Le Dernier loup

Le Dernier loup
2015
Jean-Jacques Annaud

Habitué aux grands films très peu rentables, et c’est peu de le dire tant il doit être le cinéaste qui a fait perdre le plus d’argent de toute l’histoire du cinéma, Jean-Jacques Annaud a eu la chance de collaborer avec le plus gros marché mondial en la matière : la Chine. Choisit pour adapter le second livre le plus vendu de l’histoire de leur pays, il bénéficia de trois ans de tournage et 38 M$ de budget, et pour une fois le succès fut au rendez-vous : plus de 25 millions d’entrées en Chine, pour un total mondial de 128 M$.

C’est bien connu, en plus d’être l’un des pays les plus froid au monde (Oulan-Bator étant la capitale la plus froide du globe), la Mongolie est un pays peu développé, et dans la seconde moitié du XX° siècle la Chine a établi un vaste plan d’aide à l’apprentissage en y envoyant ses étudiants deux années durant leur enseigner la lecture et l’écriture du mandarin, en échange de quoi les locaux pourraient disposer d’eux en tant que main d’œuvre pour le bétail. Chen Zhen, de l’université de pékin, fut donc, avec un ami, envoyé dans les steps des vastes plateaux glacials mongoles. Il va y découvrir leurs coutumes, leurs croyances, et va se passionner pour la flore locale, en particulier les loups, animaux sauvages fascinants. Élément essentiel de la chaîne alimentaire, permettant d’éviter la prolifération des herbivores dans ces terres où l’herbe est si rare, le loup n’est pourtant pas vu d’un très bon œil par les autorités chinoises qui aimeraient le voir disparaître complètement du paysage.

L’homme est sans doute l’être le plus ignoble de la planète. Aucun autre être vivant ne serait capable de telles atrocités, surtout avec un tel détachement émotif. On aura beau inventer tous les meilleurs prétextes au monde, se cacher derrières toutes les croyances ou religions qu’on veut, attraper des louveteaux par la queue, les faire tournoyer dans les airs pour qu’ils s’écrasent avec une rare violence par terre, mettant ainsi fin à leurs balbutiants jours, c’est un acte qui ne mérite qu’une seule réponse : la peine de mort par lente agonie après avoir vu l’ensemble de ses proches égorgés sous ses yeux. Et encore, il faudrait faire preuve de beaucoup d’imagination dans la torture pour que justice soit rendue. Au passage, il faudrait leur joindre l’ensemble des professeurs et des philosophes de mes deux qui prétendent que les animaux n’ont pas de sentiments et lapider sur la place publique les criminels de bouchers halal qui n’ont strictement aucune considération pour les vies qu’ils sacrifient. Donc quand on dynamite de pauvres loups affamés, qu’on les traque jusqu’à la mort par épuisement, qu’on les pousse au suicide, qu’on assassine leurs petits sous leurs yeux, le peloton d’exécution est une obligation. Voilà pourquoi je déteste ce film et ses semblables et que je ne le reverrai plus jamais.

Enfin bon, au moins le film ne laisse pas insensible, et c’est déjà ça. De plus, aussi horrible et insupportable que soit l’histoire, cela n’empêche pas le film de briller. Aventure pour laquelle trois années entières ont été nécessaires pour l’immortaliser, la grandeur du projet se voit et fait plaisir. On pense notamment au petit loup, qu’on voit évoluer et grandir, mais surtout les fresques impliquant une centaine d’animaux dans ces magnifiques plateaux, qu’ils soient prisonniers des glaces ou couverts d’herbe à perte de vue. Les panoramas sont grandioses, et le dressage des animaux force le respect. Plus encore, les acteurs sont bons, les effets spéciaux discrets (les yeux verts du chef par exemple) et les doublures cadavres des animaux réalistes à quelques exceptions près. Un travail formidable donc, et le livre ne pouvait – à priori – rêver meilleure hommage. Un très beau film donc, mais qu’il est difficile d’apprécier tant son histoire nous révolte, nous indigne.

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