Pan

Pan
2015
Joe Wright

Des premiers visuels forts sympathiques, un casting alléchant, une origin story bien venue, une bande-annonce qui met l’eau à la bouche : il y avait de quoi se réjouir, et on y croyait franchement. Puis ce fut la mauvaise nouvelle. Normalement prévu pour juillet, temps fort propice aux gros blockbusters, le film fut décalé à octobre pour des raisons de post-production compliquée, ce qui n’et pas très bon signe en soi, mais qui signifie surtout une sortie calée dans une période de vaches maigres, surchargée qui plus est. C’était comme si le studio renonçait à l’idée d’en faire un succès, alors même qu’en amont on parlait d’une toute nouvelle saga avec un spin-off sur la fée Clochette déjà calé pour 2017. Le bilan fut lourd, plus sombre que les plus pessimistes estimations, le film végétant à 90 M$ après trois semaines d’exploitation, à des années lumières des 375 M$ nécessaires à sa rentabilisation (150 M$ pour le budget, la moitié pour les frais de publicité, et autant pour financer la suite). Certes, c’est un désastre, mais amplement mérité tant le résultat est indigne, même pour un public d’enfants.

Vous connaissez bien évidemment l’histoire de Peter Pan (Levi Miller), cet éternel enfant qui refuse de grandir et qui amène Wendy et ses frères dans son pays imaginaire où il fait mumuse à la guerre avec un certain Capitaine Crochet (Garrett Hedlund) ? Eh bien voici l’histoire du petit orphelin abandonné à la naissance (par Amanda Seyfried), qui à l’âge de 12 ans va se faire kidnappé par le méchant Barbe-Noire (Hugh Jackman), chef des pirates du pays imaginaire qui fait travailler de force des enfants dans ses mines dans le but de récolter de la poussière de fée, le secret de son immortalité. Et pour libérer le pays imaginaire, il va faire équipe avec le gentil Capitaine Crochet. – Bah non, il est méchant. – Et même qu’il va tomber amoureux de Lili la tigresse (Rooney Mara). – C’est pas une petite fille normalement ? – Et même que y’a Cara Delevingne qui fait plusieurs sirènes. – Mais attendez les gars, vous faites n’importe quoi ! – Et même que les bateaux volent sans poussière de fée et qu’ici ça devient une espèce de drogue. – Sérieux ? – Sinon on a des canards géants multicolores mais on a oublié de modéliser le corps, les tirs de pistolets c’est du paintball, et on fait chanter du Nirvana à des enfants en pleine Seconde Guerre Mondiale. – Ok, peloton d’exécution pour l’ensemble de l’équipe du film.

Mais qu’ont-ils fait… L’univers de Peter Pan n’est pas très riche, d’ailleurs je ne suis pas très fan de la version de Disney, lui préférant largement la version de 2004, mais ça n’était pas une raison pour se torcher avec, surtout si c’est pour faire ça. Que Barbe Noire n’est rien à foutre là, admettons ; que l’histoire se passe pendant la guerre alors que c’est le préquel d’une histoire qui se déroule avant, c’est une erreur à la con mais pourquoi pas si ça apporte vraiment quelque chose ; qu’on utilise des musiques quitte à provoquer des anachronismes, soit ; changer l’âge d’un personnage pour pouvoir inventer une romance, c’est stupide et il aurait été si facile de créer un nouveau personnage, mais on peut vivre avec ; faire du méchant emblématique un allié du héros, ça pouvait être intéressant, mais quand Hugh Jackman livre la pire prestation de sa vie, qu’on se tape un combat aérien entre des avions militaires et un bateau volant en mode bourde du siècle, qu’on assiste à la plus gênante et maladroite interprétation de Nirvana imaginable et qu’on dénature gratuitement et sans la moindre cohérence deux des personnages clés de l’histoire originale, dont le grand méchant, les nerfs lâchent. Et s’il n’y avait que l’histoire de passablement foireuse…

Non content de salir un personnage adoré par beaucoup de gens, le film est aussi un spectacle grotesque, navrant sur presque tous les points. C’est malheureux avec un si imposant budget, mais l’équipe a été totalement incapable de faire vivre son univers. Elle a de toute évidence confondu pays imaginaire et imaginaire : rien n’est réaliste et on est constamment submergé par les effets spéciaux. Et c’est bien connu, quand on les reconnaît, c’est qu’ils sont mal fait, et on en a rarement vu d’aussi criants. Plus qu’une débauche visuelle, c’est une véritable débâcle. C’est cartoonesque au possible, grossier, abusant des couleurs jusqu’à la saturation, et les costumes sont abusés. Et si au moins c’était beau ou original, mais tout est si fade. Pure poudre aux yeux. Pas drôle, pas intéressant, mal écrit, musicalement assourdissant, rendant certains dialogues quasi inaudibles, mais ces derniers sont si ennuyeux que c’est presque une bonne chose. L’entrée de Barbe Noire en est le parfait exemple, dissipant tout doute sur de possibles qualités. Cela explique peut-être aussi pourquoi les acteurs sont si lamentables : eux non plus n’y croyaient pas. Donc non seulement c’est un massacre qui fait honte à l’œuvre originale, mais en plus aucun des autres domaines artistiques ne réussi à convaincre, chose peu commune. Foirer son film à ce point, quel talent !

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