
Chainsaw Man – Le Film : L’arc de Reze
2025
Tatsuya Yoshihara
Nous y voilà, il n’y avait qu’une saison de 12 épisodes courts à rattraper avant de pouvoir voir ce film, particulièrement acclamé à sa sortie et dont le succès force le respect : plus de 170 M$ dans le monde, ce qui est colossal dans le genre. Le film prend la suite de la série, adaptant les chapitres 38 à 52 du manga, ce qui au passage fait froid dans le dos. En quatre ans, six tomes auront donc été adaptés, ce qui ne représente que un an de publication. Autrement dit, tous les quatre ans l’anime prend trois ans de retard, sachant que le manga est toujours en publication, et même s’il s’arrêtait maintenant, sachant que aucun autre film n’est prévu dans un avenir proche et que la seconde saison ne sortira pas avant 2027, il faudrait au bas mot 2040 pour rattraper le retard actuel. Autant dire qu’à moins d’une accélération drastique dans le calendrier, plusieurs générations vont passer avant d’en voir le bout, à condition que la popularité ne désemplisse pas sur des dizaines d’années.
Ah l’amour… Alors qu’il ne jurait que par Makima, sa patronne, Denji va rencontrer une jeune fille pétillante et très entreprenante : Reze. Un idylle aussi inattendu qu’éclatant, mais la prudence reste de mise. Les sbires du démon flingue cherchent toujours à s’emparer du cœur de Denji, et les rangs sont clairsemés chez la 4ème division depuis la dernière attaque.
J’attendais au tournant le film pour enfin voir l’histoire avancer, mais ça n’est pas du tout la direction prise. Au contraire, la plupart des personnages sont en retrait, voir éclipsés comme Power sans que cela ne soit réellement expliqué, et le scénario est minimaliste au possible. Avec un antagoniste comme le démon bombe, on le penserait très lié au démon flingue, mais pas du tout, le grand méchant en restera à des évocations, rien de concret et pas la moindre douille (contaminant ses sbires par ce biais normalement). Pire, toutes les intrigues et sous intrigues développées ne serviront absolument à rien, comme une parenthèse isolée sans aucune conséquence. Alors oui, il y un certain impact émotionnel, mais un peu vain. Reste le point le plus salué et qu’on ne peut que reconnaître : la virtuosité de la mise en scène, pour un spectacle dantesque. S’il ne se passe quasiment rien pendant la première moitié (au passage très bizarre la censure où on omet de dessiner certaines parties), la seconde envoie la dose niveau action, ça bombarde dans tous les sens et c’est effectivement très beau. Le démon bombe est visuellement réussi, original et nous régalant d’un sacré panel de pyrotechnie, mais les enjeux sont bien maigres. Rien n’est relié à la grande histoire, et la pirouette scénaristique du sang qui guéri tout est un peu facile, tuant les enjeux et rendant les personnages immortels, du moins pour ceux qui ont du démon en eux (les humains eux ça crève en deux deux de toutes façons). L’effort supplémentaire pour le cinéma donne visuellement à l’ensemble un petit boost premium, mais rien de si extraordinaire. On reste donc dans les mêmes eaux que la série : c’est chouette, les persos sont cools et c’est fun, avec même une légère tendresse attachante, mais il faudrait enclencher la vitesse supérieure niveau histoire. Si la seconde saison en cours de création va jusqu’à au moins le chapitre 75 (et plutôt 79 pour boucler le tome 9), ça devrait enfin décoller.
