
Frankenstein
2025
Guillermo del Toro
Voici l’un des gros concurrents des prochaines cérémonies, cité pas moins de neuf fois aux Oscars où il est notamment pressenti pour les prix techniques (photo, décors, maquillages et musique), bien qu’il fut aussi très cité aux Golden Globes et a perdu dans absolument chaque catégorie (mais il est vrai que ceux ci n’ont pas de section photo, maquillage ni décor). Nous voilà donc face à la 2973ème adaptation du mythe de Frankenstein, le savant fou qui a créé sa fameuse créature, mais qui était surtout à la base un roman de Mary Shelley, dont on se souvient du piètre Docteur Frankenstein récemment, ou pire, du cataclysme SF futuriste I, Frankenstein, un truc de chasseur de démons high tech en 2100 et quelques où après avoir vomi un petit coup, j’avais très vite abandonné. Ici, c’est le très grand Guillermo del Toro qui est à la tête du projet, souhaitant proposer une adaptation fidèle, une fresque épique que Netflix finança carrément à hauteur de 120 M$.
Nous sommes au XIXème siècle, et la médecine n’en est encore qu’à ses balbutiements, cherchant encore à comprendre le corps humain et son fonctionnement. Scientifique à la marge, Victor Frankenstein (Oscar Isaac) ambitionne d’aller plus loin que de comprendre notre organisme, il rêve de dompter nulle autre que la mort. Voyant en lui un potentiel inouïe, Harlander (Christoph Waltz) va financer les travaux de Frankenstein, donnant un budget illimité à sa folie. Plus qu’outrepasser la mort, il va tenter de créer la vie.
Clairement, il est difficile de révolutionner ou de surprendre avec une histoire que tout un chacun connaît au moins dans les grandes lignes. Et comme en plus on a là une adaptation des plus fidèles, l’histoire est prévisible, connue. Heureusement, l’intérêt est à la fois ailleurs, et multiple. Avoir Guillermo del Toro à la barre justifie déjà en soi l’existence du métrage, son univers visuel habituel sonnant comme une évidence face à ce récit de monstre. Et clairement, c’est une immense réussite dans la rencontre entre les deux, le film étant visuellement magnifique, que ce soit le grandiose baroque / gothique des décors et costumes, mais aussi la mise en scène et certains paysages extérieurs, avec des jeux de lumière à tomber. Un véritable bijou d’image qui bénéficie aussi de sublimes musiques, et il faut aussi reconnaître que le casting est très bon (comprenant Mia Goth, Lars Mikkelsen, David Bradley, Charles Dance et surtout Jacob Elordi en monstre dont le physique démesuré colle parfaitement). Mais quid de l’histoire ? Le film dure près de 2h30, pour une mise en place poussive, notamment avec tout ce qui entoure l’expédition dans le grand Nord, apportant une fin assez convenue. Du classique presque ennuyeux, mais heureusement la deuxième partie centrée sur la créature est bien plus intéressante, touchante, et ironiquement humaine puisque montrant le monstre s’éveillant à la vie. Du Pinocchio au bal des monstres, dans un style très shakespearien, permettant à son auteur de s’amuser avec des visions à la limite de la fantaisie, mais factuellement trop classique pour m’emporter outre mesure.
