Godzilla vs Kong


Godzilla vs Kong
2021
Adam Wingard

Dans l’univers du fan service ou univers cinématographique, les « Vs » ne sont pour ainsi dire jamais une bonne idée, ou tout du moins jamais la meilleure puisque que ce soit dans Civil War, Batman V Superman ou ici, il s’agit de faire s’affronter les gentils entre eux, donc même si les deux autres films nommés sont bons, voir excellent pour le second dans sa version longue, ça reste une idée à la con où les enjeux réels sont ailleurs. Lancé en 2014 avec Godzilla, énorme potentiel mais décevant, le monsterverse s’est poursuivit en 2017 avec Kong Skull Island, pour le coup pas loin d’être mauvais et narrativement inutile puisque se déroulant plus de 40 ans avant, donc mise à part rappeler qu’un gros singe géant existe, c’est la seule chose que cette « introduction » ait fait. En 2019 enfin, un second opus Godzilla 2 a vu le jour, là aussi énorme visuellement, mais bien trop creux scénaristiquement. A peine trois films pour préparer le crossover ultime, aucun très qualitatif et avec même un semi-gadin au box-office pour le dernier en date. Budget en baisse, réalisateur inconnu au bataillon et divers reports pour cause de pandémie, puis sortie dans le mouroir de la reprise en mars 2021 avec même une absence de sortie en France. Un destin scellé pour la saga naissante ? L’absence de scène post-générique laisse supposer que la Warner ne croyait même plus au projet, balançant le film en simultané sur HBOMax, et pourtant aux Etats-Unis ce fut le premier à dépasser la barre des 100 M$ (de justesse) et grâce à un succès tonitruant en Chine (188 M$), le film fut au final un joli succès (468 M$, soit avec le streaming une rentabilité supérieure à n’importe quel des trois précédents films). L’effet « premier grand spectacle » à la réouverture probablement.

L’histoire, si on peut appeler cette blague un scénario, nous conte que d’un coup d’un seul, Godzilla a senti – alors qu’il est présent depuis au moins un demi-siècle – la présence de Kong, qui serait aussi un titan alpha, et il faut donc que le lézard massacre le singe pour que sa domination ne soit pas remise en question. Du coup, des scientifiques (Alexander Skarsgard et Rebecca Hall) vont se dire « tient, et si on le mettait dans la terre creuse ? » parce que oui elle existe et y’a même une inversion gravitationnelle.

Je crois que mise à part Fast & Furious 9, je n’ai pas mémoire d’un scénario – hors nanar – aussi claqué. Bon, le besoin d’être l’alpha, admettons, mais tout ce qui entoure la terre creuse est à hurler de désespoir, chaque semblant de justification est juste lamentable, on croise vaguement Kyle Chandler et Millie Bobby Brown du précédent film pour rappeler que c’est une saga censée se suivre et être cohérente, mais rien n’est cohérent, surtout ce qui touche à l’informatique ou à la science, et on a rarement vu des personnages aussi inutiles. C’est bien simple : toutes les histoires humaines sont inutiles voir nuisibles, excepté la petite, et en plus Kong empiète quasi totalement sur un Godzilla qui a semble t-il perdu presque tous ses neurones. Reste alors le visuel, sympa et avec de bonnes bastons, mais à des années lumières d’un Pacific Rim, qui en plus avait un bon scénario. Au moins le film est bien rythmé et on pouvait difficilement s’attendre à autre chose, donc le divertissement minimum est assuré, mais qu’il est loin le gigantisme haletant d’un parachutage sur un Godzilla vertigineux…

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Raya et le dernier dragon


Raya et le dernier dragon
2021
Don Hall, Carlos Lopez Estrada, Paul Briggs, John Ripa

Snobé par beaucoup de monde ayant tôt fait de le cataloguer comme une tentative de Disney d’aller draguer le marché Chinois, alors qu’au final le film y a fait 20 M$, soit le tiers du score d’un Disney Animation habituel, le film a surcroît prit de plein fouet la très faible réouverture des salles en mars 2021 avec le streaming qui tend éloigner les gens des salles. Et pourtant, on tient là l’un des tous (voir le ?) meilleurs Disney de l’histoire.

