Mickey 17


Mickey 17
2025
Bong Joon Ho

Le réalisateur Bong Joon Ho avait tout raflé aux Oscars avec son très médiocre Parasite, une comédie de classe banale mais efficace sur sa première moitié, puis du grand n’importe quoi débile sur sa seconde. Et de fait, les portes d’Hollywood lui ont été grandes ouvertes, lui permettant de faire une grosse production de SF à 118 M$ de budget, soit plus du double de Okja, son précédent métrage le plus ambitieux. Si les financiers doivent s’en mordre les doigts vu son anémique 133 M$ dans le monde, donc pas loin de 100 M$ de pertes avec le marketing et les frais de distribution, les cinéphiles eux ont été ravis d’une proposition à peu près originale.

Fuyant une dette impossible à rembourser, Mickey Barnes (Robert Pattinson) va se proposer comme recrue réimprimable au sein de l’expédition de Keneth Marshall (Mark Ruffalo), partant coloniser une nouvelle planète. Son rôle ? Faire toutes les tâches les plus dangereuses qui soient, car de toutes façons, s’il meurt, il suffira de le réimprimer.

Le concept du film est très largement problématique puisque reposant sur un mensonge. Nous ne sommes pas dans Westworld, on ne parle pas de IA dont le code reste intact et dont on ne fait que remplacer l’enveloppe corporelle. Non, ici on parle d’humain, donc une mort est une mort, tout nouveau Mickey est un clone et le précédent ne se réincarne pas comme par magie, ça ne marche pas comme ça. D’ailleurs le film en a conscience puisque chaque Mickey a des traits de caractère différents, prouvant que ce n’est pas le même d’une fois sur l’autre, et sa peur constante de la mort prouve que lui aussi en a conscience, même si d’un côté il est suffisamment débile pour ne pas en être totalement persuadé, et de l’autre l’avouer serait dévastateur mentalement. Mais par contre, que les autres lui demandent « ce que ça fait de mourir » est une marque de stupidité, puisque de fait il est réimprimé, soit une nouvelle version qui en aucun cas ne « reviendrait des morts ».

Heureusement, le film ne se limite pas à ça, puisqu’il s’agit en réalité d’un quasi préquel spirituel à Starship Troopers, racontant le premier contact entre l’humanité et une race locale sur une planète qu’on ambitionne de coloniser. Le rapport est d’autant plus flagrant qu’on a une espèce de type insecte qu’on en comprend pas trop, avec une réponse typiquement américaine : la violence militaire. Le film est donc doublement intéressant puisque se concentrant sur deux sujets fascinants : la vie sous toutes formes, et le rapport au pouvoir. Un peu naïf et pas forcément très profond sur chaque thème, le film est d’ailleurs moins original qu’il n’y parait, s’appropriant des thèmes déjà vus dans Moon et Starship Troopers notamment. Mais c’est aussi vrai qu’il le fait très bien, Robert Pattinson étant très crédible aussi bien comme simplet qu’en rebelle (hâte de le voir en Gustave, ça ne pourrait être que lui), Mark Ruffalo faisant aussi une version hilarante de son ennemi juré Trump, Toni Collette est plus effacée mais non moins effrayante, et Naomi Ackie et Anamaria Vartolomei se partagent avec brio deux facettes opposées du système, l’une étant intégrée au système mais contre ses convictions, rebelle, et l’autre souhaitant s’y intégrer, quitte à changer de convictions, se conformer. Visuellement le film est irréprochable, se concentrant sur des environnements simples, faciles à créer, et les créatures sont un formidable travail de conception. Comme toujours avec Bong Joon Ho, on reste sur de la lutte des classes avec un message très orienté sur les Etats-Unis qui ont donc produit le film, et ça l’a visiblement bien inspiré. On sent aussi que le cinéaste a eu les mains très libres, car pour une si grosse production, se focaliser sur l’humain et totalement délaisser l’action, c’est un parti prit très risqué. J’attendais quelque chose de plus profond, mais c’est tout de même une belle proposition, certes plus originale sur la forme que sur le fond.

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