Dragons


Dragons
2025
Dean DeBlois

Pas forcément la saga d’animation la plus populaire de l’histoire, n’ayant fait que 1,6 milliards de dollars en trois films, la trilogie Dragons a néanmoins indéniablement marqué toute une génération. Une épopée viking magnifique, tant en termes d’ambiance, de direction artistique, d’aventure ou même d’histoire épique. Et alors que l’histoire ne s’était achevée qu’en 2019, Noël en comptant l’excellent court-métrage de conclusion, mais pitié oublions les séries dérivées de remplissage, Universal a très vite mis en chantier non pas une suite (après tout ça aurait été possible), mais un fameux remake live action, qui visiblement n’est pas que l’adage de Disney. Comme visiblement le studio comptait le faire avec ou sans son accord, le réalisateur de la trilogie a donc accepté de rempiler, couteau sous la gorge oblige pour ne pas « dénaturer son œuvre ». Mais en réalité, c’est probablement la pire décision du projet.

Ctrl C / Ctrl V. Durant une époque passée, une petite île de vikings est sujette à un problème : les dragons ! En effet, ces derniers attaquent régulièrement leurs maisons et volent leurs moutons. Plus qu’une nécessité, c’est une tradition que de tuer les dragons.
Le jeune Harold (Mason Thames) est l’un de ces vikings, seulement voilà, il est chétif et peu apte à tuer un dragon. Le soir d’une attaque, il décide de se lancer et à l’aide d’une de ces créations, essaye d’abattre l’un d’eux. Par pure inadvertance, il piège le plus dangereux de tous : un furie-nocturne. Mais alors qu’il se trouve en face de lui, il se voit dans l’incapacité de tuer le dragon. Contre toute attente, le dragon ne se montre pas hostile. Il semblerait même que tous les dragons sont de nature gentille et qu’il ne volent des vivres que dans le seul but d’entretenir leur maître. Mais bien sûr, il sera difficile d’en convaincre les autres vikings…

Oui, j’ai copié collé mon résumé du film original, car pourquoi me faire chier si eux ne le font pas ? Je ne pense pas qu’il soit possible de faire remake plus fainéant, plus inutile et plus débile. C’est bien simple, c’est très exactement le même film : chaque plan, angle de caméra, chaque mouvement, chaque ligne de texte est très exactement la même, absolument aucune virgule n’a été modifiée, à une exception près. Comme les films en prises de vues réelles ont des quotas à respecter, le village viking va se voir doter de quelques personnes de couleur, avec deux répliques parlant de route de la soie et d’africains perdus. Autrement, rien ne bouge, et le film va même jusqu’à aller chercher Gerard Butler pour incarner à nouveau le chef du village qu’il doublait déjà à l’origine. Pour la VF d’ailleurs, c’est à se demander si un nouveau doublage a été fait ou si c’est celui d’origine qui a été légèrement retouché pour la synchro labiale puisque ça reste pour quasi tous les mêmes comédiens de doublage. Le casting est d’ailleurs assez bon, Nick Frost fait un bon Gueulfort, et la népo-baby Nico Parker (qui ressemble tellement à sa mère T. Newton) fait le taf malgré le mini scandale de la blonde aux yeux bleus devenant métisse quart zimbabwéenne. On retrouve avec plaisir les compositions musicales de John Powell, mais là encore, ce sont exactement les mêmes musiques réutilisées aux mêmes moments, tout juste a t-on quelques réorchestrations sympathiques. Si on prend en plus en compte le fait que les designs des dragons n’ont presque pas été retouchés et que l’étalonnage trop coloré rend le film visuellement peu réaliste, alors même que c’était le but initial, ce remake n’a vraiment aucun intérêt. A moins que ?

L’argent. Ne cherchez pas plus loin, et visiblement ils ont eu le nez particulièrement creux. En tenant compte de l’inflation, avec 150 M$ de budget, c’est tout simplement le film le moins cher de cet univers, et en valeur absolue, c’est de loin le plus rentable. Classé huitième de l’année avec 636 M$ et 8ème aussi en France avec 2,6 millions d’entrées, le film est une grande réussite financière, d’autant qu’il a cartonné aux Etats-Unis où il a fait 263 M$, ce qui même après inflation reste mieux que les suites, et comme les frais de distribution sont moindre à domicile, le succès en est d’autant plus grand. Quinze ans après le film original, la nostalgie a de tout évidence porté haut le film, et le remake du second opus est déjà acté pour juin 2027. Pour ma part, même si c’est pour ainsi dire le même film avec un casting très réussi, on est pas loin du sacrilège totalement nuisible. Au moins Disney a toujours su profiter de ses live-action pour enrichir des personnages voir réadapter le matériaux d’origine avec une nouvelle approche, sans forcément que ça en vaille la peine derrière, mais au moins la démarche était un poil moins cynique. Là du plan pour plan à la virgule près, sans rien retravailler avec de fait des designs peu réaliste et un étalonnage cartoon rendant l’image au mieux totalement artificielle, c’est juste honteux. J’espère que cette version ne remplacera pour personne le film d’animation, aujourd’hui encore bien plus beau et poétique.

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