Dans un monde où régnait la magie des dragons, un mal ancestral avait été réveillé par la cupidité et l’avidité des hommes qui n’a pu être endigué que par le sacrifice des dragons. 500 ans plus tard, la paix s’est progressivement fragilisée, l’histoire est devenue simple légende, et la pierre de dragon protégeant du mal suscitait la convoitise de tous, lui prêtant des pouvoirs rendant surpuissant quiconque la posséderait. Et alors que la nation protégeant la pierre a voulu rassembler toutes les nations pour plaider le retour de Kumandra, l’union de toutes les nations, ces dernières vont toutes tenter de s’emparer de la pierre, finissant par la briser et libérer le fléau, changeant toutes les personnes sur son chemin en pierre et plongeant le monde dans les ténèbres.

Une légende, une petite fille quasi princesse avec une créature archi mignonne (de quoi vendre des produits dérivés ?) : pas de doutes, il s’agit bien d’un Disney. Puis un fléau s’abat, les gens sont transformés en pierre en arrachant aussi l’âme des gens comme dans Les Créatures de l’esprit, de quoi laisser perplexe quant à la possibilité d’un jour les ramener à la vie. La petite fille grandi et devient une chasseresse aigrie dont la gentille petite créature de compagnie est devenue une immense monture imposante. On nous plonge dans un monde post-apo où le monde d’antan n’est plus que ruines et désolation, les survivants s’étant réfugiés dans des îles ou villes flottantes, l’eau étant une barrière naturelle protégeant du fléau. Si dans le style on semble proche d’un Disney classique, avec un dragon peluche magnifique (dommage que sa version humaine soit inspirée par son interprète AwkwafinaGéraldine Nakache en VF – car elle l’un des points les moins réussi du film) et des décors incroyables, mon Dieu que l’animation est une claque monumentale, en toile de fond l’ambiance n’est clairement pas la même. Tous ont perdu des proches, le monde vit dans le déni à vouloir se reconstruire, plus par résignation que désespoir, mais personne n’a oublié, la plaie est encore béante des années plus tard. La construction du scénario est un peu classique et prévisible, à la recherche des artefacts pour accomplir la quête, et pas vraiment de surprises dans le développement, mais on sent les presque un siècle d’expertise dans l’art de conter une histoire tant la mise en scène est dantesque et la maîtrise émotionnelle absolue. Quel monstre ne verserait pas sa larme au moment des sacrifices ? Et pour sublimer ce conte captivant, d’une beauté onirique incontestable, James Newton Howard nous régale de l’une des (voir la ?) meilleurs bande originale de sa carrière pourtant exceptionnelle. Une épopée grandiose qui marquera durablement par sa puissance.

 

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Chaos Walking


Chaos Walking
2021
Doug Liman

Alors que beaucoup espéraient le voir travailler sur une suite de Edge of Tomorrow qui n’arrivera probablement jamais, le réalisateur Doug Liman s’est attaqué à la trilogie littéraire du Chaos en marche, ces fameuses sagas pour adulescents comme on dit par chez nous, c’est-à-dire des films généralement de quête identitaire dans un univers dystopique où l’amour occupe une place déterminante. Beaucoup d’appelés, pratiquement aucuns élus, et seule une poignée ont dépassé le stade du premier film. Tourné en 2017, quasi intégralement retourné deux ans plus tard pour cause de projections tests alarmistes avant de subir moult reports, le film a finalement été jeté dans la fosse en mars 2021 aux Etats-Unis où les restrictions sanitaires l’ont immédiatement condamné, au point d’annuler sa sortie dans nombre de pays pour le revendre à Amazon. Avec en plus une réception mitigée voir mauvaise, on aurait tôt fait de faire l’impasse dessus, surtout que les suites ne verront jamais le jour. Et pourtant…

Le film se déroule au XXIII° siècle sur une planète située à 64 ans de voyage stellaire de la Terre, appelée « Nouveau Monde » dans l’espoir que cette planète soit le nouvel Eden pour l’humanité. Seulement voilà, cette terre ne s’est pas avérée si accueillante, avec notamment une population locale sous-estimée qui s’est révélée être bien plus développée que de simples faunes locales, et il ne reste désormais qu’une centaine de survivants, surtout depuis que le peuple local a massacré toutes les femmes et les enfants sur place. N’ayant plus non plus de moyen de communication et n’ayant plus aucun contact avec des vaisseaux ou la Terre, ils se pensaient peut-être les derniers représentants de l’humanité (dirigés par Mads Mikkelsen). Plus jeune des survivants, Todd Hewitt (Tom Holland) va un jour croiser le chemin de Viola (Daisy Ridley), venue dans un vaisseau spatial qui s’est crashé à l’atterrissage. S’il reste du monde là-haut, l’espoir subsiste peut-être.

