The End of Evangelion

12 octobre 2026 0 Par Antoine


The End of Evangelion
1997
Hideaki Anno, Kazuya Tsurumaki

Vous n’avez pas aimé la fin de mon œuvre ? Eh bien vous me dégoutez les gens… Voici littéralement la réponse apportée par Hideaki Anno, créateur de l’incroyable animé Neon Genesis Evangelion, mais dont les deux derniers épisodes, expérimentaux, très épurés, métaphoriques et psychédéliques, ont clairement divisé. J’avais pour ma part apprécié l’espoir et la positivité qui s’en dégagé, comme si l’auteur, otaku reconnu comme très solitaire, quasi autiste, expiait ses démons pour s’ouvrir au monde, même si la forme était quelque peu minimaliste. Mais au Japon, le tôlé fut à la hauteur du succès : démesuré, au point que le studio Gainax subissait quotidiennement des vandalismes et recevait en boucle des menaces de mort. Le public réclame une version corrigée ? Eh bien le créateur va plier face à la grogne, mais à son tour très remonté, bien décidé à saccager sa propre œuvre et faire l’exact opposé de ce que le public voulait.

L’humanité a gagné, les Anges ne sont plus et le troisième impact a été évité. Tout est bien qui fini bien ? Oh non ! L’homme est un loup pour l’homme, et le reste du monde ayant été témoin de la supériorité technologique et militaire de la base NERV de Néo Tokyo 3, ils vont tous s’allier pour réduire à néant l’installation, tuer les pilotes d’EVA ainsi que l’intégralité du personnel. Pendant ce temps, le père de Shinji souhaite réaliser son plan de complémentarité, qui serait en réalité provoquer lui-même le troisième impact.

Le film démarre de façon extrêmement choquante : Asuka est inconsciente sur son lit d’hôpital, et Shinji en profite pour la dénuder et se masturber en la touchant, se déclarant, une fois son affaire finie, comme une personne ignoble. Il est bien vrai… Pendant l’anime, ce personnage principal luttait inlassablement contre ses pulsions de solitaire apeuré, devant constamment se dépasser pour trouver le courage d’assumer ses responsabilités. Un manque de courage parfois fatiguant, eh bien cette fois c’est l’absence totale d’empathie et de volonté de vivre qui le désanimera, au point d’être directement responsable de la mort de moult personnages iconiques, incluant sa mère de substitution, Misato. Pas un seul acte héroïque, pas un seul combat pour ce garçon qui sombrera dans les ténèbres les plus infinis, jusqu’à laisser l’humanité disparaître par son inaction, tentant dans son dernier geste de tuer son fantasme Asuka, alors que cette dernière ne l’a en réalité jamais repoussé, au contraire, mais c’est la barrière qu’il met lui même entre lui et les autres qui provoque inlassablement son propre malheur. Et côté références bibliques et imagerie psychédélique, c’est une folie plus insondable encore, et je comprend en quoi le réalisateur avoue avoir regretté lui-même son propre film fait sous la joug de la colère, et techniquement Thrice Upon A Time (le 4ème opus du Rebuild) reprend très clairement le même principe, combinant au passage la fin historique de l’anime. Mais d’un autre côté, le délire combats aériens, EVA qui volent et combats dimensionnels rendent tout de même cette Rebuild trop fantaisiste et trop radicalement différente de l’ambiance et du style d’origine.

Une « The End » plus dans la continuité de l’anime donc, qui n’est pas totalement ratée ou inintéressante, au contraire. L’idée de ramener la menace ultime à l’humanité elle-même est brillante, l’exécution marche totalement, et toute l’idée nihiliste de cette fin du monde inéluctable est d’une poésie folle. Les scènes de combats d’Asuka sont d’une rare violence, rappelant les moments les plus épiques de l’anime, et en termes d’imagerie cette conclusion alternative est magnifique. On a même narrativement des idées de profondeur supplémentaires, comme avec la sphère rouge au cœur des EVA et Anges qui est en réalité une métaphore de la pomme du jardin d’Eden, et toute cette critique de l’humanité en générale avec cette toute dernière réplique glaçante « c’est dégoutant », message du créateur aussi adressé à ses détracteurs concernant leur incapacité à apprécier une œuvre les sortant de leur zone de confort et qui – de par leurs revendications – montrent non pas un trop grand attachement à l’anime, mais surtout leur absence de compréhension du message de ce dernier. Par contre, à titre personnel, ce Shinji inerte est au delà de ma patience, point qui ne passe vraiment pas, malgré tout ce que ça représente. Je pense tout de même que je préfère la fin canonique de l’anime, voir à la rigueur la fin de Thrice Upon A Time (mais pas le film en lui-même qui n’a de vraiment bien que ses instants suspendus dans le village refuge). Reste une mise en abîme de la dépression de son auteur poussé à bout, qui a aussi le mérite de faire accepter plus volontiers la fin initiale.