Vice Versa

Vice Versa
2015
Pete Docter

Récemment encensé à Cannes, le film est désormais sorti, avec à la clef des critiques extraordinaires et un démarrage record aux Etats-Unis, 90.4 M$ sur son seul weekend, faisant du film non seulement le meilleur perdant de l’histoire (ayant malgré tout fini derrière le monstrueux Jurassic World qui n’en fini plus de faire tomber tous les records) mais bat aussi le record d’Avatar du plus gros démarrage pour un film original (c’est-à-dire n’appartenant ni à une franchise ni à à une œuvre littéraire ou autre chose préexistante). L’idée de base était effectivement originale et pleine de promesses, mais l’engouement est un peu exagéré.

Que se passe t-il dans nos petite têtes ? Dans cette coproduction Disney / Pixar, on nous propose de découvrir l’enfance de Riley, et plus précisément le tournant de sa vie : son déménagement, passant de sa belle vie tranquille et insouciante de la campagne du Minnesota (ou Oregon, truc du genre) à une vie bruyante dans la lugubre ville de San Francisco. Une histoire vue par les yeux de ces cinq émotions primaires : la joie (Charlotte Le Bon), la tristesse (Marilou Berry), la peur (Pierre Niney), le dégoût (Mélanie Laurent) et la colère (Gilles Lellouche).

Cinq émotions, cinq personnages types, avec une représentation de chaque pour toute chose douée de conscience, excepté les consciences elles-même, sans quoi on risquerait de reboucler à l’infini. Mais donc voilà, les personnages principaux du film sont limités par un attribut émotionnel, et le risque de voir des personnages au fond très caricaturaux et pauvres était grand, mais finalement cela passe assez bien. Bravo d’ailleurs au passage aux doubleurs pour leur travail remarquable, leurs voix étant presque toutes méconnaissables, l’acteur s’effaçant au profit de l’identité propre du personnage. Un principe d’émotions qui marche très bien, d’autant que l’univers est plus travaillé qu’il n’y paraît, proposant tout une gestion des souvenirs et de la personnalité à la fois drôle et pertinente, possédant aussi quelques ressorts dramatiques quand l’histoire le réclame. Le scénario, ultra classique puisque prenant l’exemple d’une vie typique, est néanmoins très solide avec son parti prit de livrer un décryptage de notre philosophie, mode de pensé et autre approche de la vie en général. Une vision loin d’être superficielle, et au ressort ludique important, et comme le film se destine surtout aux enfants, c’est probablement cet aspect qui a à ce point conquit. La perfection est en revanche bien loin, n’utilisant pas assez les cinq émotions des autres personnages, pourtant de loin le meilleur ressort comique, et l’aventure des deux perdues possède quelques lourdeurs. Mais le plus grave est à mettre au crédit de la patte artistique, pas tellement convaincante entre une technique désuète et des designs parfois repoussants. Une brillante idée instructive pour les enfants et amusante pour les adultes, proposant une étude complète et poussée de la psychologie humaine, mais ça n’est pas le bijou exceptionnel annoncé.

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