Ne savant absolument rien du film, je n’ai pu qu’être surpris par son originalité. Mine de rien, les films se déroulant sur des planètes qui ne sont pas la Terre sont rares, et l’univers propose en plus une singularité intéressante à bien des niveaux : le bruit. Phénomène inexplicablement exclusif à l’homme (au sens mâle, les femmes n’étant pas touchées), le principe du bruit est que les pensées se manifestent visuellement et de façon audible. Non seulement les gens entendent les pensées des autres, mais ils les voient se matérialiser. Ainsi, il est pratiquement impossible de mentir ou de dissimuler quoi que ce soit, et au contraire les esprits forts pourront même matérialiser tout ce qu’ils veulent. Transparence incontrôlable pour les uns, pouvoir d’illusion surpuissant pour d’autres. Grâce à un budget confortable et plusieurs années de post-prod, le film propose des rendus particulièrement beaux et intéressants pour matérialiser ce concept, et que ce soit narrativement ou pour la mise en scène, l’idée est très bien utilisée. Premier volet oblige, le film reste assez flou sur où en est l’humanité au sens large (sur Terre, potentielles autres colonies sur d’autres planètes) et on se doute que le souci de cohabitation à peine esquissé aurait été un sujet principal des suites. Mais même en considérant ce film comme une histoire indépendante, d’autant que sauf surprise de taille, elle le restera, malgré une trame assez prévisible le concept fascine, l’immersion est excellente et les protagonistes sont attachants. Que ce soit la SF en général ou les « young-teen book adaptation », ce sont deux genres qui me parlent énormément, et de fait mon jugement est peut-être un peu biaisé de par les affinités évidentes, mais objectivement je trouve le film extrêmement réussi et captivant.

 

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Boîte noire


Boîte noire
2021
Yann Gozlan

Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est une « boîte noire », c’est le terme commun utilisé pour désigner l’endroit où sont stockées les données de vol d’un appareil (généralement un avion), ce qui permet notamment d’étudier les événements ayant conduit à l’incident dans le cas d’un crash. Comme dans la très grande majorité des cas les chocs se font par le devant de l’appareil et que cette fameuse boîte noire est située à l’arrière dans un caisson censé résister à tout type de catastrophe, dans la très grande majorité des crashs elles sont donc récupérables, glaçant témoignage d’un événement heureusement très rare, surtout sur les grandes lignes où le transport reste largement le plus sûr au monde.

Le film va donc nous plonger au cœur de la BEA (dirigée par André Dussollier), une agence chargée d’étudier tous les problèmes techniques liés à l’aéronautique. Un dossier brûlant va leur arriver : un vol avec une centaine de passagers s’étant mystérieusement écrasé dans les montagnes, aucun survivant. Chargé de l’enquête, Victor Pollock (Olivier Rabourdin) va expressément écarter de l’affaire un de ses employés spécialisé dans l’écoute et le traitement du son : Matthieu Vasseur (Pierre Niney). Seulement deux jours plus tard, Victor va être porté disparu, plus aucune trace de lui, et Matthieu va hériter de l’affaire. L’étude première de la boîte noire semble dessiner un scénario tout tracé, mais la vérité est-elle ailleurs ?

