Hook


Hook
1992
Steven Spielberg

Tout d’abord désolé à tous les fans du film, à tout ceux qui sont fan du dessin animé de Disney et tout ceux dont cette revisite / suite live-action a bercé l’enfance. J’aurais dû être de ceux là, mais j’ai toujours trouvé le film d’animation comme l’un des pires de la firme aux grandes oreilles, et j’ai mainte fois essayé de revoir ce fameux Hook sans jamais réussir à adhérer. C’est bien simple, de toutes les adaptations de la pièce de théâtre / roman de J. M. Barrie, la seule que j’ai trouvé aboutie était la version de 2004 de Peter Pan. Les années passent, l’esprit critique s’affine, l’esprit s’ouvre, et cette fois j’étais bien décidé à donner une énième fois sa chance au film.

L’histoire se place quelques 70 ans après les évènements du roman. Lors d’une de ses visites à Wendy (Maggie Smith), ce petit garçon qui ne voulait pas grandir va tomber amoureux de la petite fille de Wendy : Moïra. Il va alors décider de rester dans le monde réel pour vivre cet amour, oubliant peu à peu qui il était. Désormais père de famille, Peter (Robin Williams) a laissé le travail empiéter sur tout le reste, délaissant sa famille. Mais le passé lui ne l’a pas oublié : ruminant sa défaite depuis toutes ces décennies, le Capitaine Crochet (Dustin Hoffman) va débarquer dans le monde réel et capturer les enfants de Peter. S’il veut les sauver, il devra se rappeler son passé et replonger au pays imaginaire.

L’idée du film est foncièrement bonne : quand on devient adulte, on en oublie les joies simples, les jeux d’enfant, et il faut apprendre à vivre simplement. L’idée de prendre l’incarnation de la jeunesse qui ne veut pas grandir pour incarner un adulte qui rejette tout enfantillage ou amusement est cathartique, donc potentiellement brillant, et avec en prime Julia Roberts en fée Clochette et Gwyneth Paltrow pour la version jeune de Wendy montre la puissance du casting. Avec un réalisateur de renom à la barre, le projet ne pouvait qu’être génial. Et pourtant, c’est un ratage total. J’aimerais vous dire que le film est excellent, que c’est un régal, mais non.

Rien dans la façon de faire ne va. L’écriture est poussive au possible, abusant de caricatures, de clichés absolus comme le père trop occupé pour aller voir le match de son fils, qui fait en permanence des promesses qu’il ne tient pas. Et puis bon, on ne parle pas d’oublier les 4-5 premières années de sa vie, mais des décennies entières jusqu’à l’âge de 12-13 ans ! Qui n’a aucun souvenir avant cette époque ? En cas de traumatisme oui, mais là c’est tout l’inverse : c’est le bonheur de l’amour qui lui fait sacrifier son pays imaginaire. Or où est le sacrifice si on oubli ce qu’on a perdu ? Le coup du « vieil » homme rouillé est bon, mais son amnésie est maladroite et bancale. Et malgré les 2h24 le film va trop vite sur l’évolution du héros, qui rame trop longtemps pour une prise de conscience instantanée. Et s’il n’y avait que l’écriture qui posait problème… On excusera les effets spéciaux catastrophiques ou les décors en carton pâte immondes, même si la scène de fin dans le ciel fait très mal aux yeux, en revanche ce qui ne pardonne pas c’est vraiment le casting en roue libre comme jamais. Oui, diriger des enfants est difficile, mais à ce point ? Et même les adultes surjouent dans des propensions dantesques, juste insupportable. Le rire du Crochet bat des records en la matière… L’idée était sympathique, le casting alléchant, mais l’écriture, les effets spéciaux et surtout le jeu des acteurs sont si laborieux que le film est juste foncièrement raté.

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Il faut sauver le soldat Ryan


Il faut sauver le soldat Ryan
1998
Steven Spielberg

Grand classique de film de guerre qu’on se doit d’avoir vu. Déjà trois bonnes raisons de ne pas voir un film : classique veut dire surcoté, de guerre donc pas ma cam, et qu’on se doit d’avoir vu donc très très surcoté. N’étant pas amateur de film de guerre, sauf si ça permet d’apporter une vision nouvelle ou d’éviter que des moments pratiquement jamais abordés ne sombrent dans l’oubli, que le film se place encore et toujours du point de vue américain lors des événements de la Seconde Guerre Mondiale n’augurait rien de bon, mais j’ai fait l’effort de lui donner le plus possible sa chance : acheter le Blu-ray 4K et subir d’une traite les 2h40 de long-métrage.

Probablement l’un des scénarios les plus stupides jamais pondu par un être vivant, le film raconte comment l’état major américain, se rendant compte que la guerre avait déjà coûté la vie de trois frères sur quatre de la fratrie Ryan et que leur mère ne supporterait pas de perdre son dernier fils James (Matt Damon), va tout mettre en œuvre pour le retrouver et le sauver, porté disparu depuis une opération de parachutage en France. Alors en 1944, la guerre bat son plein, les soldats meurent par millions, mais le gouvernement va mobiliser l’escouade du Capitaine Miller (Tom Hanks) pour retrouver et sauver un seul soldat, peut-être déjà mort et qui devra vivre dans le cas contraire avec le traumatisme démultiplié de la guerre, qui outre son âme et son honneur, l’aura privé de sa famille. Des génies !

