Un simple accident


Un simple accident
2025
Jafar Panahi

Palme d’or au dernier festival de Cannes, le film, bien que iranien, a été financé avec fonds français, d’où le fait qu’il puisse concourir dans les catégories classiques aux Césars, et représente également la France aux Oscars où il est nominé en tant que meilleur film en langue étrangère. Une célébration assez banale il est vrai, le cinéaste étant un habitué des cérémonies où quasi chacun de ses films y a gagné une statuette. C’est pour ma part ma première tentative avec l’auteur, qui clairement ne parlera pas à tout le monde.

Imaginez, vous avez été torturé pendant des mois par les services de renseignement, laissant une trace indélébile dans votre être. Des années plus tard, votre sang se glace instantanément : celui qui vous a fait tant de mal, ce tortionnaire dont la voix et le grincement de sa jambe artificiellement vous hante chaque nuit, se trouve juste là. Mais est-ce vraiment lui ? Alors que Vahid avait retrouvé l’homme de ses cauchemars, assommé, ligoté, prêt à être enterré vivant, le doute l’assaille. Est-ce vraiment lui ? Il va alors tenter de retrouver d’autres de ses victimes pour en être sûr.

L’idée du film est assez forte, sorte de justice divine où un simple accident d’animal renversé va remettre sur le même chemin bourreau et victime, inversant les rôles au nom de la vengeance aveuglée par la haine. Les thèmes abordés sont pesants et importants, parlant sans détour notamment de la pratique consistant à violer les jeunes filles interrogées par les renseignements, s’assurant ainsi que si elles venaient à mourir, elles ne mourraient pas vierges, et iraient donc en enfer. On pourrait aussi souligner quelques idées de mise en scène intéressantes comme l’éclairage aux feux arrières, créant une atmosphère rouge oppressante. Mais en dehors de ça, force est de reconnaître que c’est un peu de la télé novela. Tous les acteurs ne sont pas professionnels, et ça se sent entre non jeu et surjeu, et surtout l’écriture a vraiment ce côté enchaînement de situations grotesques avec des personnages très expressifs, digne d’un soap à la limite de la comédie de boulevard par moments, mais sans jamais en approcher de près ou de loin de la qualité rythmique. C’est atrocement mou, mais pas dans le sens contemplatif, plus laborieux, brouillon, bavard pour rien, où rien ne se passe, rien n’avance. Si politiquement le film est « important », en termes de cinéma c’est plutôt poussif malgré une idée puissante, mais là encore, pas si originale. J’ai notamment fortement pensé à Mystic River ou Lost avec dans la saison 2 l’interrogatoire de Benjamin Linus et l’écho fort de l’histoire de Saïd. Et clairement, ici ça fait petit joueur en comparaison. Sans son contexte, le film serait clairement passé inaperçu.

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