Brillant, juste brillant. J’avais grand espoir pour ce film tant la bande-annonce laissait entendre un thriller haletant, et clairement je n’ai pas été déçu. Dans un film d’enquête, outre la crédibilité, on attend principalement deux choses : un rythme trépidant bourré de rebondissements, et surtout un final à la hauteur. Si un point m’a dérangé, mais que pour des raisons évidentes je ne peux en parler, le film fait un quasi sans-fautes, se montrant impressionnant sur la gestion du suspense, le jeu de pistes et à quel point tout fait sens au final. Conspiration, négligence inconsciente, attentat, obsessions psychiatriques du héros, toutes les pistes sont crédibles et se défendent tout du long, faisant même des allers-retours, avec de nouveaux éléments pouvant redonner du crédit à une piste qu’on croyait écartée. Le scénario est parfaitement géré, le casting impeccable (mention spéciale à Lou de Lâage toujours resplendissante), la mise en scène maîtrisée (la transition de reconstitution dans le hangar est incroyable) et la gestion du budget (à peine 10 M€) force le respect tant le film n’est pas avare en décors. Une enquête palpitante, ultra dynamique et stressante, faisant incontestablement parti des meilleures surprises de l’année.

 

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Fast & Furious 9


Fast & Furious 9
2021
Justin Lin

Neuf… Bigre que cette saga dure avec déjà dix films au compteur en comptant le spin-off Hobbs & Shaw ! Il faut dire que si la saga se contentait d’un public de niche à ses débuts, en assumant pleinement un style beauf à base de grosses voitures chromées et de belles donzelles, à partir de Fast & Furious 4 la saga s’est mise à prendre un tournant plus grand public, se dénaturant progressivement pour devenir une pure saga d’espionnage, mais en mode décomplexé puis de plus en plus débile. La saga a atteint son apogée avec Fast & Furious 7, poussant le délire toujours plus loin, et avec en prime la mort de son acteur principal et le fameux hommage en fin de film, le chant de signe acclamé se transforma en succès improbable, doublant presque le record historique de la saga pour atteindre les 1.5 milliards de dollars au box-office. La franchise aurait pu en rester là, mais elle aurait surtout dû en rester là…

Désormais officiellement mercenaires pour le gouvernement (Kurt Russell), la bande de Dominic Toretto (Vin Diesel) – incluant Roman (Tyrese Gibson), Letty (Michelle Rodriguez), Ramsey (Nathalie Emmanuel) et Mia (Jordana Brewster) – va cette fois être confronté à nulle autre que le frère caché de Dom, Jakob (John Cena), qui va tenter de subtiliser une technologie que convoitait également Cipher (Charlize Theron).

Rarement vu un scénario aussi foutraque et insipide. Alors que les deux derniers épisodes nous avaient déjà fait le coup du frère qui sort de nulle part et du « oh la la, il est chez les méchants mais on se demande bien s’il va ou non changer de camp pour être en fait un gentil ». C’est lamentablement écrit, on nous ressort du placard Helen Mirren (mère de Deckard (Jason Statham) qu’on voit pour sa part en scène post-générique) pour le caméo le plus inutile de l’histoire, on a enfin  Lucas Black qui fait plus qu’un caméo mais son personnage est si peu exploité, et puis surtout impossible de ne pas parler du cas de Han (Sung Kang). Plod twist balancé l’air de rien dès la toute première bande-annonce, on nous ressort donc d’entre les morts un des acteurs phare de la saga. Comment a-t-il survécu ? Il bossait déjà avec le gouvernement et a simulé sa mort en se téléportant. Mais quoi ?! Pourquoi revenir ? Pour faire plaisir aux fans. Sérieusement ?! Difficile d’y voir une autre explication tant il ne sert à rien, et je vois mal comment quiconque pourrait s’en réjouir tant il a perdu toute aura. La narration est en plus constamment polluée de flashbacks incessants, tentant de faire de l’émotionnel sur des personnages qu’on ne connaissait pas et qui sont insipides, hormis Dom mais cet événement du passé avait déjà été évoqué.