A quelques occasions le film soulignera la stupidité de la mission, mais « les ordres sont les ordres ». Ah on parle d’américains, et le premier et dernier plan du film est un drapeau des Etats-Unis flottant au vent. On parle de psychopathes là pour massacrer du nazi, tirant à s’en vider le chargeur sur des hommes désarmés sortant les drapeaux blancs. Au moins le film aura le mérite de reconnaître la monstruosité de la guerre, de tous bords : tous pourris. Mais s’en moquer ou rire avec ne change pas le constat. Le film est d’une stupidité déconcertante, tout n’est qu’inutile, futile, et on devra supporter la naïveté clinique d’un Vin Diesel qui se fera heureusement plomber bien vite. Quasi figurant, la liste des seconds rôles campés par des noms d’envergure donne le tournis :  Jeremy Davis (Faraday dans Lost), Giovanni Ribisi, Paul Giamatti ou encore Bryan Cranston. Enfin pour replacer les choses dans leur contexte, la plupart de ses acteurs étaient peu ou pas connus à l’époque, donc on est loin du cache-misère intentionnel.

Mais donc pourquoi le film a eu tant de nominations, de prix (dont l’Oscar du meilleur réalisateur) et un tel succès avec pratiquement un demi-milliard en salles ? L’immersion, la démesure, les moyens mis en œuvre. Encore aujourd’hui, la scène du débarquement reste mémorable, dantesque, et le film est tout le temps sous tension. Quelques personnages attachants, notamment le capitaine, et ça se laisse regarder. Mais en terme de puissance visuelle, difficile de garder l’émerveillement quand on a eu depuis des films comme Dunkerque, ou au niveau immersion et tension l’immense plan séquence de 1917, quoique souffrant lui aussi d’un scénario effroyablement vain. Le film n’est que haine, violence, un endoctrinement lamentable plutôt qu’un esprit de camaraderie, et toutes ses qualités techniques incroyables pour l’époque ne sont plus un argument valable aujourd’hui. Le film n’est pas mauvais, mais ses arguments d’époque n’ont plus lieu d’être, et à moins d’être nostalgique de la claque prise à l’époque, difficile d’y trouver un grand intérêt, comme c’est aujourd’hui le cas des films reposant uniquement sur la technique et le grand spectacle : les progrès en la matière rendront immanquablement désuets les maîtres du genre actuels.

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À la folie… pas du tout


À la folie… pas du tout
2002
Laetitia Colombani

Difficile de parler du film, de ce qui fait son originalité, sans trop en révéler, voir c’est impossible. Et de toutes façons, la première demi-heure du film sonne tellement faux que sans savoir d’emblée le vrai sujet traité, beaucoup risqueraient de ne pas laisser sa chance au film, qui ne démérite pas dans sa globalité, donc faisons fi des convenances et embrassons pleinement ce vilain mot : « spoiler ».

Qu’est-ce que l’érotomanie ? C’est une maladie mentale faisant qu’on peut interpréter chaque signe comme une déclaration d’amour, de voir des sens cachés et une idylle là où il n’y en a pas. Il suffit parfois d’un rien, d’un geste dénué d’arrière-pensée mais qui déclenchera chez la personne atteinte d’érotomanie un sentiment de certitude absolue quant à l’amour que l’autre lui porte. Ici, c’est une certaine Angélique (Audrey Tautou), qui en croisant un certain Loïc (Samuel Le Bihan) dans certaines conditions (tâchons de garder quelques mystères tout de même), va être persuadée que ce dernier, comme elle, a eu un coup de foudre comme dans les livres, et de fait, c’est certain, il quittera sa femme (Isabelle Carré) pour elle dans les plus brefs délais tant leur amour est immense et réciproque. A quel point est-elle folle ? Jusqu’où va la conduire cette folie ?

Sujet de prédilection de sa réalisatrice, le film parle de la folie. Avant la création du précédent site en décembre 2010, j’avais vu – mais de fait pas critiqué – son autre long-métrage, Mes stars et moi, qui parlait aussi d’amour et d’obsession, mais du côté fan. Il me semble que le film était décevant mais pas inintéressant, mais ne me rappelant plus si l’idée du fan, mieux placé que n’importe qui pour s’occuper de carrières et devenir un agent d’exception, avait été correctement exploitée, je préfère ne pas trop en parler. Reste aussi son tout premier court-métrage, Le Dernier bip, où elle se mettait elle-même en scène et disponible sur le DVD du film dont il est question aujourd’hui, qui traite également de la folie, dépression, obsession, et plus grave encore, avec d’ailleurs le même acteur déjà présent dans le rôle de l’inspecteur. C’est aussi ça l’avantage du support physique : on y découvre des scènes coupées, des idées de fins « alternatives ». Plus qu’un produit de consommation d’un service de streaming, c’est une œuvre qui respire, qui existe au delà d’elle-même. Bref.

