Birdman

Birdman
2015
Alejandro González Iñárritu

Plutôt joli succès dès sa sortie, le film a ensuite connu la consécration lors de la plus prestigieuse cérémonie au monde, les Oscars (mais les My Choice Award arrivent en embuscade !). Il y gagna trois prix majeurs : meilleur film, réalisateur et scénario. Pourtant, il n’en bénéficia pratiquement pas en terme d’entrées, n’y glanant qu’un léger regain d’intérêt dans certains pays où il était déjà sorti, et la France en est un bon exemple entre une première semaine timide suivie d’un maintient assez mauvais. Effectivement loin d’être le genre de film qui intéresse le grand public, il n’est pas non plus du cinéma d’auteur austère et n’a pas usurpé ses prix.

Quand on est acteur, il est difficile de rester au top toute sa vie, et plus on côtoie les sommets plus la chute qui suit sera douloureuse. C’est exactement ce qui est arrivé à Riggan Thomson (Michael Keaton), ancienne star mondiale qui s’est laissée enfermer dans son personnage populaire de super-héros Birdman, et après trois films c’était déjà trop tard, l’acteur s’était effacé derrière le costume. Tombé dans l’oubli, il tente un come-back avec une pièce de théâtre à Broadway.

En voilà une histoire intéressante ! Faisant écho à Michael Keaton qui a eu du mal à se sortir de Batman, le film raconte le combat d’un homme contre sa désuétude, jouant le peu de carrière qui lui reste dans la pièce de la dernière chance. Un film qui se passe en coulisse donc, amenant nombre de personnages atypiques et passionnants : l’avocat avide dénué de tout scrupule (Zach Galifianakis), l’acteur fou et incontrôlable (Edward Norton), la maîtresse bipolaire délaissée (Andrea Riseborough), l’actrice objet dont tout le monde s’en fout (Naomi Watts), ou encore la fille junkie (Emma Stone) ne jouissant pas de tellement plus d’attention. Un très gros casting qui donne le meilleur de lui même, en particulier Edward Norton dont la performance est magistrale, servant parfaitement l’intrigue puisqu’incarnant un acteur outrancièrement plébiscité, capable à lui seul de donner ses lettres de noblesse à la pièce. On s’en amuse beaucoup, ça part continuellement en vrille, et on est surtout incroyablement immergé dans l’histoire grâce à un procédé fou et tenu d’une main de maître, ne possédant qu’une poignée de raccords visibles : le plan séquence. Tout le film se suit sans temps mort, sans changement d’angle ou de caméra, et le résultat est bluffant. La fluidité n’a quasiment aucune faille et certains mouvements de caméra relèvent de l’exploit technique. C’est esthétiquement parfait, ajoutant à l’intéressante projection autobiographique de l’histoire une dimension narrative intense. Les enjeux sont trop égocentriques, le traitement de certains personnages secondaires n’est pas assez approfondi, mais on tient là un film marginal et captivant.

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