La Religieuse

La Religieuse
2013
Guillaume Nicloux

Si la France est un pays laïque, il n’en reste pas moins d’héritage culturel catholique, et il fut une époque où l’engagement religieux était monnaie courante, une solution souvent utile face à la misère. Et si aujourd’hui ce genre de sujet n’intéresse presque plus personne, le livre de Denis Diderot dont le film est adapté est encore très respecté parmi les érudits, bien qu’éloignant définitivement son réalisateur du succès.

Jeune fille de bonne famille, la belle et jeune Suzanne (Pauline Etienne) a vite attisé la convoitise, mais ne se sentant pas prête pour le mariage, elle va avoir la sotte idée de prétendre préférer l’amour de Dieu, la conduisant droit au couvant. Elle pensait pouvoir en sortir après quelques temps, mais ses parents, ruinés par les mariages de ses deux sœurs aînées, y voyaient là une occasion magnifique de se libérer de leur dernière charge. Contrainte et forcée, elle sera tour à tour confrontée aux brimades d’une mère religieuse tyrannique (Louise Bourgoin) puis aux avances satanistes d’une autre (Isabelle Huppert).

Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour échapper à la mendicité ou faire plaisir à ses géniteurs… On suit donc le récit d’une jeune ingénue sacrifiée pour de mauvaises raisons, rejoignant des rangs bien indignes de la sphère religieuse qu’ils sont censés représenter. Après les polars montrant que les pires truands sont au sein des forces de l’ordre, voici le film religieux qui montre que plus grands pécheurs sont des prêcheurs. Ainsi, on subit le calvaire initiatique d’une héroïne jouissant de malchance, dont la vie prouve inlassablement l’inexistence ou le mépris de Dieu. Néanmoins, ce calvaire a tendance à devenir le notre, les deux premiers tiers étant d’une mollesse insoutenable, et la rage de l’injustice devenant de la lassitude à force de résignation. Malgré de belles performances et une certaine curiosité, l’histoire ne nous emporte jamais vraiment, et l’ennui ne se dissipe qu’occasionnellement. Difficile de savoir où le film voulait en venir, à part démontrer que le mal est omniprésent.

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