Une histoire d’amour, qui plus est avec un homme marié et des complications de « soyons discrets », voilà qui sonne peu ragoutant aux premiers abords, d’autant que force est de reconnaitre que Samuel Le Bihan joue atrocement mal. Oui mais voilà, au bout de demi-heure, le film révèle sa vraie nature : on avait jusqu’alors qu’un point de vue totalement biaisé sur une histoire qui n’était pas ce qu’elle prétendait être, du fait du souci mental de l’héroïne. Qu’en est-il vraiment ? Comment cela va t-il évoluer ? Eh bien c’est justement là que le film est bon : la gestion des timings, des quiproquos, coïncidences, est bien plus fine qu’il n’y paraît, et même en connaissant d’emblée la retournement, on reste surpris par certains rebondissements. Ca reste globalement cousu de fils blancs et on regrette certaines coupes tant beaucoup d’intrigues secondaires sont purement jetées aux oubliettes en cours de route, et on regrette de ne pas voir plus Sophie Guillemin tant elle est à tombée par terre, mais donc dans l’ensemble le film est solide sur son histoire principale, avec une Audrey Tautou impeccable et adorable. Les années passant, il a même désormais un côté kitch charmant. Ne vous attendez pas à un grand film, mais voilà de quoi divertir sainement avec une petite touche d’originalité, vous permettant de dire « oui, je sais ce qu’est l’érotomanie, et d’ailleurs je peux te conseiller un ptit film bien sympa ».

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Nomadland


Nomadland
2021
Chloé Zhao

Dans cette morne période où des milliers de films ont été décalés, sacrifiés sur des plateformes ou directement dans les bacs, voir carrément annulés puisque la pandémie a drastiquement fait grimper les coûts de tournage, la dernière cérémonie des Oscars fut encore plus endeuillée que la précédente, notamment à l’international et particulièrement en dictature française où l’entièreté de la sélection était composée de films inconnus au bataillon, pas encore sorti en salle, ce qui tendait à rendre l’engouement inexistant. Aux Etats-Unis le bilan n’était pas bien meilleur : les salles restaient pour la plupart fermées ou rouvraient timidement, et c’est surtout les zones propices aux films d’auteur (Los Angeles, New-York) qui subissaient de plein fouet la politique de gestion du Covid. Après avoir fait des scores dérisoires à domicile, surtout que disponible sur Hulu, le film pourtant lauréat de trois Oscars, meilleure actrice, meilleure réalisatrice et surtout meilleur film, vient donc de débarquer chez nous dans une indifférence inédite.

Entre un système de retraite punitif, des salaires de misère, des zones abandonnées ou simplement l’envie de voyager, nombreux sont les américains à choisir, par envie ou dépit, le mode de vie nomade, vivant dans des campings car pour les plus riches, ou dans de simples camionnettes faisant péniblement office de maison pour d’autres. Le film sera centré autour de Fern (Frances McDormand), veuve qui a dû partir de chez elle, faute d’un unique employeur faisant vivre toute la région, mais qui a fermé son usine. Vagabondant de petit boulot en petit boulot, elle sillonnera le pays dans son van.

Voilà qui devrait ravir tous ceux qui se désolent de voir le cinéma français se vautrer dans la misère humaine : voici la version américaine en pire. C’est un concours du plus gros crève-la-faim quasi SDF, où chacun a perdu son travail, ses amis, sa famille, voir tout ça à la fois à grand renfort de cancers, suicides et autres joyeusetés. Ah c’est terrible, il faut dénoncer les injustices, la misère humaine, l’esclavagisme des grandes entreprises ! Ah mais ils sont heureux de voyager comme ça ? Ah mais Amazone en fait c’est un super employeur ? Mais genre tout ça c’est uniquement par choix ? Mais donc le film dénonce quoi ? Rien. Dans quel but ? Aucun, si ce n’est donner la parole à ces gens-là, d’autant que le film a réellement prit des gens de la route pour s’incarner eux-mêmes. Pour ma part la démarche est veine, ou alors ratée puisqu’à aucun moment on ne se dit que c’est un choix valable, d’autant plus avec le personnage de Dave. Le fusil de Tchékhov sur la vaisselle, qu’on voit venir à des kilomètres, montre de toute façon la pauvreté de l’écriture du film. Donc non seulement le film ne raconte pas grand chose, est maladroit et plutôt dangereux dans un climat aussi morose que celui actuel, mais en plus son message est à l’opposé de ce qu’il voudrait être. Et qu’en est-il de la réalisation ? Si certains panoramiques sur les paysages sont beaux, d’autant que profitant souvent des levés et couchés de soleil pour embellir les scènes, la réalisation volontairement documentaire est poussive : comme suivant la respiration des personnages, bougeant sans cesse, gangrénées de mouvement parasites. Foncièrement, le film n’est pas non plus une catastrophe, mais c’est typiquement du pathos graveleux et moribond que je hais viscéralement.

