The Traveler

Le vent soufflait, ma bouche était pâteuse, le soleil brûlait ma peau. Chaque heure qui passait apportait son lot d’illusions, croyant apercevoir à chaque sommet de dune les promesses d’un point d’eau frais et salvateur. Certes, mes réserves personnelles n’étaient pas encore asséchées, mais leur diminution devenait inquiétante. Mais finalement, cette situation était sans nuls doutes plus agréable que celle dans les jungles du Laos, ou du moins dans les bois tropicaux d’Asie, mon sens de l’orientation n’étant pas infaillible et s’en tenir à un plan de pareille ampleur ne pouvait aboutir à la perfection face à tant d’inconnues.

Mon histoire prit place il y a bien longtemps – me semble t-il -, alors que désabusé des amers réalités de la vie, je mit le chemin sous mes pieds, armé d’un simple sac à dos et de modestes provisions. Le principe était simple : faire de ma vie une aventure en partant quêter le frisson de la vie à travers le globe. Tout commença par une barque, peu fièrement volée, qui devait m’emmener en Turquie. Par chance, je ne fut pas parti par delà le détroit de Gibraltar, mais ma destination ne fut pas atteinte : après deux éprouvants jours en mer, mon bateau foula le sol de l’Italie, parcourant péniblement quelques centaines de kilomètres.

S’en suivit alors un périple plus pédestre, tentant de suivre une ligne droite imaginaire entre la République Tchèque et le Laos, qui devait être ma destination, avant une supposée traversée du Pacifique à pied, marchant sur les glaces hivernales séparant la mère Russie des Etats-Unis. Un sacré virage touristique longeant les côtes chinoises et coréennes, mais arrivé en Finlande, la question quant à ma capacité à suivre une direction en ne se fiant qu’à son seul instinct devint problématique. Mais qu’importe, les mois étaient passés et mon endurance était devenue forte, de même que ma motivation personnelle. Je prit alors la décision la plus dangereuse de ma vie : tenter de rejoindre le continent américain en bateau, un véritable challenge physique et mental de longue haleine, requérant une confiance absolue en mes capacités de pêcheur, et demandant aussi des aptitudes de désalinisation d’eau de mer. Mais qui cela intéresse de suivre la survie d’un homme en plein océan, allant jusqu’à se cacher des autres embarcations à l’aide d’un drap bleu foncé, pouvant recouvrir la surface totale de la barque, qui était en réalité un mini voilier de quatre mètres de long.

D’après les journaux des villes de départ et d’arrivée, il semblerait que cette aventure marine fut l’oeuvre de quatre semaines de traversée, le courant et les vents étant particulièrement favorables. Mais encore une fois, la surprise fut mauvaise : mes jungles rêvées du Laos trouvèrent un écho désagréable au Brésil, ou où sais-je encore ? Paraît-il que les jungles du Venezuela abritent des créatures d’une dangerosité redoutable. Sans doutes aurait-je dû révisé ma géographie avant pareille aventure, l’incrédulité des autochtones et mes grands moments de solitudes quant à me repérer au milieu d’endroits inconnus me rendait pessimiste de temps à autre. Mais me diriez-vous, comment un voyage écourté d’Asie et passant directement en Amérique à pu me faire atterrir à la fois dans un désert et dans la forêt du Laos ? L’orientation vous dis-je, cruelle ennemie. Étrangement, mon passage en terres arides ne fut pas le fruit de la diversité climatique des Etats-Unis, et encore moins de la quasi absence de végétation au nord du Mexique. En effet, une journée chanceuse me permis de gagner une vingtaine de dollars arrivée à Chicago après quelques semaines de tourisme à squatter les centres de repas populaires et autre centres d’hébergement. Oh doux pays des clochards ! Mais ainsi, arrivé à Chicago, la lassitude me gagnait et un voyage en Bus pouvait m’amener pour pas cher au Mexique, une occasion sur laquelle je me jeta. Mais on ne la fait pas aux gardes frontières américains, et c’est ainsi que je fut recalé à la frontière, prétextant avoir oublié mon passeport. Heureusement, mon excellent niveau en anglais doublé d’un accent texan aisément reconnaissable me permis de ne pas attirer plus l’attention sur ma situation irrégulière, et je reprit alors un bus direction Corpus Christi, une ville à quelques centaines de miles de Laredo, ville frontalière censée m’accueillir.