Mais bon, on me dira que le scénario n’a jamais été le point fort de la saga, donc qu’en est-il du spectacle ? Médiocre, voir mauvais. La surenchère atteint ses limites, et la voiture qui se balance sur une liane, les aimants ou la fusée sont autant d’idées sympas sur le papier, mais juste absurdes à l’écran. Et entre des décors ou des personnages surexposés, des voitures qui voltigent beaucoup trop ou des textures pas bien finalisées, les effets spéciaux ne sont pas au niveau. Un fait dont la récurrence en période covid est inquiétante pour la qualité visuelle des blockbusters à venir, d’autant qu’en sortant tout juste des Eternels qui se pose comme une référence en la matière, le contraste est d’autant plus violent. Comme en plus la narration est parasitée par des flashbacks incessants (le premier ok, mais les autres pitié !), le rythme déjà mauvais s’en ressent encore plus pesant. N’ayons pas peur des mots : on se fait lourdement chier. Redondant, jamais drôle, jamais impressionnant et écrit à la truelle, on atteints des abysses rares pour une telle production. Et dire qu’ils veulent en faire encore deux de plus…

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Les Eternels


Les Eternels
2021
Chloé Zhao

Le monde est-il complètement débile à ce point ? Si les séries Marvel sur Disney+ sont très qualitatives mais largement dénuées d’enjeux hormis Loki, la phase IV du MCU commençait très mal au cinéma entre Black Widow et Shang-Chi, flirtant dangereusement avec l’échec financier et le désert artistique. Projet majeur dans le catalogue de la firme, le projets des Eternels avait été vendu en amont comme le messie, pour ainsi dire le plus important depuis l’origine de la saga, c’est dire. Doté d’un casting impressionnant, d’un budget de 200 M$ et avec à la barre une réalisatrice Oscarisée, les attentes étaient donc maximales pour tous, mais le projet se vautra massivement avec 401 M$ dans le monde et des critiques plus que mitigées. M’étant royalement emmerdé devant Nomadland, qui avait donc valu son Oscar à Chloé Zhao, j’étais donc persuadé d’assister à un ratage en règles, comme pour les deux autres films de la phase IV. Et finalement non, la claque annoncée est bien là.

Quelle est l’origine du monde ? De la singularité émergea le céleste primordial, Arishem, qui de par son pouvoir créa le premier soleil de l’univers, puis les planètes et la vie. Pour permettre de développer la vie à travers l’univers, dans le noyau de nouvelle planètes sont implantés de futurs célestes, se nourrissant de vies intelligentes pour à leur tour façonner de nouvelles galaxies où se développeront de nouvelles vies. Pour réguler l’évolution et permettre l’émergence de célestes, une première forme de vie fut créée : les déviants. Ces derniers ont cependant échappé à tout contrôle, ne cherchant plus à développer d’autres vies mais à supplanter les vies locales en devenant la nouvelle race dominante. Pour les combattre ont alors été créés les éternels, régis par un seul ordre : ne pas interférer avec la vie locale, mais veiller à ce que les déviants n’empêche pas l’émergence. Après des millénaires d’affrontement sur Terre, l’équipe d’éternels présents sur place (comprenant Gemma Chan, Richard Madden, Angelina Jolie, Salma Hayek) croyait enfin cette menace écartée, mais ils étaient loin de se douter de l’ampleur de la menace pesant sur eux.

Eh bien voilà ! Alors que les blockbusters ont peu à peu perdu leurs âmes à grand renforts de fonds verts et effets-spéciaux en pagaille, que le MCU peinait à avoir de véritable enjeux, voici enfin le film répondant à toutes nos prières. C’était un impératif pour la réalisatrice, et malgré les surcoûts terribles que cela engendre, la production du film fut quasi exclusivement en décors naturels, avec des lumières naturelles, et mon Dieu que ça fait du bien ! C’est beau, c’est réel, on y croit. Et mine de rien, quand il s’agit de scènes d’actions ou de pure SF, ça fait toute la différence dans la mesure où on est beaucoup plus investi car le résultat est visuellement crédible. Indéniablement, un réalisme brutal avec des affrontements dantesques, cela donne un caractère plus épique que pour ainsi dire l’entièreté du MCU. Et c’est d’ailleurs ce traitement froid et réaliste qui fait d’autant plus ressortir les effets-spéciaux, d’une rare finesse, et les passages avec Arishem sont justes dingues.