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Irresistible


Irresistible
2020
Jon Stewart

Prenant de moins en moins en France depuis des décennies, le clivage politique droite / gauche n’a de cesse de faire un tabac aux Etats-Unis où les partis démocrates et républicains continuent de capter plus de 98% des votes, voir plus de 120% comme lors dernières élections présidentielles. Or qui contrôle le pouvoir en place contrôle les subventions, peut propulser ses amis où il veut, etc. On y retrouve donc assurément les pires ordures au monde, cherchant inlassablement à faire ses choux gras sur le système en crachant au passage sur le petit peuple.

Le film – plus ou moins inspiré de faits réels – se centre donc autour de Gary Zimmer (Steve Carell), directeur de campagne d’Hilary Clinton cherchant à redorer le blason d’un parti démocrate broyé par le bulldozer Trump (marketé par Rose Byrne). Il va alors trouvé une perle rare, un cadeau tombé du ciel : une vidéo virale où une figure paysanne locale se dresse contre l’injustice, les inégalités, les discriminations, véhiculant donc des idées démocrates, mais dans une zone rurale profondément ancrée chez les républicains. Mieux encore, l’homme en question, Jack Hastings (Chris Cooper), est un ancien militaire décoré, à la dégaine de cowboy, donc le portrait même de l’Amérique profonde. Gary va alors débarquer dans un petit bled de 4000 habitants, bien décidé à en faire un candidat démocrate au potentiel de symbole national.

Le film se résumerait en un mot : édifiant. On ne s’insurgera jamais assez des fameuses « élites », si promptes à nous juger, nous toiser, voyant le peuple uniquement sous un prisme capitaliste : comment va-t-il nous faire gagner de l’argent ? Ou du pouvoir aussi, mais les deux sont indissociables. On s’amusera donc de voir un homme hautain, se sentant si supérieur, partant à la quête de bouseux dans une bourgade perdue, quasi morte et dépeuplée. Le film, sans être réellement une comédie, est assez drôle, nous proposant un rematch Hilary / Trump au travers de leurs équipes de campagne qui vont s’affronter localement avec des moyens nationaux. Steve Carell porte tellement bien le film sur ses épaules, ne cessant de gagner en charisme avec les années, et on notera aussi les présences de Topher Grace et Mackenzie Davis. Sans trop en dévoiler, le film est jusqu’à un certain point sympathique mais pas transcendant, prenant néanmoins de l’ampleur à un moment précis en apportant un nouveau regard sur l’ensemble. Une écriture plus fine qu’il y paraît aux premiers abords donc, et on en ressort agréablement surpris.

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Drunk


Drunk
2020
Thomas Vinterberg

Comptant parmi les films les mieux notés de l’année 2020, le film était même en compétition pour le César du meilleur film étranger, et l’a d’ailleurs remporté, au même titre que le BAFTA du meilleur film en langue étrangère. Etant donné sa tête d’affiche et son réalisateur à qui l’ont doit La Chasse, film terrifiant sur la paranoïa ambiante et la justice populaire bien prompt à émettre un avis, voilà qui avait de quoi intriguer.

Le film part d’un postulat assez simple : et si (peut-être de part l’alcool compris dans les fruits ou le stress ambiant contre-nature) l’humain était censé avoir constamment environ 0.5 gramme d’alcool par litre de sang ? Mal dans leur peau, en difficulté face à des élèves las ou un foyer peu accueillant, quatre amis professeurs (incluant Mads Mikkelsen) vont se lancer le défi de l’expérience. L’alcool, la solution à tous nos problèmes ?

A moins que notre religion nous l’interdise, pratiquement tout le monde a déjà expérimenté l’ébriété, ou à minima un degré d’alcool suffisant pour se rendre compte qu’à défaut de supprimer nos problèmes du quotidien, l’alcool permet parfois de mieux les supporter, voir de les oublier. Et contrairement à ce que certains pourraient craindre, partir d’un seuil de 0.5g est très raisonnable, donc le postulat de base ne fait pas l’apologie d’un alcoolisme décomplexé, mais d’une consommation régulière mais raisonnable. Seulement voilà, ce postulat est à la fois inspirant et faux. Oui, indéniablement ce choix va les aider, mais est-ce vraiment le cas ? Non, tout le début n’est que superstition, placébo. Donnez quelque chose à boire à quelqu’un en lui disant qu’il ira mieux, vous aurez alors de grandes chances d’obtenir gain de cause, et de fait l’alcool n’est pas en jeu. Les principaux problèmes des protagonistes sont risibles : le fatalisme et l’ennui chronique. De base leurs vies sont potentiellement excellentes, mais à force de s’y habituer, les bonnes choses perdent de leur saveur, et on se complet dans un morne quotidien où l’on dévalorise sans cesse les saveurs d’antan. Le choix de boire est alors avant tout le choix de chercher une solution, donc de se bouger. Une leçon de vie sur la motivation personnelle, et de fait l’alcool n’est plus et n’a jamais été le vrai sujet du film. De fait, quand la thèse est bancale, son développement ne peut que l’être, et face à une vraie solution se pose le problème de vouloir au-delà, quand en réalité la seule solution a été de vouloir en chercher une.

