
F1
2025
Joseph Kosinski
Dans le genre film sur lequel personne n’aurait parié un copek, le film s’impose là. Alors oui, les films de course attire indéniablement du public en salle, notamment la F1, mais très largement pas suffisamment : même des films acclamés comme Rush ou Le Mans 66 ont peiné à se rentabiliser avec 98 M$ et 224 M$ respectivement. Alors là avec un budget estimé entre 250 et 300 M$, ne serait-ce que éviter l’accident industriel aurait été un prodige sans commune mesure. Eh bien le miracle a eu lieu, se classant 9ème plus gros succès mondial de 2025 avec plus de 630 M$, dont une quatrième place en France avec près de 3.4 millions d’entrées ! Sachant que 140 M$ avaient été dépensés par Apple pour acquérir les droits de la F1, inclus dans le budget pharaonique du film, un tel succès donne à réfléchir.
Le monde de la F1 est des plus hermétiques, mais ça n’a pas empêché Ruben Cerventes (Javier Bardem) de tenter d’ouvrir son propre écurie : APXGP. Seulement voilà, concevoir des voitures capables de rivaliser avec Ferrari ou Redbull est quasi mission impossible, et le voilà après quelques années avec aucun top10 à son actif et des actionnaires en colère face à une dette de 350 millions de dollars. Tentant le tout pour le tout, Ruben va rappeler son ancien ami Sonny Hayes (Brad Pitt) pour épauler son poulain (Damson Idris), qui va donc reprendre le volant trois décennies après avoir mis un terme à sa carrière.
Outre l’idée que de bruler l’asphalte à toute vitesse, en tant que vieux con blanc, le fait de voir un Brad Pitt vieillissant venant mettre tout le monde à l’amande et leur donner une leçon de vie était gageur, pour ne pas dire totalement grisant. De la déchéance à la grandeur, une seconde chance des décennies plus tard, c’est indéniablement hautement satisfaisant. Et puis y’a pas à chier une pendule, peu d’acteurs peuvent se vanter d’avoir autant de charisme et de prestance que Brad Pitt, qui rayonne avec une aura toujours aussi mystique. L’histoire est nettement moins risible que Gran Turismo, bien plus ambitieuse, la mise en scène est au top et Hans Zimmer nous régale d’une BO épique bien classe, bien qu’elle ne fera pas date contrairement à bien de ses précédentes œuvres. Un trip dont on ne décrochera pas un instant, sans pour autant marquer outre mesure.
Parlons donc des quelques défauts du long-métrage, plus ou moins gênants. Déjà l’écriture est très paresseuse, d’une prévisibilité à toute épreuve, et les dialogues sont souvent à la limite du ridicule. Enfin pour du blockbuster bourrin, rien de bien grave. En revanche, c’est tout ce qui entoure la F1 qui m’a posé problème : l’art du mécano, de la débrouille, du pilotage et même de l’humain s’effacent derrière la technologie et le luxe. C’est aussi un peu le message du film, mais sans jamais rien remettre en question. Ca balance des morceaux de voiture à plusieurs centaines de milliers de dollar comme on sort sa poubelle, ça fait plus de tours en simulateurs que sur le terrain, les tests ne se font plus en garage mais dans des laboratoires, et la quantité de staff n’a aucun sens. Plus aucun mécano, mais des dizaines d’ingénieurs dans des bureaux high tech, et vu la quantité de personnel et la machinerie, on comprend vite comment on peut se retrouver avec des centaines de millions de dette. Déjà que les courses en circuit m’ennuient dans l’absolu, voir les techniques modernes me fait me dire que la course automobile, et plus particulièrement la F1, ça n’est pas pour moi. Un très bon divertissement malgré tout.
