Le Cercle des poètes disparus

Le Cercle des poètes disparus
1990
Peter Weir

Ô Capitaine mon capitaine ! L’une des phrases les plus cultes du cinéma qui a dramatiquement prit une toute autre signification hier avec la disparition de l’une des figures les plus emblématiques du cinéma, Robin Williams, prodige d’acteur à qui ont doit tant. Réalisé par le génie à qui l’on devra quelques années plus tard The Truman Show, le film compte encore parmi les plus grands succès de tous les temps pour le genre, ayant amassé à l’époque 236 M$ (soit avec l’inflation l’équivalent actuel de 480 M$)  dont 6,6 millions d’entrées en France. Seul regret : que le film n’est pas eu la reconnaissance qu’il méritait, repartant des Oscars avec seulement le prix du meilleur scénario, alors même que l’année était plutôt pauvre en challengers.

Naître dans une famille riche aux Etats-Unis ne comporte pas que des avantages. Avec des parents qui dépensent une fortune pour leur offrir la meilleure éducation possible à leurs enfants, les élèves de la très renommée académie Welton subissent une pression terrible et sont accablés par une charge de travail énorme. Fraîchement débarqué dans cet établissement austère, Todd (Ethan Hawke) pensait qu’il vivrait le même enfer que son camarade de chambre Neil (Robert Sean Leonard), écrasé par le poids de ses cours et fustigé par un père qui ne tolère que la perfection, mais c’était sans compter sur son nouveau professeur de littérature, John Keating (Robin Williams). Selon lui la poésie n’est pas affaire d’analyses, d’études et de réflexions, elle n’est que passion et liberté. Tranchant singulièrement avec leurs autres professeurs à la sévérité déprimante, il leur enseigne l’art de vivre « Carpe Diem », incitant à vivre l’instant présent. Face à des jeunes dépréciant foncièrement leur vie, cette idée que le bonheur n’est qu’affaire de choix sonna comme une libération.

Ô temps qui passe, toi qui souhaite que je trépasse, sache que c’est avec joie que j’accueillerai la mort, ce sans le moindre remord, car jusqu’à mon dernier instant, la vie aura été un cadeau des plus plaisant. Il est criminel de constater à quel point la société se fout royalement du bien être de ses concitoyens, et on a du mal à comprendre pourquoi des parents haïssent à ce point leurs enfants pour les envoyer dans un tel mouroir. C’est bien simple, sur la demi-douzaine de jeunes qu’on suit, tous sont dépressifs au plus haut degré et on est là, constamment à craindre un suicide aussi logique qu’inévitable. La seule question qui reste en suspend est de savoir qui sera le premier à craquer. Le pire, c’est malgré les 25 années qui se sont écoulées (depuis la sortie à domicile), les situations vécues font écho à celles qu’on peut encore subir aujourd’hui, comme si la paternité restait un fardeau et que l’éducation nationale se destinait à briser les plus faibles. Une histoire des plus poignantes donc, analysant avec brio la vie humaine dans sa noirceur la plus sombre. Les acteurs donnent bien sûr une immense envergure à cette mise en abyme, mais il ne s’agit pas là du meilleur rôle de Robin Williams, étant au final assez secondaire, même si son talent aide pour beaucoup à la qualité du film et que la scène finale compte parmi les plus tristes et émouvantes de l’histoire. Un film brillant sur la détresse humaine dont le message a toujours autant de sens après tant de temps.

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