Le spectateur est donc face à dilemme : oui, le film est très bien fait, les acteurs sont excellents, et les scènes marquantes ne manquent pas. Outre les prestations lors des cours, je repense inlassablement au fameux cocktail de l’extrême, qui visuellement et de par la recette donne l’impression qu’il s’agit sans l’ombre d’un doute de la meilleure boisson jamais inventée par l’homme. Et le film reste d’une grande intelligence face au thème de l’alcool : il en montre les ravages, mais aussi les bienfaits, tant sur la santé mentale que physique. Comme pour toute chose de la vie, il faut y aller avec modération. Oui mais voilà, le spectateur se sent constamment au dessus de tout ça, car malgré la forme alléchante et le savoir-faire, les leçons sont connues, et la question de savoir pourquoi s’être à ce point laissé allé n’est pas assez au centre du film. Et l’autre problème c’est qu’on se sent – du moins moi – totalement déconnecté par rapport à leurs problèmes : ils n’en ont pour ainsi dire aucun. Les cours sont chiants ? Eh bien il suffit de les travailler. Pas d’enfants ? Eh bien il suffit d’en faire puisqu’apparemment la personne en question n’a aucun problème à trouver régulièrement des compagnes. Le couple vacille ? Eh bien il suffit d’arrêter d’être une vieille loque passive. En gros ils ont tous des vies excellentes sur le papier, mais ils sont trop amorphes ou indécis pour savoir en profiter. Le film m’a donc moins touché que La Chasse, l’impact scénaristique étant moindre et au final l’analyse sur notre société moins pertinente.

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Prédictions


Prédictions
2009
Alex Proyas

Jugement divin, catastrophe naturelle, invasion extraterrestre ou simple folie humaine, de tout temps l’homme a fantasmé sa propre mort dans des propensions bibliques, et ce à plus d’un titre puisque la bible elle-même fut mainte fois source d’inspiration. Un sujet qu’on aurait tôt fait de penser poncé jusqu’à la moëlle, mais c’est plus parce qu’en réalité le peu de films traitant du sujet nous ont marqué que de part leur surabondance. Il est vrai que la même année les amateurs de « destruction porn » furent comblés avec le fameux 2012, stupide dans son histoire, mais correct sur ces personnages et dantesque visuellement, et beaucoup ont même oublié le film dont il est question aujourd’hui. Un peu trop vendu comme un thriller d’enquête incroyable, le film fut pour pratiquement tout le monde une amer déception : rien de neuf sous le soleil, prétentieux sur son marketing, car au final en termes d’angoisse psychologique on restera loin d’un Signes ou d’un La Guerre des mondes, et visuellement bien moins ambitieux qu’un 2012. Mais les années sont passées, la déception digérée, et il était temps d’avoir un avis plus objectif.

Le destin du monde est-il écrit ? Que l’on croit ou non au big-bang, à partir de ce point plusieurs théories existent : une perpétuelle expansion, une expansion finie, une expansion suivie d’une possible rétractation, voir possiblement le big-crunch, c’est-à-dire que l’univers est composé de cycles d’expansions puis de rétractations jusqu’à l’instant primordial où tout ne fait à nouveau plus qu’un. Une théorie invérifiable pour le moment, mais qui selon certains estimeraient la fin de l’univers d’ici 15 milliards d’années. Seulement d’ici là, et c’est déjà plus acté, notre galaxie entrera en collision avec une autre d’ici 4 milliards d’années. Mais même avant cela, notre soleil sera devenu trop froid pour permettre la vie sur Terre d’ici 3 milliards d’années, et d’ici deux milliards d’années la vie aura de toute façon disparu puisque le noyau terrestre sera épuisé. Tout n’est que poussière, et tout retournera à la poussière.

Cette fois, la menace est bien plus proche, à échelle humaine. Au cours d’une inhumation d’une capsule temporelle des 50 ans de l’école de son fils, John (Nicolas Cage) va tomber sur une étrange série de chiffres. Par jeu et curiosité, il va s’amuser à chercher un sens aux chiffres, y cherchant des dates. Croyant d’abord à des coïncidences, il va finir par se rendre compte qu’il s’agit d’un calendrier extrêmement précis de lourds incidents mortels.

Le problème quand on analyse une œuvre, c’est que quand son scénario repose sur des bases bancales, il est difficile de faire tenir l’ensemble debout. Entre les accidents de train, d’avion, bateaux qui coulent, explosion industrielle, attentats, en prenant tout en compte et en sachant que la misérable feuille fait mention d’évènements si mineurs qu’ils relatent moins de cent victimes, on se dit qu’une feuille A4 serait remplie en comptabilisant uniquement les accidents d’une seule heure d’une seule journée. S’ils y avait réellement plus de 50 ans de drames retranscrits, on croulerait sous des millions voir des milliards de pages, donc la base n’est pas que fragile, elle est une aberration monumentale. Même si on part d’un point de vue régional, cela ne marche pas non plus, la page couvrant des événements de Boston et New-York, éloignés de quelques 300 kilomètres, donc là aussi la page serait remplie en quelques mois, voir semaines, donc certainement pas 50 ans. On passera aussi sur le faux-suspense des chiffres non attribués ou le 33, la raison se voit venir à des kilomètres. Les mêmes 300 d’ailleurs. Personne ne sera dupe une seule seconde sur la nature des chuchotements, des visiteurs ou du dénouement, c’est une avalanche de poncifs scénaristiques. Le film est-il si mauvais pour autant ?

