
The Brutalist
2025
Brady Corbet
Il fallait bien lui laisser sa chance et c’est assurément l’un des films qui a le plus marqué l’année 2025 avec moult nominations et prix lors des dernières cérémonies, notamment la photographie et son acteur principal, à peu près récompensés partout où ils ont été. Et autant le sujet de l’architecture, en l’occurrence le brutalisme (style imposant, épuré et froid), était très enclin à m’intéresser, de même que le tournage en VistaVision, une caméra pellicule très spécifique des années 50, période où se situe justement l’essentiel du récit, mais face à une durée de 3h20, la curiosité laisse place à la flemme. Jusqu’à enfin pouvoir la surmonter donc.
L’histoire va suivre un certain László Toth (Adrien Brody), un juif polonais fuyant un pays en ruine post Seconde Guerre Mondiale, où les rescapés de son peuple sont traqués comme des criminels responsables de la situation du pays, car après tout les germaniques ne les auraient pas envahi sans ça. Il va trouver refuge auprès de son cousin aux Etats-Unis, loin de se douter que la vie serait tout aussi difficile. Alors que sa femme (Felicity Jones) et sa nièce espèrent le rejoindre, lui aussi va lutter pour sa survie, en attendant qu’un jour peut-être il puisse à nouveau vivre de sa passion pour l’architecture.
Le style du film avait de solides arguments pour me convaincre, sorte de film testament d’une époque, d’une vie, d’une passion. Et effectivement, historiquement voir un monde qui se relève péniblement de la pire heure de son histoire, c’est passionnant. Les visuels du film sont incroyables, la photographie effectivement remarquable, que ce soit les plans de bâtiment, les paysages urbain aussi bien que naturel, et c’est d’autant plus fou quand on sait que le budget du film est absolument ridicule : officiellement moins de 10 millions de dollars, alors même que moult acteurs de renoms sont présents (Joe Alwyn, Stacy Martin et Guy Pearce également), qu’on compte énormément de décors dans plusieurs pays, et qu’en plus un édifice d’envergure a été construit pour les besoins du film. Un ouvrage passionnant, aussi bien dans son design que dans son histoire, et une fresque aussi immense méritait presque une durée pareille, bien qu’on aurait largement pu couper une heure entière vu l’étirement des scènes et les pans entiers de scénario pas bien passionnants. C’est d’ailleurs étonnant de savoir que non, le film n’est pas une histoire vraie, ni même inspirée de près ou de loin, une pure fiction de bout en bout. Pourquoi diable nous avoir alors infligé toute cette histoire sur la drogue et les innombrables déviances de son héros ? Que fait-il en premier à son arrivée sur le continent américain ? Il trompe sa femme et va aux putes. Que fait-il avec ses premiers salaires ? Au lieu de se protéger avec un toit sur la tête, il s’achète du crack…
Je trouve personnellement que non seulement cela alourdi le récit, mais surtout ça le dessert fortement : il y avait déjà l’après guerre et les préjugés raciaux, et que le personnage principal batifole pendant que sa femme meurt de famine au pays aurait été déjà énorme niveau tiraillement intérieur, de même pour la branlette intellectuelle de l’artiste miséreux qui tire son génie de sa souffrance. Difficile aussi de comprendre une autre déviance sortie de nulle part dans le dernier tiers, alors même qu’on aurait plutôt imaginé l’inverse entre une remarque à la sortie des putes et quelques situations prêtant à confusion entre le drogué et son dealeur. Une surabondance de thèmes dépressifs, donnant une impression de surenchère dans le larmoyant, et j’ai trouvé que ça alourdissait plus le récit qu’autre chose, là où un peu plus de droiture et de rêve américain aurait donné plus de grandeur à l’ensemble. Un très grand film tout de même, et j’en comprend totalement l’engouement, mais notamment sur la deuxième moitié, à l’image du brutalisme assez froid, voir austère, le film m’a semblé se refuser à la grandeur pour du pathos moins abouti.
