
Downton Abbey III : le grand final
2025
Simon Curtis
Si on pensait la série terminée à l’issue de sa sixième saison, un premier film en 2019 est venu tâter le terrain des fans, visiblement très nombreux puisque Downton Abbey avait fait pas loin de 200 M$ dans le monde et presque un million d’entrées en France, des scores colossaux pour du drame d’époque. Et il est vrai que pour ma part, c’était tout simplement un petit bijou condensant tout ce que le série avait de meilleur, au contraire du second opus, Une nouvelle ère, qui en dehors de son incursion Hollywoodienne, n’avait pas grand chose à raconter. On pensait d’ailleurs le projet de trilogie abandonnée suite à l’échec de ce second film (ratio budget / recettes divisé par cinq !), mais en 2024 une folie se murmura : une septième saison ! En réalité non, c’était bien le fameux troisième opus cinématographique, mais on osait y croire.
Ca y est, la famille Crawley (Hugh Bonneville, Elizabeth McGovern, Michelle Dockery et Laura Carmichael) passe dans les années 30, mais non sans heurt. La crise économique de 1929 fait craindre le pire, Harold (Paul Giamatti) revenant des Etats-Unis avec de bien mauvaises nouvelles, tandis que Mary, devant reprendre le domaine, se fait mettre au banc de la société à cause du scandale de son divorce. La famille va devoir une fois de plus s’adapter à un monde en perpétuelle évolution.
Bis repetita… Déjà que je trouvais les dernières saisons de moins en moins pertinentes, de même que le second film, mais là on arrive vraiment à un niveau de recyclage / redondance assez violent. Malgré tout l’amour que j’ai pour cette époque, et surtout ces personnages si formidablement écrits, ce « grand final » n’a rien de grand, et surtout rien d’original. Pratiquement pas une saison ne s’est déroulée sans qu’une crise économique ou de succession ne vienne tout menacer, et devoir s’adapter au changement, réduire son train de vie, c’est devenu d’une banalité confondante au fur et à mesure du récit, au point que les rares fois où la situation se calme ou qu’un nouveau membre de personnel est recruté est un immense soulagement calmant cette tendance à la neurasthénie. Si la thématique du divorce pouvait être gageure, après tout le scandale et choquer la grande bourgeoisie fait parti des grands plaisirs de la saga, dans les faits ça reste petit joueur, avec peu de répercutions et venant surtout réutiliser la pauvre détresse sentimentale de Mary, qui décidément n’aura jamais eu de chance dans sa vie. Je dirais même plus que ce troisième volet ciné détruit plus qu’il ne construit : Edith ne parle plus du tout du journal, Elsie Hughes (Phyllis Logan) est toujours intendante et Carson (Jim Carter) tarde décidément à prendre sa retraite, tapant sur les nerfs d’un Andy (Michael Fox) dont la romance avec Daisy (Sophie McShera) ne saute pas aux yeux, remplaçant pour sa part une madame Patmore (Lesley Nicol) qu’on pensait déjà partie, de même que Molesley (Kevin Doyle) peine toujours à s’ouvrir au bonheur que lui tend Baxter (Raquel Cassidy). Bates (Brendan Coyle) et Anna (Joanne Froggatt) font de la figuration, au même titre que Tom (Allen Leech), Isabelle (Penelope Wilton) – quoi que s’occupant de la foire – et Lord Merton (Douglas Reith). Seul Barrow (Rob James-Collier) coule des jours heureux avec Dexter (Dominic West). Pas de cousine, et des enfants plus que jamais réduits à un bruit en fond, alors même qu’ils ont désormais l’âge qu’avaient certaines des sœurs au tout début.
Les thématiques abordées sont donc peu ou prou toujours les mêmes, et tout est parfaitement résumé par le personnage de Harold : « le passé semble tellement plus chaleureux et paisible que le futur ». Tout n’est que réduction de train de vie, perte de privilèges, disparition du faste et du grandiose. Un « Grand Final » tellement petit joueur, avec peu d’événements, tous de moindre ampleur que par le passé, et une moins grande variété de décors. Etonnamment, il semblerait que ma lassitude ne soit pas du tout partagée, les notes des trois films étant d’une stabilité remarquable (tous entre 3.1 et 3.3 par la presse, égalité absolue à 3.8 chacun par les spectateurs allociné, et sur imdb 7.4 les deux premiers, 7.3 ce troisième). Et d’ailleurs ce troisième opus a connu un léger regain d’intérêt, dépassant à nouveau les 100 M$, et peut-être qu’un jour nous aurons droit à une nouvelle incursion à Downton Abbey. M’est avis que si le premier film était un prolongement brillant, il n’empêche que le final de la série était autrement plus joyeux et satisfaisant, et il est si dommageable de voir à quel point chaque progrès social est un déclin sociétal. Le confort du passé ne sera visiblement jamais égalé.
