Elle s’appelle Ruby

Elle s'appelle Ruby
2012
Jonathan Dayton, Valerie Faris

Inspiré du mythe de Pygmalion, tombé amoureux de sa sculpture, le film replace ce principe dans un contexte littéraire en la personne de Calvin (Paul Dano), jeune écrivain qui fut le succès d’un livre, cantonné depuis à la page blanche. C’est finalement dans ses rêves que l’inspiration lui revint, l’enchantant de la présence d’une femme aussi folle qu’attachante. Chaque nuit, il la retrouve, et chaque jour il lui imagine une histoire romancée où ils vivent un amour incroyable, et lui donne un nom : Ruby (Zoe Kazan). Mais un beau jour, l’impensable arriva : elle était là, en plein milieu de son salon. Ce n’est pas une hallucination, Ruby s’est bien manifestée en chair et en os, persuadée elle-même de sa propre existence et de la véracité de leur histoire. Un amour si fort que même la réalité ne peut les séparer, l’affichant aux yeux de tous. Mais le fait qu’elle soit le fruit de son imagination est terrifiant, et il est terriblement difficile de résister à la tentation de changer ce qui peut l’être. Et bientôt la fiction va rattraper la réalité, la transformant en la femme dans toute son imperfection. La création échappera à son maître.

Un film à double facettes. La première est celle de Zoe Kazan, aussi scénariste du film, dans un exercice d’idéalisation du couple avec son mari Paul Dano, mélangeant ainsi fiction et réalité comme avec leurs personnages. Une vision de l’amour parfait dans toute sa beauté et sa poésie, mais sans perdre de vu l’aspect surréaliste de leur histoire, laissant libre cour aux possibilités et au décalage comique qu’il peut en résulter. L’autre aspect du film est son orientation philosophique sur la vie, notre vision, et ce que l’on en fait. Pouvoir jouer au dieu est jouissif, mais est-ce légitime ? L’amour programmé est-il un amour véritable ? Quel est le plus important entre aimer et être aimé ? Tant de questions primordiales, qui trouvent ici un écho divin. Hors du commun, le film impressionne par sa portée, sa poésie, sa force. Scénario extraordinaire, acteurs irréprochables, drôle et émouvant à la fois, on assiste à une perle d’une rare finesse.

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