Mademoiselle

Mademoiselle
2016
Park Chan-Wook
Dans l’optique de parfaire ma culture cinématographique sud-coréenne, j’ambitionne de découvrir le légendaire Park Chan-Wook, dont il est vrai que ma seule itération des 16 dernières années est son dérapage américain, très largement décrié à juste titre, le ratage Stoker. Alors oui, j’avais bien évidemment vu plus jeune Old Boy notamment, mais pas depuis la création du site le fameux 25 décembre 2010. Et quitte à commencer fort, j’ai choisi ce thriller d’époque des plus atypiques.
L’histoire prend place en Corée du Sud dans les années 1930. Faussaire et escroc en puissance, « Le Comte » (Ha Jung-woo) rêve de fortune, et plus particulièrement celle d’une certaine Hideko (Kim Min-Hee), héritière d’une noble famille qui a fait fortune dans la littérature. Se faisant passer pour un noble, il compte bien mettre la mise sur le pactole en séduisant puis épousant la demoiselle en l’arrachant à son oncle (Cho Jin-woong), qui la retient prisonnière. Ayant besoin d’une infiltrée au sein des murs, il fera en sorte de faire embaucher une autre arnaqueuse en puissance, Sookee (Kim Tae-ri), pour devenir la servante et la confidente de Hideko, et ainsi plaider en sa faveur.
Dans une ambiance très Downton Abbey, le film en reprend une grande partie des thèmes : la lutte des classes, l’impression de proximité entre la noblesse et leurs serviteurs, et surtout la translation de nos valeurs morales actuelles dans une période ancienne (et d’ailleurs proches, coïncident avec celle de la dernière saison et des films). Mais la grande différence viendra dans le traitement : le film traite à la fois du drame humain de la toxicité des hommes, leur main mise sur le pouvoir d’alors et donc la toute puissance de leur volonté, et est à la fois un thriller haut en rebondissements où rien n’est ce qu’il semble être au premier abord. Le film est composé en trois actes où la même histoire change de point de vue, s’attarde plus ou accélère certains moments, et surtout raconte quelque chose d’en réalité totalement différent, nous éclairant sur une histoire qui semblait limpide, et qui dévoile en fait une complexité retord. C’est d’une ingéniosité folle, faisant constamment l’ascenseur émotionnel, et au final le scénario est vraiment prenant et abouti. La mise en scène est vraiment magnifique, alternant entre ambiance brumeuse / pluvieuse et saturation de couleurs au moindre rayon de soleil et un grand travail de symétrie des plans. La musique est marquante également, élégante et mélodieuse. Et bien sûr, impossible de ne pas parler de la fameuse romance interdite, non sans rappeler des films comme Il ne faut jurer de rien ! où la proximité initiale est basée sur le mensonge, mais cela n’empêche de profonds et sincères sentiments d’émerger. Une œuvre singulière, raffinée, efficace et touchante.
