La Mer à boire

La Mer à boire
2012
Jacques Maillot

Le 23 décembre 2008, Joël Gamelin, patron des chantiers navals de La Rochelle, s’est donné la mort à 55 ans après avoir laissé un mot : « pardonnez-moi de ne pas avoir pu sauver l’entreprise ». En effet, lâché par les banques à cause du ralentissement de ses ventes dues à la crise, la société avait été placée quinze jours plus tôt en redressement judiciaire, avec même des perquisitions la vieille de son suicide. Un terrible drame, qui aura donc inspiré ce film, nous replaçant à son tour dans un chantier naval en grande difficulté.

L’histoire du film, transposée en bordure méditerranéenne, s’axe autour des chantiers navals de Pierret (Daniel Auteuil), prestigieuse marque de bateau de plaisance. Mais son âge d’or est derrière elle avec la crise, et les difficultés financières s’accumulent rapidement avec les retards de paiement, alertant les banques quand à l’intérêt véritable de l’affaire. Les carnets de commandes se faisant rares et l’atelier coûtant très cher, la restructuration est la seule chose qui pourrai les sauver de la faillite, entraînant malgré tout le licenciement de la moitié des effectifs. Alors bien sûr, les syndicats et les employés crient au scandale et se mettent en grève, bloquant toute activité. Après s’être battu pendant 30 ans pour eux, les voilà lui crachant dessus et précipitant l’entreprise dans la ruine.

Le film n’est pas le premier à traiter le sujet, et son constat ne changera pas : les banques sont frileuses avec les marchés à risque, et les syndicats et autre conseil d’entreprise gangrènent notre société en détruisant la compétitivité et en retournant les ouvriers contre la direction. Mais il faut dire que si tout ces chiens d’imbéciles comprenaient l’impasse de la situation et choisissaient de se serrer les coudes, le film aurait été bien court, mais aussi sans doute bien meilleur. Pourquoi toujours montrer des employés haineux ? L’amour du travail ne serait plus qu’une notion passée ? Au lieu de ça on suit une lente agonie douloureuse, qui cédera finalement la place à une folie bien méritée, quoiqu’un peu tardive et abusive. C’est déjà trop tard, le spectateur s’est désintéressé du drame humain. On assiste à un énième film dépressif sur la misère salariale, et celui-ci lasse vite.

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