Souvenirs d’un été

Souvenirs d’un été
1995
Lesli Linka Glatter

Si pour beaucoup la référence dans le domaine du film d’aventure sont Les Goonies (faudrait vraiment que je me le refasse depuis le temps), il y a un tel nombre de grandes réussites cinématographiques mettant en avant une bande de jeunes qu’on est souvent surexcité à l’idée de se laisser enivrer par leurs histoires. Passé relativement inaperçu à l’époque, le film a presque tous les ingrédients pour nous offrir cette cure de jouvence qu’on attendait fébrilement, mais souffre aussi d’un certain nombre de problèmes impardonnables.

Dans une petite ville tranquille de la campagne américaine, quatre copines d’une dizaine d’années s’apprêtaient à vivre un été des plus mouvementés. Alors qu’elles n’ambitionnaient que de s’acheter une cabane où couler des jours heureux, au détour d’un petit jeu de spiritisme à la con leur été prit un tournant quand la foudre frappa la tombe d’un jeune garçon mort à 12 ans, persuadées d’avoir réveillé son esprit. Elles vont alors décider d’enquêter sur sa disparition.

Bande de criminels, tueurs de bonheur ! Je vomit la narration de ce film ! Elle ruine toute forme de suspense, et sa présentation détruit l’image du meilleur personnage du film par un choix détestable en tous points : les retrouvailles des années plus tard. Le fait de commencer le film par les quatre filles devenues quadragénaires se retrouvant après une longue période d’absence, cela nous montre non seulement qu’elles ne sont pas si inséparables, brisant la magie de l’enfance d’emblée, mais aussi qu’elles sont toutes en vie, nous empêchant de nous inquiéter ne serait-ce qu’une seconde quand l’une d’elles est menacée. Pire encore, leur vision d’avenir est médiocre : des caricatures ambulantes, aux vies dépressives et inintéressantes. Plus grave encore, le casting est atroce, une hérésie. Le meilleur personnage du film, la jeune Roberta (Christina Ricci), est remplacée une fois adulte par un monstre obèse, d’une laideur physique et morale en totale opposition avec cet ange, certes un peu garçon manqué, qu’elle était petite. Une folie d’autant plus grande tant cela est une insulte à une immense actrice, star montante sortant de trois succès majeurs. C’est en plus totalement incohérent avec les personnages puisque la jeune Christy était, elle, toute désignée pour devenir bouboule. Elle aurait été plus crédible en Demi Moore, elle aussi mal castée. Il semblerait que quel que soit le film, vouloir faire se retrouver les personnages des années plus tard est une idée très mauvaise (cf Le Club des empereurs).

Donc une erreur quasi rédhibitoire sur le mode narratif aboutissant à des incohérences de tailles et des déceptions atroces pour le spectateurs, mais heureusement cela représente une faible partie du film, très largement centré sur les petites filles. Du point de vu du passé, le film est déjà bien meilleur, même très bon. La bande est géniale, les actrice excellentes, leur joie de vivre est communicative, et même s’il faut dénoncer une hypersexualisation bien trop précoce, on les suit avec grand bonheur. L’histoire est très simpliste, on dirait du Chair de Poule, avec des aboutissants très évidents, mais l’intérêt réside surtout dans l’ambiance, dans cette quête initiatique, découverte de la vie. Chaque petite aventure est un message, une leçon de vie, l’une d’elles nous étant offerte par Brendan Fraser, petite surprise sympathique, bien qu’il contribue lui aussi à faire grandir trop vite ce groupe en proie trop tôt à certains affres de la vie. On y voit donc des choses magnifiques, on est quelques fois assez ému, mais impossible de pardonner cette vision d’horreur futuriste, destructrice de rêve.

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