Le Rêve de Cassandre

Le Rêve de Cassandre
2007
Woody Allen

Si Woody Allen n’a jamais vraiment été dans les hautes sphères du box-office, voici l’un de ses films qui fut le plus discret : le seul autre film du cinéaste à avoir rapporté moins d’un million de dollars aux Etats-Unis remonte à 1987, c’est dire… Mais c’est un fait qu’on comprend aisément vu le faible scénario – bien que la plupart de ses films n’y attachent aucune importance – et son pauvre développement, sombrant dans une tentative ridicule de mise en abîme de l’esprit humain face à la mort d’autrui.

Fils d’un pauvre restaurateur, Ian (Ewan McGregor) et Terry (Colin Farrell) sont ce qu’on appelle des ratés. Ian travaille de temps à autre dans le restaurant de son père, juste pour se donner une occasion de piquer dans la caisse pour financer ses sorties, sa passion pour les femmes lui prenant tout son temps et son argent. Sa seule ambition dans la vie est de réunir suffisamment d’argent pour investir dans une chaîne d’hôtels en Californie. Pour Terry, les choses sont encore pires : il n’est qu’un petit employé de garage endetté jusqu’au cou à force de perdre l’argent des autres aux courses et au poker. Menteur invétéré, il annonce des gains à l’exact opposé de la réalité, et difficile d’expliquer à sa femme où est passé l’argent de sa maison. Mais qu’à cela ne tienne, les deux frères vont s’acheter un magnifique voilier, arrivant à un point de non retour. C’est alors que leur riche oncle (Tom Wilkinson) va refaire irruption dans leurs vies, pouvant potentiellement les sortir de leurs merdiers. Lui aussi confronté à une situation délicate, il leur demandera une faveur d’envergure (du mieux de leurs points de vue) pour bénéficier de son argent : tuer un homme qui lui fait du tord.

C’est un grand classique parmi les situations fétiches de Woody Allen : l’homme qui vit largement au dessus de ses moyens avec une arrogance et une insouciance monstre. Le plus rageant est sans doutes le calme improbable qui entoure l’histoire, renforçant le déni dans lequel ses personnages vivent. Et comme la vie fait bien les choses, un oncle fortuné arrive fortuitement, ne demandant qu’un menu service : tuer un vieil homme qui vit seul. Pour autant d’argent en jeu, le service semble ridicule, tant un tueur à gage professionnel prendrait dix fois moins facile. Va alors s’en suivre une longue descente aux enfer pour le film, partant dans un résonnement illogique et exagéré. Tels deux mauviettes, les deux frères vont se faire dessus à l’idée de refroidir un homme, Terry allant même jusqu’à se faire une dépression rien qu’à l’idée de passer à l’acte. Le film va alors tomber dans une bêtise des plus insupportables entre d’un côté une chance insolente, et de l’autre une morale douteuse qui prend des propensions écœurantes. Dieu, ayez pitié de mon âme ! Mais crève sale faible ! Puis cerise sur le gâteau, la fin nous achèvera dans une folie totale à peine croyable tant c’est de mauvais goût. Mais dans quel monde trouve t-il des hommes aussi peu soucieux de leur propre sort ? Incontestablement l’un des pires films du réalisateur.

Ce contenu a été publié dans Cinéma, Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.