Valeur sentimentale


Valeur sentimentale
2025
Joachim Trier

Grand prix du festival de Cannes, le film a semble t-il conquis très largement les critiques à travers le monde, se retrouvant nommé dans pratiquement toutes les catégories aux Golden Globes, le plaçant de fait comme l’une des œuvres à suivre pour la période des cérémonies. Au final le film a fait quasi choux blanc, et on attend encore la liste des nommés pour les Oscars, mais ça m’étonnerait que le film y fasse tellement plus de bruit.

Grand cinéaste reconnu, Gustav Borg (Stellan Skarsgârd) n’a en revanche pas été un bon père, ayant quitté ses filles dès leur plus jeune âge au moment du divorce. Trente ans plus tard, Gustav va revoir ses filles à l’occasion de l’enterrement de leur mère, espérant peut-être pouvoir renouer avec elles, notamment son aînée (Renate Reinsve) qui s’est particulièrement renfermée sur elle-même, pour qui il a justement écrit un film dont il espère qu’elle tiendra le rôle principal.

Si on excepte le fait qu’il s’agit d’un film norvégien où gravite quelques têtes connues, le père en tête mais aussi Elle Fanning qui campe une actrice américaine, on est dans du classico drame social de bobo arty où ça se balance des fions, ça crie son malheur, ça se lamente, le tout dans une auto fellation totale autour du cinéma. Je ne dis pas que le cinéma ne peut pas parler de cinéma, au contraire, The Fabelmans était un petit bijou sur la créativité dans sa première moitié, mais le film en parle plus qu’il n’en montre. Il s’en sert comme d’une parure pour montrer que ce sont des personnes hypersensibles, animées par cette noble passion de l’art, revêtant au passage un arrogance insupportable, mais au fond on ne voit pratiquement rien du processus créatif, d’où vient cette passion ni pourquoi elle est si importante. Au contraire, le film passe son temps à montrer à quel point la fille aînée n’y a pas sa place, souffrant à chaque montée sur scène du théâtre, et on montre surtout ce tiraillement intérieur, ce mélange d’agonie et de dépression, pour au final éclipser toute la pièce ou ce qui la fait vivre (costumes, décors, techniciens, etc.). Ou alors c’est pour dire qu’il faut souffrir dans le processus créatif, mais dans ce cas il faut aller se faire foutre et arrêter de tout ramener à la Seconde Guerre Mondiale, puisqu’évidemment on suivra une famille dont la grand-mère (mère du père) fut dénoncée et déportée. L’actrice principale est en ce sens totalement insupportable, ruminant inlassablement le passé, auto alimentant sa souffrance en refusant de vivre autrement que dans une forme d’égoïsme absolu. Des claques se perdent…

En vrai le film est à moitié bon et à moitié chiant. Tout ce qui entoure la fille est donc ennuyeux, de l’auto apitoiement pénible, alors même qu’elle se pose en égérie de la morale, ce qui m’a énervé plus d’une fois. Elle fait traîner l’intrigue, bloque les relations des personnages dans une spirale de remords et non pardon. C’est comme la règle d’or en théâtre d’improvisation : ne jamais dire non. Eh bien là elle ne fait que ça, poussant les autres à ramer pour tenter de quand même faire avancer la barque. Usant. Heureusement, l’autre moitié du film est bien plus réussie : celle du père. Déjà Stellan Skarsgârd est formidable, et ce n’est pas pour rien que le seul prix aux Golden Globes sur la dizaine de nominations pour le film fut le prix du meilleur acteur secondaire qui lui a été décerné. Son chemin de rédemption pour reconquérir ses filles est des plus louables, car non seulement mieux vaut tard que jamais, mais en plus il le fait par le biais qui lui ai le plus cher, celui du cinéma, en écrivant son premier film en 15 ans avec le premier rôle pour sa fille aînée, celle qui a accumulé le plus de remontrances. On le voit vraiment essayer de bien faire, et sa relation père/fille improvisé avec la star américaine est touchante, montrant qu’il suffirait qu’on lui laisse sa chance. Quelques bonnes idées, de bons acteurs, mais une écriture trop concentrée sur l’aigreur et les reproches, allant jusqu’à en paralyser l’intrigue, à la limite de l’ennui.

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