Lilo & Stitch


Lilo & Stitch
2025
Dean Fleischer Camp

Si on aurait tôt fait d’enterrer les remake live action Disney avec des catastrophes artistiques et industrielles comme Blanche Neige, l’année 2025 a été aussi marquée par un contre-exemple total : des critiques élogieuses, plus d’un milliard au box-office mondial, et à un cheveu près le film rate la première place annuelle aux US (à 0,3 M$ près). Pourtant, rien ne destinait le projet à un tel succès à la base. Le film original Lilo & Stitch avait fait le quart des entrées à l’époque, et même si l’histoire avait un peu été prolongée au travers d’une sympathique série Disney Channel ou qu’on pourrait citer les apparitions de Stitch dans l’univers Kingdom Hearts, avec une incursion spatiale dans Birth by Sleep, le film n’avait pas grande ambition au départ. Doté d’un budget « modeste » de 100 M$ (et encore, ce devait être moins à la base), le film était prévu pour une sortie Disney+, avant de finalement lui laisser sa chance en salles suite à des projections test très favorables. Il est amusant d’ailleurs de se rappeler que la machine était déjà lancée niveau marchandising, et que dès Noël 2024 les produits Stitch inondaient les magasins, et c’est peut-être un effet boule de neige stratégiquement inouïe : au lieu de capitaliser sur le succès du film pour relancer des produits dérivés, ce sont les produits dérivés qui ont d’abord inondé le marché, rappelant aux bons souvenirs du film d’origine, puis le remake a cartonné car sortant dans un contexte de hype renouvelée, ce qui relance encore la vente de produits dérivés. Bref.

L’histoire, sans être une repompe plan par plan comme Dragons mais au contraire une revisite de celle d’origine, nous plonge à Hawaï dans la famille de Lilo (Maia Kealoha) et Nani (Sydney Elizabeth Agudong), deux sœurs dont l’aînée tente tant bien que mal de s’occuper de la dernière suite à la mort de leurs parents. N’ayant personne d’autre que sa sœur pour l’aider à surmonter cette épreuve, Lilo va faire le vœu d’avoir enfin un ami, un meilleur ami. Pendant ce temps, Jumba (Zach Galifianakis), un scientifique fou, avait mit au point une arme ultime, un monstre inarrêtable, capable de tout détruire sur son chemin, l’expérience 626. Cette terrible menace va justement s’évader et atterrir sur une planète singulière aux formes de vies primitives : la Terre, et plus précisément sur une petite île appelée Hawaï.

Voilà exactement ce qu’on pourrait qualifier de remake utile : l’aspect science-fiction, lourd et pratiquement pas traité dans le film d’origine, a ce petit plus de développement qui permet un peu de légitimité à cet univers. Mes deux autres principales réserves concernant le classique d’animation était justement sa qualité d’animation, assez médiocre (en même temps son budget était moitié moindre que L’Atlantide ou La Planète au trésor par exemple), et le traitement superficiel de l’histoire. Si le travail de redesign est carrément fainéant, supprimant même Gantu du récit pour se faciliter les choses, et que Jumba et Pleakley ne marchent pas du tout en live action (heureusement que leurs formes humaines représentent la majorité de leurs scènes), visuellement le film fait beaucoup d’excellents choix. Déjà il n’y a pratiquement pas de fonds verts, des décors en dur, et même Stitch est en grande partie uniquement en animatronique, un effort louable qui permet en plus de réduire les coûts ! C’est même visuellement plus joli que l’original, la mise en scène étant posée avec une photographie travaillée, restituant au mieux la chaleur, les couleurs et l’ambiance hawaïenne. Si l’histoire est grosso modo la même, reprenant pas mal de scènes iconiques d’ailleurs (mais pas plan pour plan, plus en mode hommage réinventé), le fait que le film fasse 20 minutes de plus permet d’approfondir la relation entre les personnages, et grâce au talent des actrices qui jouent les sœurs, leurs querelles sont beaucoup plus douces, maîtrisant mieux cet équilibre de chamaillerie qui ne remet jamais en question leur amour. La petite Lilo est même encore plus jeune ici, renforçant sa mignonnerie et décuplant l’impact émotionnel de son combat pour gagner le cœur de Stitch. Plus que de la nostalgie, j’ai vraiment eu l’impression qu’enfin ce récit obtenait toute la puissance dramatique nécessaire pour que sa poésie éclate. Peut-être que la nostalgie est si insidieuse qu’elle annihile sournoisement toute objectivité, mais pour moi cette nouvelle version surclasse de loin celle d’origine.

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