12 Years A Slave

12 Years A Slave
2014
Steve McQueen (II)

Après le haineux et mensonger Majordome, ce film pouvait susciter une certaine appréhension puisque reprenant la cause des noirs, terrain particulièrement glissant. Mais si le premier n’a finalement même pas eu sa place aux Oscars (un choix des plus judicieux), celui-ci est en revanche fortement favoris pour l’obtention du prix du meilleur film, un sacrement qui donne à réfléchir. Et pour une fois, spectateurs et presse l’acclament d’une même voix. Sans porter le sujet aussi haut que Django Unchained, le film fera en effet montre d’un grand nombre de qualités.

Tiré d’une histoire vraie, l’histoire du film débuta aux alentours de 1840. Le pays est scindé entre le nord et le sud, et heureusement pour lui, Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor) est un noir né dans le nord, là où la traite des nègres est interdite, et il a donc passé toute sa vie en homme libre. Il avait sa maison, une femme, deux enfants, une instruction et un honnête travail. Puis du jour au lendemain, sans crier gare, il sera kidnappé et emmené dans le sud pour être vendu en tant qu’esclave. Plutôt chanceux dans son malheur, il sera acheté par Ford (Benedict Cumberbatch), un homme bienveillant et respectueux, conscient de la valeur humaine de cette main d’œuvre bon marché. Mais un nègre savant, ça énerve certaines personnes, et en s’attirant les foudres de Tibeats (Paul Dano), il obligera son maître à le revendre au seul acheteur s’étant manifesté : Edwin Epps (Michael Fassbender), l’un des pires négriers qui soit. Un calvaire qui dura douze ans.

Raconter un sujet pareil est difficile car les pièges sont nombreux. Il faut être capable de retranscrire l’horreur de l’esclavagisme sans oublier les « bons côtés », faire dans le dramatique mais sans exagération, montrer les bourreaux comme les sauveurs (Brad Pitt). Oui, il y a eu des rapts pour approvisionner en ouvriers des champs de coton et de sucre, mais la plupart des kidnappings ciblaient des traînes-misère et tous les négriers n’étaient pas comme Epps, la valeur monétaire d’un esclave ne permettait pas d’en perdre un et certains mettaient un point d’honneur à les affranchir et à les aider. Si globalement le film montre les monstres créés par cette situation, les traîtres et les fous, il n’en oubli pas les bons samaritains et montre toute la dynamique de l’entraide. Certains noirs pouvaient s’en sortir et mener une vie descente, mais à condition de jouer le jeu, sans quoi les plus faibles (mentalement) n’y survivent pas. L’histoire du film – bien que spoilée par son titre qui ne laisse pas trop de place au suspense – est donc particulièrement bonne et intelligente, magnifiée par une interprétation extraordinaire du pourtant quasi inconnu Chiwetel Ejiofor, ne déméritant pas sa nomination aux Oscars. Porté par une excellente musique, un rythme maîtrisé et une réalisation plutôt bonne malgré des plans parfois longuets, le film s’impose donc comme une référence du genre, d’une intensité dramatique immense grâce à son héros, et sa place de choix à la prochaine cérémonie est pleinement justifiée.

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1 réponse à 12 Years A Slave

  1. Julien dit :

    Pour le rythme maîtrisé, je ne suis pas franchement d’accord…
    Autant, pour certaines scènes, c’est vrai, autant, d’autres scènes sont d’une lenteur et d’une prétention effroyables.

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