Spider-Man : Brand New Day

8 octobre 2026 0 Par Antoine


Spider-Man : Brand New Day
2026
Destin Daniel Cretton

Lors de sa sortie en 2002, le tout premier film Spider-Man avait largement explosé tous les records, montrant avec ses 800 M$ que le genre super héroïque n’était pas juste un public de niche, mais au contraire un moteur incroyable pour réunir tout le monde. Prit dans le sillon du succès phénoménal du MCU, avec Avengers Endgame ayant d’ailleurs repris son titre de plus gros succès de tous les temps, on ne s’était pas trop étonné de voir Far From Home dépasser la barre du milliard, car après tout, en tenant compte de l’inflation on restait sur les mêmes eaux que la trilogie originale. De même, vu la quantité ahurissante de fan service usant de nostalgie, il n’était pas étonnant non plus de voir No Way Home frôler la barre des deux milliards, d’autant que le public voulait renouer avec l’expérience de la salle post Covid, bien que le fait d’avoir été privé de sortie chinoise fut préjudiciable puisque le dernier y dépassait les 200 millions. Même en comptant sur le retour du public chinois, quoique peinant à retrouver les scores pré-Covid, en sachant que le fan service allait clairement se calmer sans le retour des autres univers, pas grand monde ne s’attendait à ce que le film approche de près ou de loin son prédécesseur.

Certes, un réalisateur de meilleur qualité permettait d’avoir un peu d’espoir, mais l’histoire est juste folle : une avalanche de records, tous plus fous les uns que les autres. Le film occupe actuellement tout simplement la troisième place des plus gros succès de l’histoire, culminant à 2,5 milliards, plus gros succès actuel de l’année en France avec 8,5 millions d’entrées (ce qui est aussi le plus gros score d’entrées de tous les temps pour un film de super héros), avec 237 M$ en Chine c’est le plus gros score pour un film en prises de vues réelles américain depuis le Covid, et enfin aux Etats-Unis, avec un démarrage à 360 M$ et plus de 960 M$, il possède à la fois les records du plus gros démarrage et du plus gros score total de l’histoire. Et même si on voudrait tout ramener à l’inflation, il resterait 11ème plus gros succès de l’histoire, voir 6ème selon les méthodes de calcul (la plupart des anciens films ayant fait leur score sur des décennies, et donc des inflations bien différentes). Comme quoi, à cheval donné on ne regarde pas les dents.

Les années ont passé depuis le sort d’oubli, et Peter Parker (Tom Holland) est redevenu un citoyen anonyme, inconnu, même par ceux qui furent autrement ses proches, ses amis, mais qui reste malgré tout l’araignée sympa du quartier, travaillant main dans la main avec la police pour lutter contre le crime. Son dernier fait d’arme en date était d’avoir arrêté le Scorpion, mais c’était sans compter sur une dangereuse télépathe (Sadie Sink) l’ayant fait évadé pour l’aider à attaquer Domage Control. Spider-Man devra faire équipe avec le Punisher (Jon Bernthal) pour la stopper.

Déjà une décennie entière que Tom Holland a reprit le flambeau de ce personnage iconique, et il faut bien dire qu’à force il en devient presque bon. L’idée d’enfin le faire passer à l’âge adulte est une excellente chose, zappant carrément tout le cursus universitaire, nous propulsant quatre ans plus tard. Beaucoup seront ravis d’enfin retrouver un Peter Parker proche des comics, seul et sans le sou, bien qu’on se demande tout de même comment il vit. Dommage d’avoir laissé de côté l’histoire du journal… Au moins le film rassure d’emblée sur ses visuels : la photo et la réalisation sont magnifiques, et on retrouve enfin la verticalité qui nous manquait tant. Globalement le rythme est bon, et on sera soulagé que le Punisher soit toujours aussi classe, non censuré, et surtout vraiment très présent, un des personnages principaux, même si le fait que le film se déroule chronologiquement après la saison prochaine de Daredevil, qui sera la dernière, semble indiquer une fin tragique pour le diable de hells kitchen… Au niveau des bonnes choses, on peut dire que Sadie Sink livre une Jean Grey prometteuse, et la relation entre Spider-Man et la cheffe de police a un ptit côté Batman/Gordon vraiment très réussi. Egalement, les traitements de MJ (Zendaya) et Ned (Jacob Batalon) sont touchants, assumant pleinement le sort d’oubli, explorant donc le vide laissé qui ne peut être rattrapé.

Place maintenant aux défauts, assez nombreux mine de rien, mais qui n’apparaissent qu’après coup pour la plupart, une fois l’heure du bilan sonnée. Si durant le visionnage on peut regretter le manque d’ampleur des scènes d’action, ce qui en vrai est logique vu que le scénario se concentre sur du contrôle mental, rien de très flashy, le reste saute aux yeux à la fin en se rendant compte que ce manque d’impact frappe de partout. Outre Yelena (Florence Pugh) qui ne sert vraiment pas à grand chose, la plus grande déception viendra de Bruce Banner / Hulk (Mark Ruffalo), là pour deux petites scènes, et ratant l’occasion en or de se servir du comics où tout le monde avait également oublié l’existence de Peter, mais que Hulk dit alors « Bruce a oublié, pas Hulk ». C’était la raison évidente et parfaite pour l’intégrer à l’histoire, mais il n’en sera rien. On regrettera aussi de voir Jean Grey limitée à de la télépathie quand on sait l’étendue de ses pouvoirs, avec là encore une énorme occasion manquée avec le coup de la blessure. Pas d’antagoniste de folie, que de la seconde main pas bien marquante, pour un film beau et potentiellement réussi, bien plus cinématographique que les trois précédents, mais à l’histoire peu mémorable. Le changement de cap et de direction artistique est incroyable, un sursaut salutaire, avec moult idées très réussies comme le duo quasi père-fils avec le Punisher, l’autre duo avec la commissaire et ce poids de la solitude, mais il aura manqué un scénario impactant pour en faire un événement à la hauteur de son succès.