C’est alors qu’il m’arriva une très bonne occasion : un boulot de pêcheur sur un chalutier en partance pour les eaux internationales de l’océan indien, au large de l’Indonésie. Un pays voisin du… Laos. Et nous y voilà ! Ah ces pays laxistes, presque dénués de quelconque surveillance des frontières. On se croirait revenu du temps des goulags du film The Way way back, appelé en français Les chemins de la liberté. Un film qui aurait dû m’alerter sur certains dangers de ces lieux que je m’apprêtais à arpenter, mais je retrouvais enfin mon chemin d’origine. Eh oui, j’aurais pu repartir en direction de ma contrée maternelle, mais quand on a une idée en tête, difficile d’en démordre. Car sinon, comment aurais-je pu mentionner les jungles brésiliennes ? En effet, mon chemin, après avoir acquit une boussole, reprit le même tracé originel : Laos-Chine-Mongolie-Russie-Etats-Unis. Ah terribles insectes du Laos, infini et mortel désert de Gobi, froid ardent de Sibérie… Eh bien pas vraiment, non et non. Choix malin, je longea les côtes, esquivant presque toutes jungles, le désert chinois, la Mongolie, et arriva en plein été en Russie, suffoquant de chaleur. Et attendre l’arrivée des gelées hivernales semblait compromit, mais l’envie de voir l’Amérique du Sud était forte. Et c’est là qu’arriva Ivane, mon sauveur, mon bienfaiteur. Après avoir fait sa connaissance dans un bar aux prix défiants toute concurrence, je lui fit part de mon histoire, et il m’expliqua – parlant fortuitement français – que des brésiliens été à le recherche de bûcherons un peu fous prêt à déboiser dans des endroits dangereux.

Il n’a fallut pas attendre mon second jour de travail pour prendre la poudre d’escampette, et déjà le goût de l’aventure me reprenait, bataillant avec des serpents pour trouver une place dans les arbres pour y passer la nuit. J’avais apprit, après avoir fait le ménage dans mon nid, de huiler le tronc et les branches d’en dessous, tout en veillant à ne pas avoir de branches communicante avec d’autres arbres, pour dormir sereinement, sans peur de morsure subite de serpent au poison mortel. Je ne le savais pas encore, mais le Brésil allait être ma toute dernière destination avant le retour au bercail. La tournure des choses a fait que quelques semaines plus tard, je tombais sur un reportage à la télé, dans une langue inconnue bien sûr, mais on y voyait des images de caméra de sécurité de différentes villes américaines, le témoignage du marin-pêcheur de Corpus Christi, de différentes personnes ayant croisé ma route, dont Ivane, et il semblerait que le récit de mon voyage ai fait le tour du monde en ces dernières semaines, des étudiants américain étant tombé par hasard sur un avis de recherche suite à ma disparition du bateau après une escale en Indonésie, effectuant à partir de là une recherche d’ampleur, aboutissant à une multitude de reportages contant mon parcours impressionnant, omettant un peu mes larcins et mes fraudes innombrables. Bref, un portrait flatteur me plaçant sur un piédestal, me qualifiant de « plus grand aventurier du XXI° siècle ». Oh fait, j’en oublierais presque ma quasi mort dans désert ! Une terrible traversée de quatre heures sans croiser nulle âme qui vive ! Eh bien non, pas de traversée de désert, mais avouez que ça vous a mit l’eau à la bouche ! Enfin voilà, appâté par l’envie de me confier sur mon épopée, je me rendu dans la foulée du reportage dans l’ambassade française la plus proche. Je vous épargnerai l’autocongratulation qui en suivie, d’autant que tout le monde doit encore l’avoir en mémoire, mais si je devais ne retenir qu’une seule chose de mon voyage, outre que les serpents c’est pas marrant et qu’une nuit sous les étoiles n’est pas si belle, c’est que peu importe les difficultés que vous éprouvez, même s’il y aura toujours quelqu’un pour vous aider, personne ne peut mieux vous venir en aide que vous-même.

FIN

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