The Riot Club

The Riot Club
2014
Lone Scherfig

Ha la la, quelle chance nous avons, nous le petit peuple, l’arrière-garde de la république ! Nous n’aurons jamais à nous inquiéter du sort d’un pays, d’une grande entreprise, nous n’aurons jamais de hautes responsabilités, de place importante dans la société. Ainsi, nous n’avons pas à travailler réellement dur, à faire des études de valeur, à se demander quelle image la société gardera de nous après notre mort puisque tout le monde s’en foutra. Bref, vous êtes tous de la merde, et ça vous enlève un stress énorme, car après tout s’inquiéter de boucler ses fins de mois n’est que peu de choses comparé au choix de placement d’un capital qui se chiffre à plusieurs dizaines de millions.

Elite de demain, intellectuels d’aujourd’hui, les étudiants d’Oxford ne pèseront pas tous aussi lourd, mais les membres de la société secrète du Riot Club (incluant Sam Claflin et Douglas Booth) sont eux promis à un avenir dont le commun des mortels ne peut prétendre, ils le savent, et ils en jouent. Dans le cadre du recrutement de nouveaux éminents membres, ils vont s’adonner à leur rite préféré : s’inviter dans un restaurant, et voir jusqu’où le pouvoir de l’argent peut soumettre les autres et leurs accorder tous les droits. Quand on est blasé de tout avoir, on se tourne alors vers se qui normalement ne s’achète pas : la dignité humaine.

On le sait bien, ceux qui tirent les ficelles du monde se connaissent tous et ont évolué dans des cercles très fermés. Et à chaque occasion d’approcher ces lieux hors de portée, la fascination emporte notre adhésion, que ce soit le Phoenix Club de Harvard dans Social Network ou la brigade « à la vie à la mort » de Yales dans Gilmore Girls. Ne manquerait plus que le penchant adulte de ce genre de sociétés : les Francs-Maçons, mais on risquerait de sombrer dans le sordide insoutenable. D’un côté on se dit qu’ils ont toutes les cartes en mains, mais d’un autre on se dit qu’ils ne méritent pas de les avoir vu ce qu’il en font. Et clairement en l’occurrence la frontière de l’acceptable est franchie, et ça va beaucoup trop loin. Mais c’est aussi ça le sujet du film : la morale de notre société est corrompue. Donc si le film est dérangeant et n’aborde pas le thème comme on le voudrait en mode festif outrancier mais de bon goût, ce qu’il propose est aussi très intéressant, d’autant que le casting compte nombre de têtes connues, certes peu croisées, mais toujours dans des rôles d’envergure comme Jessica Brown Findlay de Downton Abbey (Cybil) et Natalie Dormer de Game of Thrones (Margaery). Le cadre britannique colle d’autant mieux au thème choisit, et sans véritablement nous bluffer, le film va au bout des choses et se justifie pleinement.

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