Mais outre le visuel, c’est avant tout le scénario qui captive. Que ce soit les célestes, les éternels, les déviants ou l’émergence, l’univers dépeint est dépeint est juste dantesque avec des enjeux tout simplement inédits en termes d’ampleur. On ne parle pas juste d’une menace de destruction de la Terre, mais bien de ce qui est à l’origine de toute vie dans l’univers. Le vertige de l’infini, d’entités insondables et inatteignables. Et pour en prendre conscience, on suit donc des éternels si insignifiants à cette échelle, et qui sont pourtant des dieux pour l’humanité, même si certains se sont clairement fait enflés à l’attribution des pouvoir (genre une sourde, sans déconner ?). Si le personnage de Sersi est clairement celui le plus mis en avant, tous ont droit à un minimum de background, permettant de développer un tant soit peu d’affecte pour chacun, d’autant que les acteurs sont vraiment bons. Certains ont reproché au film un ventre mou, mais en réalité c’est au milieu que la plupart des enjeux et scènes épiques ont lieu, donc pour ma part le rythme est là aussi un des points forts du film tant il est maîtrisé. Alors oui, il y a un peu trop d’éternels, les déviants sont mal exploités et on aurait aimé développer plus le différentiel physique / mental de Sprite, ou encore voir Druig essayer certaines manipulations de masse, de même qu’on sera un peu saoulé du teasing au forceps avec Eros (Harry Styles) et Dane Whitman (Kit Harington) tant le film aurait été encore plus fort en se suffisant à lui-même sans vouloir impérativement teaser la suite. Mais que ce soit son impact visuel comptant parmi les œuvres les plus épiques jamais vues, ou encore son scénario pleinement captivant, on tient là l’un des tout meilleurs films du MCU.

 

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S.O.S. Fantômes : L’Héritage


S.O.S. Fantômes : L’Héritage
2021
Jason Reitman

Après un reboot féminin décrié et ayant été un lourd échec commercial, la saga S.O.S Fantômes s’est très vite relevée puisque moins de trois ans après, une vraie suite aux deux films des années 80 devait voir le jour. Mais Covid oblige, le film a été reporté moult fois, et 17 mois après la date de sortie initiale, les spectateurs ont pu découvrir cette énième suite nostalgique d’une saga qu’on croyait éteinte. Si le succès fut au rendez-vous aux Etats-Unis avec un score sensiblement identique au reboot malgré un budget deux fois inférieur, les score internationaux modérés prouvent encore une fois que la saga reste profondément ancrée dans la culture américaine, sans en dépasser ses frontières.

Semblant aux premiers abords vouloir renouveler la formule, la saga quitte cette fois le cadre urbain de la ville à la grosse pomme pour la campagne. Fille de l’ex membre des Ghostbusters, Egon, Callie (Carrie Coon) va décider d’emménager dans la vieille maison délabrée de feu son père pour fuir ses problèmes d’argent. Pour elle, ce dernier n’était qu’un savant fou ayant délaissé sa famille, mais sa petite fille Pheobe (Mckenna Grace) va découvrir que ses mises en garde n’étaient peut-être pas infondées.

Ô désespoir ! En vrai le film commençait si bien : une chasse aux secrets, une Mckenna Grace retrouvant le rôle du petit génie qui lui allait divinement dans Mary, un mentor d’exception en la personne de Paul Rudd pour l’épauler, et en vrai l’ambiance un peu horrifique et pesante marche très bien, traitant enfin avec un minimum de gravité et de réalisme la question des fantômes. Des décors en dur, immense soulagement dans une ère nauséeuse dégoulinant de fonds verts, une réal impeccable et un excellent casting malgré un Finn Wolfhard de Stranger Things toujours aussi mauvais : non vraiment, le début du film laissait espérer un très bon divertissement. Mais le bilan restera bien plus contrasté au final, la faute à un repompage de la menace de Gozer (Olivia Wilde), ou comment la saga a été incapable de trouver un autre ressort scénaristique… Pire, dans un esprit de « coller au style des premiers films », on reprend le même genre d’effets spéciaux très laids, encore plus aujourd’hui, et si la réalisation du fils Reitman est meilleure que celle du père, tout ce qui touche à l’univers S.O.S Fantômes est ennuyeux voir raté. C’était attendu, l’équipe d’origine (Bill MurrayDan Aykroyd et  Ernie Hudson) fait bien évidemment une apparition, avec aussi le caméo sympathique mais totalement inutile de Sigourney Weaver en première scène post-générique (oui, il y en a deux… ), mais à l’image de « l’hommage » au membre décédé, le côté émotionnel ne fonctionne pas sur la fin. Autant les apparitions et manifestations dans la maison fonctionnent, autant le dénouement rate le coche de l’émotion : aucun mot touchant ou discours marquant. Plus grave encore, l’idée de le faire passer pour un connard tout du long n’est clairement pas lui faire honneur, car s’il fini lavé des accusations, il n’en reste pas moins traîné dans la boue pendant 90% du film. Grâce à un début captivant, une écriture mieux maîtrisée (enfin le personnage de Winston a un background de développé !) et à un style plus mature, le film se montre tout de même plus divertissant que ces prédécesseurs, mais ça ne sera pas aujourd’hui non plus que cette saga obtiendra ses lettres de noblesse.

