrit et réalisé par son interprète et la destruction du Snyderverse suite au naufrage de la version charcutée du studio de Justice League avait mit fin au projet, le film avait été mis à la trappe. On pensait le film mort, mais il fut finalement reprit par Matt Reeves à qui ont doit notamment les opus 2 et 3 de la très bonne trilogie simiesque initiée en 2011 avec La Planète des Singes : les origines. Puis vint le trailer d’août 2020 alors que le film devait sortir en octobre 2021 avant d’être finalement décalé de quelques mois faute de covid, rassurant à peu près tout le monde sur le potentiel du long-métrage. Il est vrai que la trilogie du Dark Knight avait mit la barre tellement haut que passer après était quasi impossible, et c’est bien là le problème.

Le film nous place dans un Gotham ayant vu débarquer le Batman (Robert Pattinson) depuis deux ans, suffisamment pour que son seul nom fasse trembler les criminels de la ville et que sa présence soit déjà devenue indispensable au commissaire Gordon (Jeffrey Wright), d’autant que la ville est en proie aux menaces d’un homme mystérieux (Paul Dano) laissant derrière lui des cadavres et des énigmes.

Le plus grand drame de ce film est de sortir si tard, alors que la trilogie Dark Knight est déjà passée par là. Alors oui, l’histoire n’est pas passionnante, les énigmes sont nulles, la plupart des personnages pas intéressants et le méchant peine à convaincre au final, mais c’est surtout la comparaison qui fait le plus mal. Tous les méchants de la précédente trilogies étaient excellents, voir prodigieux comme le Joker, or ici on a un Penguin (Colin Farrell) et un Falcon (John Turturro) oubliables, et Edward Nigma n’arrive à la cheville d’aucun des précédents, que ce soit Bane ou l’épouvantail. Même constat alarmant pour Alfred (Andy Serkis), inexistant alors qu’il fut l’un des tous meilleurs acolytes de l’histoire du cinéma, Jeffrey Wright n’est pas du tout le Bernard incroyable de Westworld et semble ici absent, et même si Selina Kyle (Zoë Kravitz) est un des points forts du film, on préfèrera largement la version du Dark Knight Rises plus aboutie. La musique est bien, la mise en scène jolie, mais là encore tellement en deçà des envolées orchestrales et des plans vertigineux de la trilogie Dark Knight. Le plan uniquement éclairé par des fusillades ? C’était sympa, mais on avait déjà eu cette même scène presque vingt ans avant dans Equilibrium !  La scène éclairée au feu de détresse ? Dark Knight Rises avait la même ! Tous les points forts du film sont moins bons que dans les précédentes aventures du personnages, et foncièrement le scénario est poussif, comme le rythme global de ce long-métrage qui frôle les 3 heures. Alors oui, le film a des solides arguments et aurait pu proposer quelque chose de novateur avec une vraie peur profonde comme dans l’introduction, mais cet aspect s’efface d’emblée pour un film noir classique, mou, et souffrant terriblement de la comparaison avec ses illustres prédécesseurs. Je voulais y croire, mais cette revisite du personnage peine à trouver sa place.

 

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Tenet


Tenet
2020
Christopher Nolan

Le sauveur ! Alors que le monde était plongé dans une pandémie terrible et que les compagnies sacrifiaient à tour de bras leurs films pour gonfler leurs catalogues de streaming dans un avenir qui semblait voir la fin des cinémas arriver au profit des plateformes en ligne, ce qui s’annonçait comme un blockbuster événement a eu le courage de sortir dans une période difficile de réouverture timide des salles. Dans l’absolu oui, c’était un acte courageux et risqué, mais de là à parler de sauveur des salles alors qu’il n’était pas le seul et que deux ans plus tard la situation semble à peu près rentrée à la normale, à ceci près que la Chine n’est plus du tout l’eldorado qu’il était, privilégiant désormais des productions locales et boycottant grandement les films américains, le film n’a clairement eu aucun impact. D’ailleurs, avec 205 M$ de budget brut, plusieurs décalages et autant de campagnes marketing, les quelques 362 M$ récoltés ont sonné comme un gadin, mais hors Chine ce fut le plus gros succès sur la période de mars 2020 à avril 2021, donc peut-être que d’une certaine manière le film a sauvé quelques cinémas et dans tous les cas l’effort fut à saluer. Mais maintenant que les choses se sont décantées et l’effet événementiel est passé, il est temps d’analyser plus froidement l’œuvre et ce qu’elle vaut réellement.

