Naruto

Naruto
1999-2014 (manga) | 2002-2017 (anime)
Masashi Kishimoto (manga) | Hayato Date (anime)

Pilier de l’univers du manga, Naruto a indéniablement marqué l’histoire culturelle mondiale en s’imposant comme l’un des plus grands incontournables du Weekly Shonen Jump, le légendaire magazine japonais qui publie chaque semaine un chapitre des mangas les plus populaires du moment. Nous avons été nombreux à suivre à un moment donné leurs parutions, certain n’ayant même pas la patience d’attendre la version améliorée du scan et se jetant directement sur le raw (la qualité de papier utilisée dans le Jump laissant à désirer, les premières versions disponibles sur internet piquent pas mal les yeux), mais nous avons aussi été quelques uns à lâcher en cours de route. Attendre semaine après semaine pour une poignée de pages ou un épisode de l’anime qui arrivait avec plusieurs années de retard parfois, c’était rapidement lassant, d’autant plus quand ledit anime contenait pratiquement autant d’épisode HS (hors série, c’est-à-dire une trame originale qui ne suit pas le manga et le résultat est souvent catastrophique) que d’épisodes normaux. Personnellement, ne le suivant qu’en anime, c’était en 2008 que j’avais décroché, un an à peine après le passage à Shippuden. Il faut dire qu’après pratiquement deux ans à se taper des HS, s’en reprendre une fournée était la goutte de trop. Mais voilà, aujourd’hui l’histoire est terminée après 72 tomes et 720 épisodes (220 pour Naruto et 500 pour Shippuden, histoire qui reprend trois ans plus après), et certains fans ont fait le tri pour que les nouveaux arrivants découvrent le manga dans des conditions optimales (on appelle ça les versions “kai”, dénuées de tout HS), l’occasion de s’y plonger enfin complètement.

Prenant place dans un univers potentiellement contemporain post-apocalyptique, le monde dépeint dans le manga s’est reformé autour de pays basés sur l’art du ninjustu, la discipline des ninjas. Pour répondre à de fortes menaces et de lourds besoins militaires, chaque pays est axé sur le développement de ninjas dès le plus jeune âge, qui sont formés aux diverses techniques élémentaires (ninjustu) et d’illusion (genjustu) jusqu’à ce qu’ils deviennent des genins (stade I des ninjas, les stades II et III sont respectivement chuunins et jounins, seuls les kages – chefs des villages – ont un statut supérieur) où ils intègrent leur société en remplissant des missions (principale source de revenu) plus ou moins difficiles en fonction de leur niveau. Tel le Khi dans Dragon Ball, les ninjas puisent leur énergie du chakra, sorte de flux vital qui une fois malaxé peut-être utilisé pour décupler sa force ou assainir de puissantes techniques. Ici, on suivra le jeune Naruto Uzumaki, garçon de 12 ans élève à l’académie de Konoha, le village caché de la feuille. Orphelin suite à une terrible guerre qui opposa son village au démon Kyuubi, le renard à neuf queues, il est aussi le réceptacle de la bête. Personne n’ayant réussi à stopper le monstre, Godaime, le quatrième hokage (kage de Konoha), sacrifia sa vie pour sceller en Naruto le démon renard.

Dans un style un peu enfantin et naïf, le manga démarre par le passage à genin de Naruto grâce à une technique interdite, le taju kage bushin no justu, aussi appelé clonage de l’ombre. Un premier contact en demi-teinte puisque la fameuse technique interdite est en réalité connue de tous et on se demande bien, avec le recul, comment une technique aussi banale peut avoir vaincu un chuunin autrement plus expérimenté. Néanmoins, on ressent d’emblée une grande solidité au niveau de la construction de l’univers entre la mystérieuse guerre, la multitude de villages, le système de rang, le principe de missions ou encore la structure éducative. Des chuunins apprennent aux apprentis à devenir genins, et une fois ce rang atteint les élèves sont placés par groupes de trois sous la tutelle de jounins. Pour Naruto, à la sortie de l’académie ses deux partenaires sont Haruno Sakura (dont il est amoureux mais elle non) et Uchiwa Sasuke (dont est amoureuse Sakura et lui non), placés sous la protection de Hatake Kakashi.

Comme tout manga, la structure narrative se base sur le principe d’arc, c’est-à-dire un ou plusieurs tomes / série d’épisodes s’axant autour d’une histoire et de personnages propres à l’arc en question, pouvant néanmoins rester ou revenir dans les arcs suivants. Le premier des arcs, une fois passé l’introduction du groupe numéro 7 dont fait parti Naruto, sera la mission d’escorte jusqu’au pays des vagues. Première mission et premier grand danger pour le groupe, l’équipe sera confrontée au dangereux assassin Zabuza et son acolyte Haku, première grande envolée dans le manga. Entre son apparence de squale avec son énorme épée et le fait qu’il tienne tête au renommé Kakashi, Zabuza fait parti de ses méchants qui font date, d’autant que l’arc proposera non seulement un entraînement intéressant posant les bases de la mythique rivalité entre Naruto et Sasuke, mais on découvrira en plus les conséquences du sceau de Kyuubi, permettant à Naruto de puiser dans la colossale puissance du démon qui est scellé en lui.

