Les Choristes

Les Choristes
2004
Christophe Barratier

L’esprit encore embrumé et encombré par les chansons de la comédie musicale Annie, il fallait trouver une alternative capable de s’encrer aussi profondément, alors voici donc le film de chorale le plus connu en France, ayant réussi à rassembler 8,4 millions de spectateurs en France et près de 15 millions dans le monde. Un large succès publique conforté par de bons retours critiques, amenant le film aux César, où il fut récompensé pour ses musiques, et même aux Oscars, concourant pour le prix du meilleur film étranger. Un sort pas si surprenant compte tenu de sa grande inspiration de La Cage aux Rossignols, immense classique qui avait fait plus de cinq millions d’entrées, mais ça n’en reste pas moins impressionnant.

1949. Musicien raté, professeur chômeur, Clément Mathieu (Gérard Jugnot) va accepter un poste alimentaire de pion dans une école de correction des plus difficiles : Le fond de l’étang. Lieu lugubre, il abrite en son sein des rejetons, des orphelins à la réputation désastreuse ne laissant guère de choix quant à la sévérité en vigueur. Action, réaction. Perturbation, punition. Le corps enseignant (François Berléand, Kad Merad) est terrifié, les gamins (Jean-Baptiste Maunier, Thomas Blumental) désabusés. Mais pour Clément Mathieu, cette situation n’a pas vocation à être figée, et il entrevoit une possibilité d’ouverture de dialogue : il compte les rassembler autour d’une chorale.

Plus de dix ans se sont écoulés depuis la sortie du film, souvent résumé à ses chants, entraînants et magnifiques, d’autant plus avec à la tête des enfants une révélation qui n’a malheureusement pas eu la carrière qu’il méritait. Une BO plus si appréciée avec le temps, la faute à une surexposition exténuante, mais le film a tellement plus à offrir. Outre son casting surprenant à bien des égares entre un Gérard Jugnot d’un rare charisme, des collègues parfaits dans leurs rôles et des enfants stupéfiants, notamment le terrifiant Mondain (j’en avais fait des cauchemars à l’époque), le film est artistiquement bluffant. La réalisation est réellement superbe, retranscrivant à la perfection l’ambiance de l’époque, et tout dans l’image nous subjugue, des décors à la lumière. La force de la musique et des acteurs font le reste, transformant une belle histoire dramatique en fable incroyable qui vous tire les larmes, ou presque. Un point vient un peu gâcher ce tableau idyllique : le choix de narration. Toute la partie située en 1949 est géniale, mais elle débute et se termine par une vision de deux des personnages bien des années après, et on aurait envie de hurler. Déjà, transformer des enfants en vieillards est d’un désespoir absolu, montrant la brièveté de la vie, mais quand en plus Morhange, celui qui fut à la tête de chorale, peine à se rappeler le nom du bon samaritain qui l’a remit sur le droit chemin et à qui il doit tout, c’est juste moche, débile et inutile. Un faux pas qui coûte cher et fait mal au spectateur, d’autant que la scène du bus aurait fait une bien meilleure fin, promesse d’un bel avenir que cette narration amenuise. Dommage, mais le film reste malgré tout excellent, et voir un film français qui a autant d’allure et nous fait autant rêver, c’est suffisamment rare pour être souligné.

Ce contenu a été publié dans Cinéma, Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.