Neon Genesis Evangelion

Neon Genesis Evangelion
1995 – 1996
Hideaki Anno
Monument de la culture japonaise, est-il besoin de le présenter ? Lui qui est constamment cité sur le podium, ou à minima dans le top10 des animes / mangas les plus importants, marquants et qualitatifs de l’histoire ? Malheureusement, oui, les jeunes de nos jours, certes plus nombreux à s’intéresser à la culture japonaise, ont surtout des connaissances limitées à l’ère moderne, avec une curiosité quasi inexistante à tout ce qui « date ». Preuve en est avec le succès phénoménal de la quadrilogie Rebuild qui a culminé près de 220 M$ rien qu’au Japon, mais à l’impact inexistant hors de ses frontières avec seulement 5 M$. Trouvant de surcroît la version modernisée très frustrante, j’avais moi-même très envie de redécouvrir cet anime légendaire qui a entériné ma fascination pour le genre.
L’histoire se déroule en 2015, quinze ans après le Second Impact, catastrophe colossale dont l’explosion a à nouveau ravagé une grande partie de la planète, plus clairsemée que jamais. Cet incident aurait d’ailleurs réveillé « Adams », le premier Ange, des créatures titanesques et terrifiantes venues pour mettre fin à la vie sur Terre. D’après les textes de la Mer Morte, d’autres sont à venir, et l’humanité doit se préparer à lutter contre car ils souhaitent entre en contact avec quelque chose de caché au sein du géofront qui provoquerait un troisième et dernier impact mettant fin à toute forme de vie. Dans ce but, GEHIRN, devenu la NERV et tentant de répondre aux demandes de l’organisme politico religieux SEELE, a construit les EVA, des robots titanesques capables de rivaliser avec les Anges. Fils du directeur de la NERV, Shinji Ikari sera le second enfant, venant prêter main forte à une certaine Rei Ayanami.
Composé de 26 épisodes, cet anime est et restera à tout jamais légendaire à plus d’un titre. Déjà du point de vu divertissement, c’est du shonen pur jus avec des grosses bestioles terrifiantes, et des jeunes qui doivent se dépasser mentalement pour les vaincre à l’aide de robots géants, offrant des combats absolument spectaculaires. C’est aussi un revers de la médaille tant les disparités d’utilisation du budget sont criards. Autant les phases de combats n’ont pas prit une ride grâce à une direction artistique magnifique, autant le reste oscille entre le fainéant et l’inexistant. On a rarement vu autant de plans recyclés (notamment Misato qui jubile de boire), l’anime compte énormément de plans fixes avec des discutions où le personnage au fond n’a même pas d’animation de lèvres, et on a par exemple l’épisode 14 dont la moitié sert de rappel des événements précédents, la phase de post fusion de Shinji où on a énormément de panneaux de texte et juste quelques symboles minimalistes abstraits, et les fameux deux derniers épisodes métaphoriques sont quasi intégralement composés d’images et séquences recyclées, non animées ou sans décors. Et d’un autre côté, ces économies ont permis derrière de tout mettre dans les combats, nerveux, brutaux et d’une rare beauté, même trois décennies plus tard. Donc mine de rien, le spectacle est assuré.
Néanmoins, si Evangelion a tant marqué, ça n’est pas uniquement grâce à ses scènes d’action. Dans un monde qui a connu non pas une, mais bien deux apocalypses, et qui vit dans la menace perpétuelle des attaques des Ange avec le risque permanent d’un troisième impact qui serait le dernier événement avant la fin des temps, l’ambiance est plus que pesante, elle est cathartique. Les gens tentent de vivre dans des conditions insoutenables psychologiquement, prêts à craquer à n’importe quel moment, notamment le héros, Shinji, qui comme le spectateur, ne comprend pas pourquoi lui. Et c’est aussi là la force de cette histoire : elle est d’une richesse folle, avec pléthore de personnages particulièrement bien développés, mais elle ne se laisse pas approcher facilement. Non seulement elle est danse, mais elle se refuse à la facilité, donnant des pistes de réflexions, des indices, des révélations accablantes, mais avec toujours des zones d’ombre sujettes à interprétation. Il n’y a pas de réponse universelle donnée, juste ce que l’on choisit d’y projeter ou non, que ce soit en termes de religion, analyse de la psyché humaine, ou métaphore du passage à l’âge adulte. Par exemple, pourquoi les pilotes d’EVA sont des enfants ? Est-ce qu’il faut être « pur » ? C’est une forme de frustration évidente, et les deux derniers épisodes sont si psychédéliques qu’un film a même dû corriger le tir pour potentiellement combler plus de monde (verdict juste après), mais c’est indéniablement un terreau extraordinaire pour débattre et spéculer sur la nature même de l’œuvre. Et mon Dieu ces musiques ! Des réorchestrations incroyables, notamment de la 9ème symphonie de Beethoven avec comme des chœurs d’église par dessus. On pourrait arguer que le rythme est en dent de scie, avec une fin rushée et un Nagisa qui débarque juste à la toute fin, et des épisodes plus dispensables comme l’attaque du virus très années 90-2000, ou encore que l’animation n’a pas eu un soin très homogène (mais sans cela nous n’aurions pas eu des affrontements aussi épiques que la fusion). Reste que cette histoire est aussi puissante thématiquement que visuellement, et même 30 ans plus tard, l’anime compte toujours parmi les plus marquants à ce jour.
