Dossier 137

12 juin 2026 0 Par Antoine


Dossier 137
2025
Dominik Moll

Après avoir connu un joli succès avec La Nuit du 12, bien que ma frustration était grande face à une œuvre sans conclusion, son réalisateur reste dans le domaine de l’enquête policière, se concentrant cette fois sur l’IGPN, la police des polices. Si le film a dû se contenter de « seulement » le prix de la meilleure actrice aux derniers Césars, la forte présence du film dans la cérémonie, son excellent maintient en salle (première semaine plus que triplée) et les retours très positifs ont refait décollé la carrière du réalisateur. Pour ma part, l’homme était prometteur dès ses débuts, encore traumatisé par son premier long-métrage au cinéma : Harry, un ami qui vous veut du bien.

C’est difficile à croire que Macron soit toujours au pouvoir après avoir enchaîné deux crises majeures, crachant si ouvertement à la gueule du peuple français qu’on a du mal à le croire même des années après. En second le Covid, avec la destruction des commerces et la santé mentale mise à rude épreuve, avec moult personnes âgées – pourtant les mêmes qui l’ont réélu – crevant dans une  solitude la plus totale. Ici, c’est sur la première crise, celle des gilets jaunes, où des potes de Macron se déguisaient en policier pour aller tabasser du manifestant. Ah la belle époque… On y suivra Stéphanie (Léa Drucker), enquêtrice à la police des polices, chargée du dossier 137 sur un jeune massacré par les forces de l’ordre à grand coup de flashball dans la tronche, au point d’en avoir de lourdes séquelles à vie.

On a là un peu l’antithèse / complément de Bac Nord : pas de glorification d’une police héroïque, au contraire, cette dernière étant à l’origine de débordements terribles, mais avec un même souci de départ, la complicité d’un état corrompu. Néanmoins, on n’oublie pas le caractère humain des policiers, qui s’il leur arrive de fauter, c’est avant tout à cause d’un climat de haute tension et d’un gouvernement attisant une haine réciproque entre policiers intouchables confortés dans leurs débordements, et d’un autre côté les médias dont on dicte de mettre en lumière lesdits débordements tout en appuyant sur cette immunité. En gros la situation est catastrophique, l’état s’en fout, s’en moque, accentue les réformes anti populaires, laisse les médias cracher en boucle sur des policiers trop zélés, galvanisant une foule en colère dont les casseurs n’en sont que le symptôme logique. De l’autre, les policiers qui tabassent, éborgnent et défigurent les gilets jaunes, sont portés aux nus, montrés comme des héros rétablissant la sécurité, créant un cercle de violence qui au final ne se serra estompé que grâce à cette violence rendant la manifestation plus que dangereuse.

Entre dénonciation et complicité, le film montre assez bien cette dualité qui ronge l’héroïne, et la société en générale qui hésitait alors entre résignation et guerre civile. Le Covid a achevé de faire pencher la balance vers la servilité, au plus grand plaisir du président le plus néfaste de l’histoire de la Cinquième République, et bien au delà. Pour ce qui est du film en lui-même, l’enquête est très intéressante, poussée et pleine de rebondissements, d’autant qu’on aura bien le droit a une fin avec résolution, car entre volonté et réussite, quand le résultat est identique, la question n’a pas vraiment lieu. Je me suis également amusé des liens avec Saint Dizier, où il reste encore certains membres de ma famille, m’aidant d’autant plus à rentrer dans l’histoire, ayant connu également un gilet jaune ayant perdu un œil lors d’une manifestation, avec un ami proche témoin de quasi exécutions sommaires en place publique. Décidément une bien belle page de notre histoire… Néanmoins, le film ne traite pas vraiment du fond du problème, à savoir le gouvernement, ne se focalisant que sur un des symptômes : des flics poussés à bout. Le rythme est également un peu aléatoire, avec une dernière ligne droite moins maîtrisée. Le point le plus important du film reste peut-être son intérêt historique et ô combien inquiétant : les gilets jaunes, c’était seulement il y a huit ans, la situation était gravissime, elle n’a fait que s’empirer depuis, et le monde semble ne plus en avoir rien à faire, voir oubli, sombrant dans une torpeur de servilité effrayante.