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S.O.S Fantômes 2


S.O.S Fantômes 2
1989
Ivan Reitman

Succès commercial colossal oblige, une suite au film S.O.S Fantômes a rapidement été mise en chantier, et si une série animée a vu le jour entre temps, il aura fallu cinq ans pour convaincre l’équipe de rempiler. Mais si le rayonnement américain du premier film a permis de péniblement doubler les recettes hors du pays pour un modeste mais déjà moins ridicule 103 M$, à domicile l’hystérie a froidement été douchée : malgré cinq ans d’inflation et l’excellente réputation de son prédécesseur, cette suite n’a même pas réussi à atteindre la moitié des recettes pour un médiocre 112 M$. Et quand on voit le résultat, pas de quoi s’étonner d’un tel effondrement.

Le scénario est pour ainsi dire le même à la virgule près, quasi remake du premier film. Là encore, on commence le film par la bande d’amis  (Bill MurrayDan Aykroyd, Harold Ramis et  Ernie Hudson) virés de leur précédent emploi (là par le maire pour cause de trop lourds dégâts sur la ville) et qui vont se remettre au boulot suite à une manifestation étrange ayant encore une fois touché Dana (Sigourney Weaver). Et là encore, la menace sera un esprit maléfique qui va prendre possession d’une demi-portion friendzoné par cette dernière. La même histoire, et même  Rick Moranis trouve le moyen de revenir…

Déjà que l’ennui n’était pas loin dans le premier film, voir les mêmes ressorts scénaristiques usés jusqu’à la moëlle dans une suite qui ne fait que refaire ce qui a déjà été fait, l’intérêt ne pouvait que s’effondrer. D’autant que contrairement à un Maman j’ai encore raté l’avion ou à un Very Bad Trip 2 qui font aussi le coup de la suite / repompage, il y a au moins l’intérêt de quelques gags renouvelés, la conscience de faire la même chose et d’insister dessus, et les décors changeaient radicalement (de banlieue chic à grande ville pour l’un, et de Vegas à Asie pour l’autre). Là non, la seule « nouveauté » sont les slides, une gelée rose magique qui permet de faire tout ce qu’on veut avec le scénario, sorte de potion ultime du « ta gueule c’est magique » pour justifier tout et surtout n’importe quoi. Et en cinq ans, les effets spéciaux n’ont fait visiblement aucune avancée technologique, restant à un niveau grotesque où même l’étalonnage n’est pas au programme (ah mince, c’est de nuit mais l’objet 3D est full éclairé). Une suite oui, mais pour raconter quoi ? Espérons que le troisième opus officiel trouve la réponse, car là le calvaire était consumé.

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S.O.S. Fantômes


S.O.S. Fantômes
1984
Ivan Reitman

Après un pseudo suite féminisée qui fut un bide fracassant et quasi unanimement décrié, une vraie suite vient de débarquer, et il était donc grand temps de redécouvrir ce monument de la culture populaire qui fut à sa sortie l’un des plus gros succès de l’histoire aux Etats-Unis avec 242 M$, soit l’équivalent actuel de 626 M$, ce qui en fait après inflation la comédie ayant fait le plus d’entrées l’histoire, légèrement au dessus de Maman j’ai raté l’avion et ses 285 M$ sur le sol américain qui fait 621 M$ après inflation. Et pourtant, en dehors du pays de l’oncle Sam, le film est passé complètement inaperçu avec 53 M$ dans le reste du monde et des critiques loin d’être bonnes.

