Les Fils de l’homme

Les Fils de l’homme
2006
Alfonso Cuarón

Il avait certes déjà fait ses preuves avec son magnifique La Petite princesse, mais en jouant dans la cours des grands avec un blockbuster d’envergure : Harry Potter 3, Alfonso Cuarón s’est offert une notoriété. Aujourd’hui fièrement propulsé par un Oscar du meilleur réalisateur, sa première tentative dans l’univers de la SF ne s’est pas très bien passée. D’une ambition un peu démesurée par rapport à la diffusion qu’il a obtenu, il n’ a réuni que 70 des 76 M$ nécessaires à couvrir le budget brut du film, donc sans compter les divers frais de marketing.

L’action du film se déroule en 2027, alors que le monde est en émoi : il vient de perdre son plus jeune habitant, il avait tout juste 18 ans. En effet, pour des raisons inconnues, les femmes du monde entier sont toutes devenues en quelques années stériles, et une terrible épidémie avait décimé les plus jeunes enfants. Une situation dramatique annonciatrice d’une fin du monde imminente, à un point si inquiétant que le peuple n’y croit même plus et que le chaos règne. Plus rien ne semble pouvoir les raisonner, et seule demeure protégée de la folie ambiante la ville de Londres. C’est alors que l’impensable se produisit : une grossesse. Fait tenu secret par un groupe révolutionnaire, sa chef (Julianne Moore) fera appel à son ancien mari, Théo (Clive Owen), pour assurer la protection et le transport de la mère jusqu’à un sanctuaire.

Voilà ce qu’on appelle un magnifique cas d’école sur les séparations entre forme et fond. Tout d’abord, parlons du réalisme. Le film possède une réalisation impressionnante qui mêle la caméra embarquée avec des techniques plus classiques pour une vision très personnelle de l’histoire, nous impliquant avec des plans intelligents comme lors de l’attaque à la voiture bélier. Les images sont saisissantes, les décors en ruines bluffant et on croit aisément à l’univers dépeint tant il est vivant et palpable. Mieux encore, les acteurs (citons au passage Michael Caine et Chiwetel Ejiofor) sont excellents et donnent une vraie force au film. Sur la forme donc, le film est tout simplement incroyable, mais ça ne fait pas tout. Point de départ crucial du film, son histoire laisse perplexe : alors que l’augmentation de la stérilisation ne se fait sentir que chez les hommes, le film part du principe que, sans la moindre explication, les femmes sont l’unique problème au phénomène. De même, le film n’explique rien sur la mort des nourrissons (premier signe de dégénérescence) ni même sur la situation critique qui a obligé une loi martiale dans le monde. Pourquoi au lieu d’attendre calmement une solution au problème les gens se sont-ils rebellé contre une autorité, d’ailleurs pas bien établie, et dans quel but ? Le cheminement de l’histoire s’en retrouve donc confus entre les objectifs mystérieux de chacun. Plus grave encore, le film se paye le luxe de souffrir d’une lenteur le rendant terriblement ennuyeux par moment. Alors même que l’idée de départ semblait excellente et que le résultat paraissait quasi parfait, cette œuvre n’est finalement que poudre aux yeux qui s’efface à la seconde même où on se posera des questions, et Dieu sait que le film nous en laisse le temps…

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