À peine de retour au village le manga frappe encore un grand coup en proposant un arc encore plus marquant, celui de l’examen des chuunins. Tous les ninjas genins de tous les villages se réunissent une à deux fois par an pour soumettre leur candidature à un examen pour passer au rang supérieur pour asseoir leur renommée ainsi que celle de leur village. On découvre ainsi une pléthore de genins de différents villages comme les fameux trois ninjas d’Oto, pays du son, mais aussi Gaara, Temari et Kankurô du village de Suna, pays du sable, ainsi que les autres genins de Konoha qui auront leur importance par la suite, Chôji, Ino, Shikamaru, Hinata, Kiba, Shino, Neji, Tenten et bien sûr Rock Lee. Entre une tension de chaque instant, un examen écrit déstabilisant, une forêt terrifiante et un championnat d’anthologie, le manga achèvera de convaincre les plus septiques. De plus, une certaine rencontre dans la forêt posera les bases de la mythologie des sannins, les trois élèves légendaires du troisième hokage, à savoir Jiraiya, Tsunade et Orochimaru. La première session des championnats comportera aussi un grand moment épique, à savoir le surpuissant combat opposant Gaara à Rock Lee, mais ça n’est rien comparé à la suite.

Dans l’entre deux tours, Sasuke apprendra avec Kakashi la dévastatrice technique du Chidori tandis que Naruto sera prit sous l’aile de nulle autre que le légendaire Jiraiya qui lui enseignera non seulement la technique de l’invocation mais aussi les bases du contrôle de Kyuubi, le démon source de tant d’énergie sommeillant en lui. Le climax sera alors le duel au sommet entre Naruto et Gaara, prouvant que Naruto n’est plus le boulet inutile qu’on a besoin de sauver mais bien le valeureux guerrier capable de sauver les autres. Avec en parallèle un autre combat de titans, celui d’Orochimaru contre son ancien maître hokage, le spectacle est juste colossal.

Après le spectacle, place à la mythologie. Avant le dernier gros arc de la première aire, on découvre un peu plus les trois sannins puisque Jiraiya supervise l’entraînement de Naruto avec la superbe technique du Rasengan tandis que Tsunade va être choisie comme cinquième hokage pour protéger le village de menaces telles que Orochimaru, bien décidé à mettre la main sur Sasuke en se servant de son envie de puissance dû à ses motivations de vengeance qui seront introduites avec le passage furtif d’Itachi, frère de Sasuke qui a massacré tout son clan et qui a rejoint une organisation appelée Akatsuki dont le seul nom fait trembler le monde entier.

Point de rupture pour Sasuke, sa rencontre avec son frère ravivera sa haine et le poussera à accepter l’invitation d’Orochimaru, partant pour le dernier et glorieux arc le rejoindre. Une mission de sauvetage va alors être lancée, mais faute d’effectif disponible seuls les genins seront mobilisé, emmenés par Shikamaru, le seul à avoir été accepté comme chuunin. Ainsi, Naruto, Shikamaru, Neji, Chôji et Kiba partiront sauver Sasuke contre son gré, mais en face d’eux se trouvent quatre des meilleurs ninjas d’Oto, laissant présager d’affrontements hautement dangereux et donc bigrement classes. On en apprend un peu plus à cette occasion sur la fameuse marque qu’avait laissé Orochimaru à Sasuke lors de l’examen chuunin, sceau maléfique capable de restituer une puissance phénoménale. Le manga s’offre ainsi des combats dantesques avec des ennemis d’une force inédite – en dehors des légendaires, de l’Akatsuki et des démons style Kyuubi – et au design original (en seconde forme), notamment Kimimaro et sa capacité osseuse dont on aurait aimé connaître le passé plus en détail.

Si on reste très loin du niveau d’élaboration de One Piece pour ce qui est des histoires personnelles en flash-back, la confrontation entre Sasuke et Naruto offre de très grands moments tant émotionnels que spectaculaires. Les interventions sont magiques, les surprises jouissives et on se surprend à avoir développé autant d’affecte pour tous ces personnages. Si le manga ne décolle vraiment qu’à partir du combat sur le pont avec Haku, on découvre peu à peu une richesse indéniable entre un univers parfaitement établi et cohérent et des personnages charismatiques et attachants. Un style efficace, un ton entraînant et un anime de qualité, bénéficiant d’animations fluides et de musiques puissantes. Hélas, malgré un potentiel énorme, la suite ne sera pas aussi convaincante…

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