De bon matin

De bon matin
2011
Jean-Marc Moutout

Oh collègue, comment ça va ce matin ? Ferme ta gueule et crève ordure ! Ah ouais, comme ça, de bon matin ? Eh oui, un beau jour d’été en 2004 un employé de banque s’était rendu au travail, arme à la main, et avait descendu deux de ses supérieurs avant de retourner l’arme contre lui. Un fait divers réjouissant pour petits et grands, comme le sait si bien faire notre pays et sa quasi totalité de films non-rentables.

Le film commence donc par la fin, nous montrant comment tout a dérapé, comment en quelques minutes Paul (Jean-Pierre Darroussin), un honnête banquier et père de famille, est devenu un meurtrier qui s’est suicidé. Tout a commencé quelques mois plus tôt par un opportuniste venu lui prendre la promotion qu’il attendait, un petit snobinard qui prend tout le monde de haut et qui vient réclamer des chiffres de vente déraisonnables, rendant l’ambiance au bureau détestable et par extension chez lui aussi. À l’heure où il est temps de faire le bilan de sa vie, il ne va pas aimer du tout ce qu’il verra dans le miroir.

S’il n’est pas évident de prédire le succès d’un film (et j’en sait quelque chose), il y a au moins une tendance à ne pas négliger : les français en ont marre de voir des films réalistes (dans le sens sombre du terme) et pessimistes. On a déjà vu plus joyeux comme thème qu’un homme tellement désabusé qu’il va mettre fin à trois vies dont la sienne. De plus, le fait de nous dire la fin d’emblée nuit gravement au film qui en devient dépourvu de suspense, n’étant plus qu’une mise en abîme prévisible et attendue. Rien de plus qu’une vie classique avec les magouilles d’entreprises banales, et le Paul a craqué comme bien des autres, mais ayant lui, en plus de la volonté d’en finir, l’envie de voir ses persécuteurs souffrir autant que lui. Un film choc très justement interprété, mais l’intérêt s’arrête là. On essaye d’accrocher à son concept mais rien à faire, on en arrive rapidement à attendre la fin car tout le reste n’est qu’une lente amorce un peu vide. Pour affirmer une œuvre pareille, il ne faut pas faire dans la demi-mesure, sans quoi le film n’a rien à proposer qui vaille la peine d’être vu.

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