Qui allez-vous appeler ? Les Ghostbusters évidemment ! Trio de chercheurs dans une université New-Yorkaise, trois amis (Bill Murray, Dan Aykroyd et Harold Ramis) vont un jour découvrir une étrange substance résiduelle suite au passage supposé d’un ectoplasme, de quoi imaginer quel genre d’exposition pourrait justement détruire ce genre de composé. Il n’en fallait pas plus. Un petit licenciement, une hypothèque et voilà que la bande va se lancer dans l’aventure de la chasse aux fantômes.

Chasser des fantômes, c’est-il pas cool ? Bah non, c’est atroce comme forme d’errance, qui aspire à ce genre d’expérience post-mortem ? Non mais avec les costumes, les positronneurs, le véhicule, la barre de pompiers ? Bof… Who you gonna call ?! Ghostbusters ! En vrai même le concept n’est pas si bon, et le film l’exploite extrêmement mal. Passé le charme de Sigourney Weaver, l’espièglerie du personnage de Bill et la gentillesse qui émane du personnage de Dan, Harold est une caricature d’intello ennuyeuse, Ernie Hudson est une nouvelle recrue trop tardive et qui ne sert à rien, Rick Moranis est juste malaisant et pas respecté tant son rôle est souillé, et tout le scénario est juste catastrophique. On balance des noms pseudo scientifiques pour vaguement expliquer le concept, puis ensuite c’est la foire à la saucisse : on balance des noms au hasard pour teaser une menace invraisemblable, et absolument tous les ressorts de développement n’ont aucun sens. L’agent écologique débile, eux qui laissent faire, des possessions comme par hasard, du mac guffin de sumo, vraiment un enfer à suivre. Point moins important mais tout de même à noter : le film a particulièrement mal vieilli. Les effets spéciaux sont criards, kitchs au possible, les décors en carton-pâte et mon Dieu que ça se voit ! Les héros et la musique sont cool, mais à part ça l’ennui était clairement pas loin.

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Mandibules


Mandibules
2021
Quentin Dupieux

Oh la la Michel, il est 11h59 et la pause repas arrive dans une minute mais une mission importante vient d’arriver. Que faire ? Oh la la, je ne sais pas Bernard, mais as-tu remarqué le contour bleu des portes ? Non, mais en voilà une remarque intéressante qui mérite qu’on s’y attarde parce que… Ah c’est bon, c’est midi ! Couscous à la cantine ? C’est Parti ! Je sais plus quoi dire si ce n’est au secours. Pitié plus jamais Quentin Dupieux

Le film improvise raconte l’histoire du Palmashow de Jean-Gab et Manu (David Marsais et Grégoire Ludig), deux galériens vivant chez sa mère pour l’un et SDF pour l’autre. Alors que le second devait voler une voiture pour une mission de livraison, les deux compères vont se rendre compte que la voiture volée n’était pas si vide que ça : une mouche géante se trouvant dedans. Que faire ? La dresser pour qu’elle rapporte des choses et qu’ils deviennent riches bien sûr !

Il faut savoir rester l’esprit ouvert, mais juste stop le mélange de drogues. C’est comme si le metteur en scène avait prit une vieille caméra et demandé aux comédiens « jouez le plus mal possible et ayez toujours la réaction la moins naturelle et la plus débile imaginable ». C’est ainsi que Bruno Lochet, et je ne serais dire plus tellement il ne sert à rien et ne fait rien qui influe sur quoi que ce soit et disparaît aussitôt. C’est aussi ainsi que  Adèle Exarchopoulos gueule, parce que accident de ski (mais quoi ?!). Le pire c’est que cet escroc de réalisateur en a conscience et se fout ouvertement du spectateur avec Roméo Elvis, là pour souligner à quel point le scénario n’a aucun sens, que les gens réagissent n’importe comment et que tout cela est un immense foutage de gueule. La mouche ne sert pour ainsi dire à rien, simple meuble dans le fond pour des blagues de mauvais goût (le chien et les excréments, deux ressorts comiques que je trouve abjects). Rien n’a d’importance, d’enjeux ou de cohérence. On est passé à un cheveux du full retour case départ en mode « taureau déception, ça a vraiment servi à rien toute cette histoire ». Au moins ce fut court, mais c’était déjà ça de trop.

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