All you need is kill

All you need is kill
2004
Hiroshi Sakurazaka

Film de science-fiction majeur de cette année, Edge of Tomorrow a largement impressionné par sa qualité et son originalité, transformant un démarrage inquiétant en une réussite méritée par un bouche-à-oreille phénoménal. Hasard du calendrier, un manga est arrivé à peu près en même temps que le film, célébrant lui aussi les dix ans du roman originel dont il est ici question.

Oubliez presque tout ce que vous savez du film, le roman n’a que peu de choses à voir. Exit le sergent américain enrôlé de force, l’histoire est ici celle de Keiji Kiriya, jeune recrue japonaise qui s’apprête à défendre son pays contre la menace extraterrestre que représente les Mimics, amphibiens massifs proches du crapaud, développés via des nanorobots pour transformer la Terre en nouvelle planète habitable pour leurs créateurs. Ils évoluent, se développent pour mieux anticiper et répondre aux contre-offensives humaines. La guerre dure depuis des décennies, et plus grand monde ne croit en nos chances de réussite face à un ennemi capable de lancer des projectiles meurtriers à une vitesse incroyable. Mais ce qu’ils ignoraient, c’est que dans chaque affrontement un Mimic-serveur est déployé, capable de remonter le temps pour se prévenir du danger (pas d’alpha ni d’oméga donc). C’est en tuant l’un d’eux que Kiriya va se retrouver englobé dans son réseau électrique, lui conférant le même pouvoir. Cela suffira t-il à faire la différence ? Pour l’aider à y voir plus clair, il pourra profiter de l’expérience de la Full Metal Bitch, alias Rita Vrataski, également prise dans une boucle lors de l’offensive californienne quelques années auparavant.

La première partie du roman prouve une certaine fidélité initiale du film : excepté le changement drastique de lieu et de personnage principal, les situations sont semblables. La vie sur le camp militaire, les situations décrites, la tentative de fuite avec les Mimics qui le retrouvent : tout y est (sauf la cantine, pas le temps pour tout). Bien sûr, dans le livre un phénomène Shinji Ikari (Evangelion) se fait sentir avec l’envie de fuir, le côté puéril et dépressif du héros, mais l’esprit reste le même. Même si on perd en dynamisme et en fluidité, la première partie du livre se démarque – forcément quand on en a le temps – par une plus grande description de la situation, explorant aussi en profondeur l’histoire de Rita. En revanche, chose étonnante, l’histoire est moins crédible dans le livre. Plus explicite, mais moins cohérente. Le principe de voyage dans le temps marche bien via une source d’énergie mystique qui encode ses alpha, avec une transmission par le sang pour passer le pouvoir à l’homme, mais ici le principe de signal électrique propre à chaque bataille avec des boucles locales à usage unique passe beaucoup moins bien, d’autant que cela amène abruptement une pseudo fin qui nous laisse incrédule, alors même que le film offre une fin nette et largement plus intéressante. On a là une espèce de fin ouverte, alors même qu’il aura fallut plus de dix ans pour que le livre se paye une suite (le projet est en cours), prouvant que rien n’était prévu à l’origine, laissant donc un goût d’inachevé. Un scénario plus probant dans l’adaptation donc.

Côté artistique, des divergences se font également sentir. Bon point pour le livre, l’endosquelette pas terrible du film était à l’origine une combinaison surpuissante à la Gantz, beaucoup plus efficace, esthétique et logique, protégeant tout le corps. De même, la menace des Mimics est plus grande dans le livre de par leur capacité à lancer des pics en forme de javelot à plusieurs centaines de kilomètre heure, même si leur aspect de batracien laisse perplexe, à supposer que la version ciné soit mieux. Autre potentialité mieux exploitée dans le livre, les combats avec l’entraînement à la hache donnent plus de panache et d’envergure. Dans le même registre, on regrettera certains oublis dans l’adaptation comme les passages à la cantine ou encore l’invasion surprise finale, pour le coup franchement bonne. Mais là où le livre est terriblement inférieur au film, c’est incontestablement au niveau du scénario, et cela pèse très lourd dans la balance. Moins dynamique, moins fluide, moins logique, moins recherché, et même le personnage principal est moins attachant et intéressant. Difficile à croire et pourtant, le matériau d’origine est moins riche que son adaptation.

Le livre souffre donc de la comparaison, il n’est pas spécialement bien écrit (aucune phrase mémorable), il ne gère pas bien non plus son principe de boucle, tombant régulièrement dans la redondance, son troisième chapitre casse le rythme et met beaucoup de temps à nous intéresser, son héros manque de charisme, et sa fin est carrément décevante. Heureusement, nombreux sont les passages marquants, et il alterne plutôt bien les petits moments de simplicité et les recherches musclées sur le moyen de sauver le monde grâce aux boucles. Pas mal d’éléments de surprises à noter aussi – bien que certains finaux nuisent beaucoup -, et le livre regorge de bonnes idées, que ce soit l’histoire des extraterrestres, l’interaction entre les personnages, ou encore tout ce qui entoure l’équipement militaire. De la bonne SF malgré tout, pas aussi marquante que Edge of Tomorrow, mais sensiblement différente, offrant une alternative non négligeable.

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