
Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés
2025
Rian Johnson
Si on passera sur la folie même des prémices que d’avoir racheté les droits d’une saga qui n’avait forcément vocation à en devenir une, surtout qu’un investissement de 400 M$ pour un genre – le whodoneit / cluedo – quasi mort et enterré, Netflix a finalement eu raison, au moins au début. En effet, si le résultat manquait toujours d’un peu plus de folie et de maintient tout du long pour pleinement convaincre, Glass Onion avait réussi à se faire une place dans le top10 des films les plus vus sur la plateforme, bien qu’il en fut délogé récemment. La formule va t-elle un peu évoluer et enfin s’imposer comme un modèle du genre ?
Ancien boxeur reconverti en prêtre pour se sortir de ses propres démons, le révérant Judd Duplenticy (Josh O’Connor) va se voir affecté par le père Langston (Jeffrey Wright) dans une petite église en campagne anglaise, sous la tutelle de Monsignor Jefferson Wicks (Josh Brolin), un vrai psychopathe qui confond paroisse et secte, prêtre et gourou. Ses « messes » font fuir mêmes les plus dévoués, à quelques exceptions près (Glenn Close, Thomas Haden Church, Jeremy Renner, Kerry Washington, Cailee Spaeny et Andrew Scott), totalement sous son emprise. Une situation sous haute tension, jusqu’à ce que Monsignor tombe raide mort au cours d’une messe. Que s’est-il passé ? Pour l’aider à élucider ce meurtre, la cheffe de police (Mila Kunis) va faire appel à nulle autre que le légendaire Benoit Blanc (Daniel Craig).
Eh bah voilà ! Toutes les qualités décuplées, les défauts envolés. Habitué des castings quatre étoiles, la saga passe la cinquième ici, avec des performances à saluer pour le duo de tête, puisqu’en réalité l’enquête change d’axe. Exit Benoit Blanc le solitaire, il mettra d’ailleurs pas moins de 39 minutes à faire son apparition, laissant ainsi pleinement le temps à l’intrigue d’avancer ses pions, de développer ses personnages, et ainsi faire du meurtre du film un vrai enjeu central, pas juste un point de départ. On pourrait même dire que le vrai personnage principal de l’histoire est le révérant Judd, qui donc fera équipe avec Benoit, recréant une sorte de dynamique de duo à la Pirates des Caraïbes avec Will et Jack, ce qui marche du feu de Dieu avec un Daniel Craig plus charismatique que jamais. Le cadre est oppressant, très bien travaillé, et pour une fois on ne ressent pas cette impression que le film se joue de nous en nous cachant trop d’informations ou quoi. Non, les indices ne sont pas si nombreux, les pièces avares, on rame réellement à trouver quoi que ce soit de concret, et à chaque fois c’est primordial. Le spectateur avance donc au même rythme que l’enquête, avec parfois quelques intuitions prémonitoires, parfois quelques surinterprétations trompeuses, mais quand vient l’heure du « échec et mat », à aucun moment on ne sent berné ou floué : tout était là, logique, implacable, il fallait juste tout mettre dans l’ordre. L’introduction est un poil longue, mais c’est pour mieux créer du liant, ménager l’arrivée de son enquêteur emblématique, et toute l’enquête est passionnante avec une résolution non pas satisfaisante, mais gratifiante. Après deux volets pas tout à fait concluants, l’essai est cette fois pleinement transformé avec brio.