Le monde est-il condamné ? Pour le futur, aucun doute. Pour le présent, le futur est un problème et il faut agir contre. Plus que le voyage dans le temps, une technique d’écoulement du temps en sens inverse a été inventée. Le but ? Pour ceux du futur, revenir à une époque où les ressources n’étaient pas épuisées et où l’on pouvait vivre tout simplement. Pour ceux du présent, cela permet d’éviter les catastrophes et empêcher le monde de sombrer. A la tête d’une sorte de brigade temporelle, Neil (Robert Pattinson) va recruter un homme (John David Washington) pour mettre un terme aux agissements de Andrei Sator (Kenneth Branagh), mafieux collaborant avec ceux du futur souhaitant piller les ressources du passé.

Présenté comme révolutionnaire, d’une ambition folle, le film est tout simplement décevant. Qui dit voyage temporel dit soucis de paradoxes à éviter, et le film s’y vautre pleinement malheureusement. Comment des gens du futur peuvent piller des ressources du passé ? Car sans ces ressources leur futur n’existerait pas tel quel, donc modifier le passé n’a aucun sens, ou alors ils ne sont dès lors plus dans la même réalité, ce qui là encore n’a pas grand sens. On a aussi le souci de l’œuf ou la poule avec des cycles de causes-conséquences directement corrélés, mais comme le début n’est possible que grâce à la fin, quel a été l’élément déclencheur dans la première itération ? C’est là aussi un beau paradoxe temporel, donc d’un point de vue général le scénario ne fonctionne tout simplement pas, et il s’avère pourtant décevant de simplicité. Vendu comme un thriller tortueux et difficile d’accès, il est finalement d’une grande linéarité : premier acte dans le sens normal, second avec un écoulement inverse, puis la fameuse guerre finale où tout se mélange mais pas tant que ça (seulement deux équipes).

Reste ensuite tout ce qui est casting et visuel. Concernant les intervenants, comme le film est assez long il peut se permettre de présenter beaucoup de personnages avec à la clé beaucoup de stars connues (Michael Caine, Elizabeth Debicki, Clémence Poésy, Himesh Patel ou encore Aaron Taylor-Johnson), mais en vrai leur écriture est au mieux caricaturale (le mafieux russe), au pire inexistante (le héros s’appelant littéralement « Le Protagoniste »). Côté visuel, le réalisateur nous avait habitué à des plans vertigineux, dantesques, et le concept laissait présager du lourd, mais la déception est de mise. Les effets « marche arrière » font bizarre, saccadé, et pas d’exploitation grandiose à l’horizon. La mise en scène en ressort presque prétentieuse par moments, mais pas autant que son héros qui restera insipide de bout en bout. Un concept des plus mal exploité donc, pour un film à la James Bond sans grande profondeur ni envergure malgré tout le potentiel. Un divertissement honnête tout de même, mais laissant un goût amer d’inachevé.

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CODA


CODA
2021
Siân Heder

Sorti dans l’indifférence générale le 13 août 2021 sur la plateforme de streaming Apple tv+ qui peine à s’imposer, surtout en Europe où certains des fers de lance comme l’exclusivité de diffusion du baseball n’intéresse personne, ce remake américain de La Famille Bélier racheté 25 M$ à Sundance (un record), a finalement surpris tout le monde en se retrouvant nominé aux Goldens Globes, où il est reparti bredouille, puis aux Oscars, où entre deux scandales il rafla meilleur scénario adapté, meilleur acteur secondaire pour le père, et consécration ultime, meilleur film.

Remake oblige, le film raconte peu ou prou la même histoire que le film français de 2014. On suit donc la jeune Ruby (Emilia Jones), seule enfant « normale » dans une famille de sourds et muets, cherchant sa place dans un monde incertain alors qu’à l’aube de la fin de son lycée, elle doit décider de la vie qu’elle mènera, tiraillée entre une famille handicapée se reposant beaucoup sur elle comme un pont vers les autres, et sa passion pour le chant, concept que ne peut comprendre sa famille.