Classique ne veut pas dire mauvais, et il faut bien avouer que si certains stéréotypes, notamment en SF, sont si éculés, c’est justement parce qu’ils fonctionnent. Expliquer « scientifiquement » des prédictions, des visions, des apparitions ou des voix intérieures, il n’y a pas tant de façons de le faire, et même si le film y va avec des sabots made in USA calibre 12 à bout portant, ça reste assez efficace. N’espérez pas une enquête incroyable, c’est même assez lamentablement géré (sérieusement, c’est une bonne idée d’aller sur place ???) et comme toujours autocentré sur les Etats-Unis, bien qu’on voit sur l’un des plans de fin qu’il n’y aura pas un seul Eden. La métaphore biblique n’est d’ailleurs pas très fine, allant jusqu’à leur donner des ailes. Mais qu’y a t-il donc à sauver ? Si globalement on s’en fout royalement des protagonistes (on croisera d’ailleurs Rose Byrne, Ben Mendelsohn et Liam Hemsworth en figurant), le charisme de Nicolas Cage fait le taf, mais surtout les quelques scènes d’action envoient du très très lourd. Douze ans plus tard, les effets spéciaux sont toujours irréprochables, et c’est assez rare pour être souligné. Mal exploité, le sujet de base avait un fort potentiel et intrigue beaucoup, les ressorts angoissants fonctionnent, certaines scènes sont impressionnantes, très brutes, et dans l’ensemble on sent la maîtrise de son réalisateur. Partir oui, il le faudra bien un jour, mais si le monde pouvait disparaître en même temps, ça permet de s’envoler l’esprit léger car on ne laisse rien derrière soi, et c’est en cela que ce genre de film a une saveur particulière.

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Les Enfants du temps


Les Enfants du temps
2020
Makoto Shinkai

Alors que les studios Ghibli sont à l’arrêt quasi total depuis Marnie il y a six ans, le studio CoMix Wave Films de la Toho a pour ainsi dire prit sa place en enchaînant grâce au même réalisateur deux des dix plus grands succès de l’histoire en matière d’animation japonaise. Après les records de Your Name, cette nouvelle histoire d’amour a frôlé la barre des 200 millions de dollars dans le monde, redonnant espoir à tous les amoureux de poésie et animation 2D tant la plupart des productions d’animation modernes en 3D n’ont pas ce supplément d’âme qui ont fait la renommée d’un pan entier du cinéma, et qu’on souhaiterait ne jamais voir disparaître.

Le film raconte la fugue du jeune Hodaka, 16 ans, étouffé par la campagne et rêvant de vivre à Tokyo. Mais sur place, entre le coût de la vie, l’égoïsme urbain, la pluie qui ne cesse de tomber (fun fact, il pleut plus à Tokyo qu’à Biarritz, ville de France métropolitaine ayant le plus fort taux de précipitations) et la difficulté à trouver un travail, il va vite déchanter. Il pourra cependant compter sur Suga, rencontré durant son voyage, qui lui proposera de participer à des articles sur des phénomènes paranormaux. C’est alors qu’il fera la rencontre de Hina, semble t-il capable de contrôler la météo.

Amour sur fond de paranormal, des adolescents et l’opposition campagne / grande ville. On retrouve les mêmes thèmes visiblement chers à son réalisateur (qui officie encore comme scénariste), et on pouvait donc craindre un traitement bon dans son ensemble, mais terriblement décevant sur sa conclusion. Heureusement, il semblerait qu’on puisse apprendre de ses erreurs, puisque malgré quelques frayeurs et cette propension à perdre de précieux moments de vie, le développement de l’histoire et surtout sa conclusion seront bien plus satisfaisantes. Un énorme soulagement, le film étant, malgré quelques relents mélancoliques, bien plus léger et joyeux que Your Name, ce qui fait qu’il est donc bien plus facile de l’apprécier. Les personnages restent assez stéréotypés, surtout pour les habitués du genre, mais la qualité d’écriture est excellente. Néanmoins, contrairement au précédent film du réalisateur, on a pas ce sentiment de frôler le chef d’œuvre, la faute à un côté fantastique pas assez poussé et un scénario assez simpliste. Moins d’envergure et d’ambition peut-être, mais plus maîtrisé certainement. On soulignera une fois encore la qualité ahurissante de l’animation, qui en terme de technique pure atteint des sommets inégalés. Techniquement, c’est sans doute le film d’animation japonais le plus beau de tous les temps, et on aimerait tant que cela soit mit au profit d’un univers plus ambitieux et onirique. En attendant, contentons nous d’apprécier cette petite romance si poétique et touchante, et réjouissons nous de son grand succès qui confirme le potentiel commercial de l’animation à l’ancienne, si chère à nos cœurs.

