Non coupable

Non coupable
1947
Henri Decoin

Il fut un temps où le chômage était affaire de fainéantise, où l’homme, seul à ramener l’argent à la maison, était porté aux nus pour son abnégation et son acharnement au travail. La vie était simple, le stress inexistant, on se couchait de bonne heure après une modeste soupe partagée en famille au coin du feu, rejoignant une épouse heureuse qui ne se posait pas la question de savoir si faire les tâches ménagères et le repas était dégradant, elle le faisait par principe, le regard débordant d’amour. Puis il y a eu ce connard qui a rappliqué, le « progrès ».

Bon vivant qu’on qualifierait aujourd’hui de poivrot, le docteur Ancelin (Michel Simon) était quelque peu abattu par la mort de l’un de ses patients, noyant sa peine dans l’alcool, et il n’aurait pas dû reprendre la voiture ce soir là comme en attesta un motard, qu’il percuta de plein fouet. Pas complètement ivre, il va avoir un éclair de lucidité : constatant la mort du conducteur du deux roues, il va effacer ses traces, simuler un accident et enlever l’ampoule du phare, donnant une raison à la sortie de route. Le lendemain, entendant parler la police, il va être stupéfié : son plan a fonctionné à merveille, l’affaire ayant été classée comme prévue. Un meurtre parfait qui va lui monter à la tête.

Quand on est entouré de cons, il est plus facile de paraître intelligent. Étant prit pour un alcoolique notoire, un type sympa mais pas très fût-fût, il va être convié par les forces de l’ordre et les enquêteurs à réfléchir sur les affaires de meurtres parfaits qui vont survenir, le coup du motard ayant donné des idées à Ancelin, bien décidé à voir jusqu’où il pourrait aller. Un principe simple de tueur en série parfait, génie du crime imprenable, porté par un Michel Simon formidable, arrivant à donner tout le charisme nécessaire à ce tueur narcissique et arrogant dont le melon n’aura de cesse de grandir. C’est drôle, léger, bien écrit, certains dialogues sont excellents (le coup de l’alcool qui a trop d’eau), mais il est dommage de voir, malgré toute l’ironie de la fin, que le soufflet retombe, et la conclusion est un peu décevante. Bonne comédie d’antan qui rend nostalgique.

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