Imitation Game

Imitation Game
2015
Morten Tyldum

Génie oublié de tous, le nom d’Alan Turing est une vague notion qu’on ne sait plus bien à quelle science lier, injustice que ce film compte bien rectifier tant le personnage mériterait d’avoir une place de choix dans les livres d’histoire. Ce biopic fera t-il date lui aussi ? Avec nombre de citations aux Oscars on aurait tendance à dire largement oui, mais le film est ressorti bredouille des Golden Globes, mauvais présage. Oseront-ils confirmer Boyhood alors que le challenger American Sniper se fait descendre en flèche malgré le bouche-à-oreille colossal, propageant soit-disant la haine des musulmans ? Le suspense reste encore entier, mais on tient là un candidat des plus sérieux.

Dans la vie, ce sont les personnes qui en ont le moins l’air qui se montrent le plus capable de réaliser des exploits. Pas forcément l’homme le plus brillant au monde et ne parlant même pas l’allemand, Alan Turing (Benedict Cumberbatch) va pourtant se présenter devant le chef des armées britanniques (Charles Dance, Tywin de Game of Thrones) pour lui expliquer qu’il est le seul à pouvoir casser le code de la machine à cryptage inviolable Enigma. Une machine possédant 140 milliards de milliards de combinaisons possible, et changeant de combinaison toutes les 24h. Il faudrait près de vingt millions d’années à une équipe acharnée de plusieurs centaines d’hommes pour en percer les secrets, mais Turing a sa petite idée pour y arriver. Si l’homme n’en est pas capable, il suffit de créer une machine pour y arriver. Il sera le premier inventeur de calculateur automatique de l’histoire, désormais appelés ordinateurs.

Paye ton génie. On parle tout de même d’un gars tellement sûr de lui (arrogant ?) qu’il se présente pour un poste de décryptage de messages allemands sans parler la langue, avec pour seul argument sa passion pour les mots croisés, tellement persuadé que ça machine purement théorique va marcher qu’il va écrire au président de son pays pour obtenir la charge du projet. Un type d’apparence abjecte, mais qui va prouver son talent tout du long, inventant l’algorithmique avec près de quatre décennies d’avance, c’est dire le prodige qu’il était. Un personnage de génie incompris, aussi triste que solitaire, que le film gère d’une façon prodigieuse en nous prouvant que l’homme qui se cache derrière l’un des plus grands scientifiques de l’histoire est aussi une pauvre âme égarée, touchante dans sa douleur. De plus, le film arrive aligner quelques grands personnages secondaires – notamment Keira Knightley qui malgré le masochisme et les mœurs de l’époque arrive à montrer son immense supériorité, même si elle sera bridée (notons aussi ses collègues Matthew Goode et Allen Leech – Tom dans Downton Abbey – ainsi que le chef du MI6 Mark Strong) – à côté de ce mastodonte qui a un peu tendance à les éclipser de par le charisme hallucinant de Cumberbatch. Si le film mérite bien un Oscar, c’est avant tout celui d’interprétation masculine. Mais il n’y a pas que l’histoire qui impressionne dans le film : la mise en scène est véritablement excellente. Si la construction est très classique et pas très originale avec ses trois time-line, certaines scènes impressionnent de par leur efficacité, notamment celle du fameux Eurêka, non seulement parce que c’est d’une ingéniosité folle, mais aussi parce que le spectateur comprend aisément la situation, décuplant l’impact. Si l’objectif était de montrer que Alan Turing est l’un des scientifiques les plus influant et inspirant de l’histoire, la pari est largement remporté. Pas forcément le meilleur film de l’année, il n’en reste pas moins un tour de force magnifique sur l’un des événement les plus important de l’humanité.

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