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Dark Waters


Dark Waters
2020
Todd Haynes

C’était il y a vingtaine d’années, une série de reportages alertaient sur la possible toxicité des poêles avec un revêtement en teflon, mais visiblement pas de quoi s’alarmer puisque cette matière et ses dérivés sont encore largement présents dans nos vies, comme par exemple les punaises, rubans adhésifs ou encore et toujours en cuisine avec désormais les plaques de cuisson. Et la société DuPont se porte mieux que jamais, affichant un chiffre d’affaire frôlant les cent milliards de dollars pour des bénéfices affolants au delà des 25%, ce qui en fait l’une des entreprises les plus rentable au monde. Et si je vous disais que la toxicité de leurs produits est avérée, intentionnelle, aurait déjà coûté la vie à au moins 150 millions de personnes au cours des dernières décennies et aurait été plus mortelle que le Coronavirus l’an dernier ? Affolant vous dis-je…

Effroyable histoire malheureusement vraie, elle prit place à la fin des années 90 alors qu’un fermier contacta un grand cabinet d’avocat, la Taft compagnie, pour enquêter sur l’empoisonnement de ses animaux, pensant que la décharge locale polluait la rivière. Cette histoire se passant dans sa ville natale où réside encore sa grand-mère, l’associé du cabinet Robert Bilott (Mark Ruffalo) va simplement se rendre sur place, juste histoire de jeter un coup d’œil à l’affaire. Face à non pas quelques cas isolés et mineurs, mais bien l’entièreté du bétail mort dans d’atroces souffrances en développant des cas sans précédents de cancers et malformations aiguë, il va accepter de mener l’enquête, loin de se douter de l’ampleur des méfaits qu’il va découvrir.

Imaginez l’un des plus grands groupes d’avocats d’entreprises, spécialisés dans la représentation de groupes chimiques, se rendant compte que l’un de ses clients, DuPont, qui se trouve être l’un des groupes les plus puissants de la planète, a sciemment et volontairement empoisonné non pas quelques milliers de personnes, mais l’absolue entièreté des 7 milliards d’habitants de la planète au nom du sacrosaint profit. Pour le cinéphile avide d’intrigues passionnantes, le film est une rare pépite, nous régalant de thèmes forts sur la morale et la quête de justice, avec à la clé une affaire des plus palpitantes, regorgeant de rebondissements historiques et à l’impact décuplé par deux mots lourds de sens : « histoire vraie ». Oui, tout cela est réel, et le film est d’autant plus important de par la connivence des médias et gouvernements, minimisant l’affaire, et le film a d’ailleurs fait l’objet d’une censure massive. Malgré des critiques exceptionnelles, le film a eu une distribution réduite, surtout en France où il est sorti quelques jours avant le premier confinement et fut un des seuls à ne pas avoir bénéficié d’une vraie seconde sortie à la réouverture des salles. Mais plus encore, alors que le film était acclamé, il fut totalement snobé par la totalité des cérémonies. Preuve de l’influence titanesque du géant américain ? A n’en point douter.

Le film fait montre d’une grande efficacité pour conter cette histoire, le rythme étant parfaitement maîtrisé entre les coups de maître et les révélations effrayantes, et c’était d’autant peu évident que le récit s’étale sur de nombreuses années. Un temps qui passe pas forcément très visible sur le visage des acteurs, notamment Anne Hathaway, mais ce manque de budget maquillage est compensé par le charisme des acteurs. Outre Bill Pullman, on retrouvera surtout Tim Robbins, plus charismatique que jamais et dont la force morale impressionnera. Quand un film met en avant un complot si dantesque que l’on se dit que l’humanité est si nocive qu’elle finira par s’auto-détruire d’ici la fin du siècle, avoir des personnes prêtes à prendre tous les risques pour rendre le monde meilleur fait chaud au cœur. Une leçon d’histoire, une leçon de vie, mais aussi une leçon de cinéma sur comment réveiller les consciences.

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Scandale


Scandale
2020
Jay Roach

D’aussi loin qu’on puisse remonter dans l’histoire de l’humanité, de par la prédisposition génétique qui fait que l’homme est naturellement (en moyenne) plus grand, plus fort, de nature plus violente et dominatrice que la femme, et comme on le voit également dans le règne animal, l’homme occupe naturellement une position dominante et il est prédisposé par sa nature même à être un prédateur sexuel puisque c’est à lui de faire la cours et de se battre contre les autres mâles. En a résulté l’évolution naturelle de la société où l’homme occupe des places plus importantes, sur-représenté dans les rôles décisionnaires et de direction. Oui mais voilà, la sédentarisation, le confort et l’évolution de la médecine ont fait en sorte d’adoucir et rallonger la vie, transformant peu à peu des vies précaires avec une certaine urgence à assurer sa descendance en des vies plus oisives, permettant un vrai libre-arbitre faisant disparaître le bestial (l’essence ?) en nous. Ainsi, certains hommes ont désormais le choix de se laisser porter, transmettant un fardeau que certaines femmes se délectent d’assumer. Le monde change, la norme d’hier devient une aberration de demain, et c’est ainsi que très récemment, le monde s’est rendu compte que les puissants étaient aveuglés par leur pouvoir, profitant de jolis minois dont la nature généreuse leur permettait de réussir.

