Autómata

Autómata
2014
Gabe Ibáñez

Pas besoin de gros budget pour faire de la science-fiction de qualité. Les allemands nous l’ont prouvé avec brio dans Cargo, l’un des meilleurs du genre de la décennie, et les espagnols ont aussi bluffé leur public avec le perturbant Eva, l’une des approches les plus pertinentes de la vie mécanique vue à ce jour. Plus internationalisée mais toujours espagnole de base, cette autre tentative SF à petit budget s’attaque elle aussi à la robotique, basée sur les lois bien établies d’Isaac Asimov.

Le film prend place en 2044 dans un contexte post-apocalyptique. Les émissions du soleil ont connu des pics terribles, réduisant en poussière nos satellites en orbite, et la couche d’ozone a subit une attaque catastrophique, l’endommageant au point de rendre notre planète hautement radioactive. L’atmosphère s’est asséché, l’extérieur des habitations fortifiées est devenu mortellement dangereux, et le temps de trouver une solution au problème, 99,7% de la population avait disparu, réduisant l’humanité à quelques vingt mille représentants. Le travail extérieur étant pénible et la main d’œuvre manquante dans presque tous les domaines, une implantation massive d’unités robotisées fut donc nécessaire. Jacq Vaucan (Antonio Banderas) est employé dans le service d’assurance de ROC robotics corporation, la société qui produit et assure les robots, et est chargé d’enquêter sur un phénomène qui semble prendre de l’ampleur : des unités affranchies de la seconde loi de leur protocole, celle sur l’interdiction d’altérer ou modifier une unité.

Si la seconde loi est similaire à celle de Asimov disait qu’une unité doit préserver son intégrité physique, la nuance bouleverse la donne. Ici implicite, la troisième loi dicte normalement qu’un robot doit accomplir les ordres d’un humain, sauf si ceux-ci entrent en contradiction avec les deux premières lois. Or si un robot est capable de se modifier, il peut aussi se délivrer de son protocole restrictif, et c’est là tout le sujet du film. La machine devient autonome, une véritable intelligence artificielle évolutive, et voir son cheminement et son raisonnement est très intéressant, surtout mit en parallèle avec le matérialisme humain si primitif. Un excellent sujet donc, particulièrement mit en valeur par le robot du plaisir, point central de la question existentielle sur l’âme cybernétique. Néanmoins, la réflexion reste assez superficielle, bien loin de films comme Chappie. Pour faire un peu la différence, le film propose une ambiance soignée avec des plans magnifiques et très travaillés, ayant d’ailleurs valut au film quelques nominations aux Goyas. De belles idées, une direction artistique quasi parfaite, un sujet fort, mais le traitement déçoit un peu dans la mesure où on a déjà vu plus abouti pour ce même thème.

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