
Une bataille après l’autre
2025
Paul Thomas Anderson
Nous y voilà, le chef d’œuvre ultime au niveau d’encensement ahurissant, totalisant pas moins de 4,7/5 de moyenne par la presse française. Le film qui marque un tournant dans la carrière de son réalisateur Paul Thomas Anderson, d’habitude confiné à du cinéma d’auteur ne dépassant pas les quelques dizaines de millions dans le monde, et passant d’un coup à un budget fou de 140 M$ et des recettes comparativement modestes mais néanmoins remarquables dans le genre, dépassant les 200 M$. Continuellement cité de partout dans le top liste des meilleurs films de l’année : le film que tout le monde a adoré. Ah non, pas tout le monde, et faut redescendre deux minutes.
On suivra une bande de terroristes pro immigration clandestine, les French 75. Suite à un braquage ayant mal tourné avec un civil assassiné par les terroristes, les forces de l’ordre vont se déchaîner sur eux, menés par un certain Steven J. Lockjaw (Sean Penn). Monsieur dynamite (Leonardo DiCaprio), le Rocket Man, va fuir sous l’identité factice de Bob, emmenant avec lui son nouveau né, la petite Charlène / Willa (Chase Infinity). Seulement 16 ans plus tard, sur le point d’intégrer une haute confrérie, Lockjaw va relancer la traque pour couvrir ses arrière, pensant être potentiellement le père de Willa, ayant eu une aventure avec sa mère aux alentours de sa conception.
Bigre par où commencer ? Déjà, comment s’attacher à des personnages profondément antipathiques, des pseudos révolutionnaires qui déchaînent une immigration incontrôlée, font des destructions de biens publics, et vont même jusqu’à tuer des innocents ? Ce sont clairement des terroristes de la pire des espèces, pro ségrégation puisque pro black (être pro quoi que ce soit brise tout équité, et est de fait un acte raciste), donc idéologiquement le film m’a profondément rebuté d’emblée. Ensuite, le début met en avant le personnage de Perfidia, portant bien son nom puisqu’étant une gigantesque nymphomane. Admettons, mais son absence d’instinct maternel ou de stabilité émotionnelle la rende insupportable, son devenir n’est jamais traité (gros souci de traitement des personnages, celui de Benicio Del Toro est lui aussi abandonné en cours de route) et surtout j’ai du mal à comprendre le délire autour d’elle. Perfidia est interprétée par Teyana Taylor, dont ma première impression n’a pas changé : j’ai toujours autant l’impression de voir un sosie travelo de Michael Jackson. Globalement l’écriture des personnages et le scénario en général sont mauvais. Je pense notamment à l’antagoniste Lockjaw, dont le dernier rebondissement, totalement débile, est foutu en l’air par l’inversion dudit rebondissement. Pourquoi avoir fait ça si c’est pour l’annuler derrière ? Stupide… Petit mot sur le bon temporel de 16 ans : n’aurait-il pas été pertinent de rajeunir en amont ou vieillir après coup les acteurs ? Qu’une ellipse de 16 ans soit effective et que les acteurs aient les mêmes gueules comme si c’était le lendemain, c’est un ratage comme rarement on en a vu de pareil ! Et mon dieu ce final sur le fait de prendre les armes ! Sérieusement, tout le gratin d’Hollywood qui se réuni dans leur petit confort pour dire aux autres de se battre ? On parle de terroristes nauséeux dont je n’espérais que voir leur mort à l’écran ! Bref, l’histoire est minable.
Maintenant que l’aversion totale pour les idéaux est passée, parlons tout de même des points positifs qui sont à louer. Si les 140 M$ de budget ne se voient pas du tout, il faut reconnaitre une belle variété de décors naturels, un certain sens de la mise en scène avec par exemple le plan séquence dans la partie habitation / toit de la superette, ou encore la séquence en voiture sur les routes sinueuses. De même, malgré une durée de 2h40, le film se suit de façon étonnamment fluide, un rythme vraiment maîtrisé avec une bonne dose d’action et une gestion du suspens réussie. Heureusement, au milieu de cette bande de terroristes et de dégénérés suprémacistes, il y a le personnage de Milly, la caution pureté du récit, permettant d’avoir un vrai personnage positif pour qui on va s’inquiéter et dont le sort nous intéresse. Dommage pour sa conclusion en revanche…
En termes de cinéma, le film est une grande réussite. Au niveau de l’acting, c’est plutôt bon. Par contre au niveau du scénario et du propos politique, c’est une catastrophe sans nom. Les images sont belles, c’est dynamique et prenant, mais le fond est hypocrite au possible, dangereux et nauséeux. Pour un bobo gauchiasse bien installé dans son fauteuil se gargarisant du récit des révolutionnaires alors que lui est bien au chaud dans son confort, pour peu qu’il soit également très limité cognitivement, il se pourrait qu’il applaudisse des deux mains. Un haut niveau d’hypocrisie qui voudrait qu’on déloge Trump du pouvoir, mais qui exècre ce dernier quand lui déloge du pouvoir un narcotrafiquant dictateur (enfin paraît-il). Si le message est vraiment de prendre les armes, faire fi des lois, des institutions, et qu’importe si des innocents sont tués, alors clairement ceux qui le soutiennent sont pire que ceux qu’ils dénoncent. Bref, ce film me tiraille profondément, car j’ai plutôt aimé la forme, mais j’ai détesté le fond. Par contre vraiment, l’engouement si intense autour du film me terrifie sur la mentalité actuelle, en espérant que ce soit surtout de la connerie et pas de l’hypocrisie malsaine.