Ainsi, le film revient sur un scandale qui a éclaboussé la chaîne de télévision américaine Fox News en 2016 : peu après son renvoi, une présentatrice porta plainte contre le président de la chaîne, l’accusant d’harcèlement sexuel. Une journaliste en fin de carrière, licenciée et qui ne trouvera sans doute plus jamais de travail, tentant de soutirer un plus gros chèque de départ ? Certains auraient tôt fait de le penser, mais peu à peu le silence va cesser et les voix vont s’élever.

A l’échelle de l’humanité, le phénomène d’écart des richesses a prit une ampleur phénoménale à mesure de l’évolution des technologies de communication : radio, téléphonie, télévision puis internet. De tout temps certains hommes ont su faire fructifier des affaires florissantes, mais jamais autant à la fois et à un tel niveau. Il n’y a jamais eu autant de milliardaires, mais sans aller jusqu’à un tel niveau, donnez du pouvoir et des millions à quelqu’un et très vite le sentiment de toute puissance lui fera perdre toute notion de réalité. Quand l’écrasante majorité de ses immenses fortunes ou personne de pouvoir sont des hommes, il n’est pas étonnant qu’un grand nombre aient eu des comportements choquants et répréhensibles. La différence c’est que maintenant, de par l’évolution de la société les femmes veulent plus de pouvoir, et depuis de nombreuses générations, les femmes abusent de leur beauté pour y parvenir. Un jeu à double tranchant : les hommes abusent outrageusement de leur position, mais jusqu’alors les femmes leur donnaient raison en utilisant leurs charmes pour gravir les échelons.

C’est donc assez hypocrite de crier au « scandale » dans la mesure où – et c’est totalement assumé – accepter de rogner sa vertu pour satisfaire un vieux libidineux permet une ascension professionnelle autrement impossible ou plus incertaine. Et puis d’ailleurs, quelle est donc cette obsession moderne si véhémente pour les pêchés de chair ? En quoi sacrifier sa vertu (parce que là on ne parle pas de viol mais de pression professionnelle) est plus grave que monnayer sa morale ou ses convictions ? Par exemple le film montre que pour leur travail des personnes acceptent de véhiculer des messages contradictoires à leurs convictions ou à cacher ce qu’ils sont. Là encore, on ne parle pas de traumatisme de viol, mais d’accepter des attouchements ou avances en échange d’une ascension professionnelle. Soyons un peu extrême dans la comparaison et remontons à la Seconde Guerre Mondiale. Quel est le pire crime ou traumatisme psychologique entre d’un côté une femme qui serait responsable d’un goulag, où elle aurait envoyé des milliers de gens à la mort car c’était son métier alors qu’elle était idéologiquement contre le gouvernement de Staline, et de l’autre une femme française ambitieuse persuadée que les allemands allaient gagner et qui a choisi de céder aux avances d’un haut soldat nazi ? En imaginant bien sûr qu’elle ait eu la chance de simplement finir veuve et pas en plus traitée comme une putain traitre à son pays et à qui on aurait rasé le crane. Et dire que certains croient qu’une alliance extraterrestre surveille la Terre et serait intervenue pendant la Guerre Froide pour éviter qu’on ne disparaisse à cause d’une guerre atomique. Oh non, clairement chaque page de notre histoire montre à quel point nous ne mériterions pas d’être sauvés…

Et le film dans tout ça ? Eh bien du point de vue de son histoire il a le mérite de montrer la réalité du pouvoir : les femmes abusent de leurs charmes, et cette course perpétuelle à la gloire ou à la richesse permet de faire régner une loi du silence qui arrange un peu tout le monde. Le problème c’est que le film veut se poser comme l’étincelle qui aboutira quelques mois plus tard au mouvement « Me too » et à la libération de la parole, mais dans les faits on reste sur un vieux pervers dégueulasse aux mains baladeuses, exerçant la fameuse pression du patron avec fourberie, mais en face le carriérisme exacerbé obtenant récompense est une forme d’acquiescement, ce qui a pour terrible effet de perpétuer la tradition. C’est donc un non événement, aucune révélation vraiment choquante, et on a vu tellement pire que l’histoire manque de fait d’envergure. L’hypocrisie du milieu et les retournements de veste en fonctions des avantages de carrière ou opportunité de timing empêche aussi d’avoir des victimes totalement blanches et un bourreau totalement noir. Dans les points positifs, on notera un casting vraiment excellent avec un travail de maquillage très abouti, d’ailleurs récompensé aux Oscars. Parmi les personnages importants, on retrouvera Charlize Theron, Nicole Kidman, John Lithgow, Margot Robbie et Kate McKinnon, mais on retrouvera également Allison Janney, Malcolm McDowell, Alice Eve, Ashley Greene, Madeline Zima ou encore Jennifer Morrison dans des rôles de quasi figuration. Pour l’histoire que le film veut raconter, il n’y a pas grand chose à redire, si ce n’est que certains choix, comme de présenter tout l’arrivisme et la fausseté de certaines femmes, font que l’impact déjà moindre se retrouve encore plus affaibli. Le monde est hypocrite à un point ahurissant, faisant mine de se réveiller et entamant un long processus de nettoyage de l’élite, mais aussi longtemps qu’il y aura des femmes voulant tirer avantage de leur physique, il y aura toujours quelque part un homme puissant souhaitant en profiter.

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