Evangelion : 3.0+1.0: Thrice Upon A Time

5 octobre 2026 0 Par Antoine


Evangelion : 3.0+1.0: Thrice Upon A Time
2021
Hideaki Anno, Kazuya Tsurumaki, Katsuichi Nakayama

Bien que le titre ne soit pas d’une limpidité évidente, il s’agit bien du quatrième et dernier opus de la « Rebuild » de Evangelion, qui a donc réinventé le mythe, d’abord en le trahissant, puis en inventant une réalité alternative post 3ème apocalypse 14 ans plus tard, bien que visiblement l’exposition aux EVA tend à transformer au moins partiellement leurs pilotes en Anges, qui de fait ont cessé de vieillir. Si mise à part le tout début, assez fidèle où j’étais heureux de revoir un classique sous son meilleur jour, je dois avouer que j’attendais cette fin avec une immense appréhension, n’ayant jamais adhéré aux changements, et trouvant cette réinvention très inférieure à l’originale. Pourtant, le Japon s’est constamment surpassé en termes de mobilisation, passant de bide (15 M$) à semi-succès (42 M$) puis joli succès (67 M$) jusqu’à atteindre des scores impressionnants, frôlant les 100 M$ pour ce dernier opus.

Suite au sacrifice de Nagisa, le monde peut tenter de reprendre son souffle, le quatrième impact ayant été évité. Pour Shinji, c’est encore une épreuve le confortant dans l’idée que toutes ses actions ont toujours eu une influence néfaste, alors même que la sixième Rei se meurt et ne pourra pas profiter du dernier coin de paradis du Japon où d’anciennes connaissances ont réussi à faire plus que survivre : recréer un foyer. Seulement voilà, le père de Shinji compte toujours relancer l’apocalypse des textes de la Mer Morte, espérant revoir celle qu’il a aimé dans l’autre monde. Capitaine de l’escouade WILLE, Misato compte bien mettre toutes les dernières ressources de l’humanité dans cet ultime affrontement.

Neuf ans ont séparé les sorties des troisièmes et quatrièmes opus, d’une part car le réalisateur principal est allé faire mumuse avec Shin Godzilla entre temps, mais également parce que le projet est d’une tout autre ampleur : alors que les premiers films faisaient en moyenne 1h40, on passe à un quasi double film atteignant les 2h30. En résulte un film très riche, démarrant comme toujours sur une énorme scène de guerre, en l’occurrence sur les cendres de Paris, puis s’octroyant un vrai temps calme de quasiment une heure, explorant un retour à la normale pour un petit village où nos trois héros préférés, Shinji, Rei et Asuka, sont confrontés pour la première fois de leurs vies à la normalité, la tranquillité. On aura alors trois réactions totalement différentes et tout aussi intéressantes psychologiquement : le déni, peinant à croire en la possibilité d’un vrai avenir ; le rêve, revenant aux valeurs fondamentales, les plaisirs simples de la vie (et bigre que c’est déchirant) ; et enfin le rejet pur et dur d’une militaire ne vivant que pour la guerre, ne sachant faire que ça et n’aimant rien d’autre. Ces instants suspendus sont forts, émouvants. Puis on rebascule ensuite dans une débauche de combats, de pyrotechnie, surenchère de spectaculaire au détriment de la cohérence où les EVA deviennent des Gundams qui volent, tirent à l’infini et n’ont plus besoin de batterie. Dans l’absolue ce genre de scène est jubilatoire dans un Digimon, très shonen, mais j’avoue ne pas y adhérer ici, trouvant que ce qui fonctionnait si bien dans l’anime était justement ce mélange mystico réaliste, seconde partie totalement passée à la trappe. En revanche, les fans des délires psychédéliques qui ont fait en partie la renommée de l’œuvre seront ravis, la fin poussant tous les curseurs au max avec une inspiration évidente à Lightning Return (dernière partie de la trilogie FFXIII). Mais soyons honnête, si cette fin a de grandes qualités, elle reste une amer déception qui aura tenté de réinventer un mythe qui n’en avait pas besoin. On pensera au personnage de Mari, nouvelle venue qui au final n’aura créé que de la redondance ayant largement amoindri celui de Asuka. Et si quelques bonnes idées, tant narratives que visuelles, auront émergé de ce « Rebuild », la comparaison avec le matériau d’origine n’est à aucun moment en sa faveur. Pas inintéressant, mais clairement en deçà, et je vais de ce pas me replonger dans l’anime, indépassable.