Les Valseuses

Les Valseuses
1974
Bertrand Blier

Déjà gros succès en librairie, le roman éponyme de Bertrand Blier avait prit une propension dantesque lors de son auto-adaptation cinématographique, rassemblant plus de 5,7 millions de spectateurs, étonnant pour un film polémique sur la libération sexuelle. Plus fort encore, le film a révélé au public des acteurs qui comptent aujourd’hui parmi les figures les plus emblématiques du cinéma.

L’obsession des plaisirs de la chair ne remonte pas d’hier, et chaque décision de Jean-Claude (Gérard Depardieu) et Pierrot (Patrick Dewaere) est motivée par ce pêché dont la soif est une priorité absolue. Deux potes qui vagabondent gaiement, passant d’une planque à une autre, d’un cul à un autre. Éternellement en cavale, ils cherchent juste un peu de réconfort dans ce monde de brute.

Le film commence en nous mettant dans le vif du sujet : les deux compères harcèlent une vieille morue boudinée et tentent de la violer tant leurs valseuses les démangent. On enchaîne ensuite direct avec ce qui sera la grosse chaudasse du film : Miou-Miou, d’une beauté saisissante à l’époque. Et mise à part un petit coup de mou en seconde moitié, le film s’enchaîne très bien, faisant se succéder nombre de scènes marquantes, notamment le « viol » dans le train (avec Brigitte Fossey), le fantasme autour de Jacqueline (Isabelle Huppert) ou encore la recherche de la vraie femme (Jeanne Moreau). Un très haut degré de perversion qui pourrait en rebuter certains, mais c’est là une véritable leçon de cinéma pour toutes les comédies américaines trash : on peut faire un film sur de véritables obsédés, montrer beaucoup de scènes de nues et pourtant ne pas aboutir à un film vulgaire. Le secret ? Des acteurs d’exceptions (notons un petit caméo de la troupe du Splendid), un cadrage parfois pudique, et surtout un humour d’une grande finesse qui arrive au travers de dialogues géniaux à faire passer des monstruosités totales. On se délecte de répliques aussi cultes que « Bordel de nom de Dieu, y’a bien un cul qui nous attend quelque part ! », « Marre de se fourrer de la viande froide ! », ou bien sûr le légendaire « On est pas bien là ? [Si.] Paisible, à la fraîche, décontracté du gland. ». Juste grandiose avec un Depardieu magistral, volant certes la vedette à son malheureux compagnon, mais quelle force ! Mais bien sûr, le film n’est pas non plus parfait. La réalisation déçoit un peu par son classicisme, et on note même une scène dans une gare en très basse résolution qui dénote d’un manque de finition de la version HD. De même, la fin perturbe un peu tant on a l’impression qu’il manque la dernière scène. Un élément scénaristique laissé vacant y trouvait un écho qui semblait calculé, trop gros pour être une coïncidence. Même la mise en scène le laissait entendre, et ça n’aurait pas été plus surprenant que ça, mais non, la roue reste en place. Un remontage post-projection-test ? Mais c’est aussi ça la force du film, imprévisible jusqu’au bout. Une comédie délirante, surréaliste et fascinante.

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