Serena

Serena
2014
Susanne Bier

Vendu comme une épopée magnifique digne de la grande époque des Westerns, le film se voulait aussi comme les secondes retrouvailles du couple tant apprécié de Happiness Therapy, film au succès incontestable. Du solide donc, et pourtant le film n’a même pas atteint les cent mille entrées en France, eu des moyennes par copies dégueulasses dans tous les pays où il est déjà sorti, et il lui reste encore neuf jour avant sa sortie limitée aux Etats-Unis, qui n’atteindra surement jamais le seuil de l’exploitation nationale. Ambition mal placée, campagne désastreuse ou simple caprice de distributeur ?

Prenant place en plein dans la crise de 1929, le film raconte les difficultés qui pèsent sur les épaules de George Pemperton (Bradley Cooper), exploitant forestier de Caroline du Nord, devant lutter contre les problèmes économiques, la défaillance de son associé, et aussi la menace de cessation d’activité émise par le shérif (Toby Jones), soucieux de l’écologie malmenée par ce genre d’exploitation. Pour faire face, il pourra néanmoins compter sur le soutien indéfectible de sa femme, Serena (Jennifer Lawrence), prête à tout pour réussir et garantir le bonheur de son foyer.

Il est parfois bon de savoir prendre son temps. Mettant beaucoup l’accent sur les paysages sauvages de l’Amérique profonde, le film nous montre des plans magnifiques, sublimés par des jeux de lumières très travaillés, donnant un caractère fort aux décors. Cela permet de donner vie à l’histoire, au cadre enchanteur et paisible, bien que rapidement rattrapée par les événements tragiques qui s’y déroulent, reprenant une trame à la Moby Dick, où les deux héros sont chacun obsédés par une chose, lui l’argent / le Brésil et elle la seconde famille de son mari, parallèle d’autant plus flagrant avec le mystérieux pumas faisant écho à la baleine qui symbolise la peur de l’inconnu quand les choses nous échappent. Mais pour autant le film ne fait pas preuve d’une lassitude rebutante, l’histoire ne connaissant pas vraiment de temps mort. Une ambiance passionnante et formidablement retranscrite, mais le virage prit dans le dernier tiers déçoit fortement. Énigmatique et charismatique personnage, Galloway (Rhys Ifans) va participer au naufrage final, partant beaucoup trop loin dans une direction peu agréable, au point de n’avoir plus aucun sens. Un dernier virage qui gâche le tableau, perdant peu à peu la subtilité initiale. Un travail artistique remarquable et un casting efficace, mais l’histoire est vraiment trop mal négociée pour réellement convaincre.

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