Amour, passion, famille et quête identitaire sont donc comme pour le film original les pivots d’une histoire sympathique mais cousue de fils blancs, à laquelle vient se greffer ici une histoire de travail sur un bateau de pêche. Mais si l’histoire de la pêche rajoute des enjeux et une plus-value au niveau décors, c’est assez nocif sur l’image des sourds puisque le film le dépeint bien plus comme un handicap majeur rendant quasi impossible le vivre-ensemble tant ils se reposent sur leur fille, et ça va à l’encontre du message souhaité. Et dans sa globalité, ce scénario d’enfant incompris voulant réaliser ses rêves malgré le rejet parental, c’est vieux comme le monde, et c’était mille fois mieux traité dans le Cercle des poètes disparus par exemple. Donc oui, l’opposition chant / surdité est cocasse, mais si en France le film a tant marché c’est en très grande partie de part le talent et la beauté ahurissante de Louane. Si l’actrice chante également bien ici, force est de reconnaître qu’elle ne se démarque pas tant que ça voir pas du tout par rapport à ses camarades très talentueux, et côté charme l’impact est moindre. Il faudra aussi faire avec le style Sundance, c’est-à-dire un rythme très lent et une propension accentuée pour le drame, donc même si le film est visuellement plus ambitieux et recèle quelques bonnes idées d’adaptation, certains choix sont contre-productif et le résultat est incontestablement moins bon que l’original. On a déjà vu des Oscars plus scandaleux comme Nomadland, mais c’est probablement là encore le film le moins intéressant de la sélection qui a reçu le sacre suprême…

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Ride Your Wave

Ride Your Wave
Ride Your Wave
2021
Masaaki Yuasa

Si certains se sont ouvert aux productions japonaises dès les années 80 grâce au club Dorothée, pour le grand public il y aura eu ensuite deux grandes vagues d’élargissement du public : tout d’abord les films du grand maître Miyazaki avec le premier succès mondial massif avec Le Voyage de Chihiro, puis il y a eu ensuite plus récemment le second souffle de l’animation japonaise au travers de films comme Summer Wars puis Your Name. C’est ainsi que nos distributeurs se laissent de plus en plus tentés par des productions plus modestes, et qu’importe au fond la qualité des films, la variété de choix et de genres est toujours quelque chose de positif. Et pour le coup, le résultat est vraiment très différent.

L’histoire est celle de la jeune Hinako, étudiante en océanographie qui avait deux passions dans la vie : le surf, et celui avec qui elle partageait cette passion, son amoureux Minato. Sa vie était parfaite, habitant proche de l’océan, vivant de sa passion pour l’eau et ayant une vie sentimentale épanouie et toute tracée, jusqu’à ce que la mort les sépare. Le perdre la fera sombrer, au point qu’au fond du trou elle en perdra la raison, s’imaginant que son Minato est toujours là, dans l’eau, et qu’il lui suffit de chanter pour qu’il vienne à elle.

Alors tout d’abord soyez prévenus : le film est sombre, très sombre. Le pitch ne laissait guère de doutes, mais pour peu que vous fonciez sans savoir de quoi il en retourne, ayez bien conscience que le but n’est clairement pas le divertissement. Entre drame humain et questionnement sur le surnaturel, le film sera sans pitié pour son héroïne, mais l’histoire est plutôt pas mal, jouant sur l’ambiguïté de la situation. Est-elle vraiment si folle ? Les personnages sont caricaturaux, notamment la petite sœur de Minato, et le film a des relents de télé Novella avec tout le monde amoureux de tout le monde, mais ça se laisse regarder. Concernant la technique, les décors sont parfois jolis, parfois très vides, les personnages simplistes au possible avec un style qui en laissera septique plus d’un, mais le plus gros problème réside dans l’animation : on sent que le budget est très faible, et le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas fluide du tout, à la limite de l’honteux sur certains passages. Il ne faut donc pas avoir des attentes trop fortes de ce côté là, et mieux vaut être dans une bonne période pour encaisser cette histoire loin d’être joyeuse, mais saluons l’originalité de l’histoire et l’efficacité narrative.

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