L’Aventure de Mme Muir

L’Aventure de Mme Muir
1948
Joseph L. Mankiewicz

Grand classique du cinéma, nominations aux Oscars, grand succès commercial et critique, et patati patata… M’enfin bon, ça date de près de sept décennies, le cinéma et les goûts ont énormément évolués, et le temps n’est pas tendre avec ceux qui prennent de l’âge. Même si le film a été restauré pour éviter de perdre la vue devant un amas de grains imprégnées sur la pellicule, le son est semble t-il plus difficile à améliorer, et en dehors de ça le bilan n’est pas très flatteur.

Devenue veuve et ne sachant que faire de sa vie, la jeune mère (de Natalie Wood, qui trouve là l’un de ses tout premier rôle au cinéma) Lucy Muir va emménager à la campagne, dans la demeure en bord de mer d’un pauvre homme qui se serait suicidé. Le loyer était imbattable, mais elle va vite comprendre pourquoi aucun des précédents locataires n’y est resté plus d’une semaine : les étranges apparitions, courants d’air et rires démoniaques sont l’œuvre du précédent propriétaire, qui hante désormais les lieux. Seulement contrairement aux autres, Lucy compte bien tenir et s’installer durablement, n’ayant que faire des veines tentatives d’intimidation d’un mort.

Vieux ou pas, un bon scénario reste un bon scénario, et celui ci avait pas mal de clés pour en être un excellent. Un esprit piégé sur Terre, une femme piégée avec cet esprit, donnant lieu à une cohabitation difficile mais qui deviendra de plus en plus évidente et appréciée à mesure que le temps passe. Il y a alors deux possibilités d’approche : soit le comique émouvant avec LA bonne idée, comme Et si c’était vrai…, ou alors le drame ultime qui ferait chialer un mercenaire du KGB, tel le bouleversant et inoubliable Quelque part dans le temps. Finalement, on assiste ici à un entre deux bancal, ressortant le comique de l’époque un peu lourd, avec une misogynie phénoménale, une avalanche de clichés et le fameux coup du puissant rire d’outre tombe doublé d’un sinistre auto-portrait, le tout mêlé avec une tonalité froide et singulièrement dépressive dans la dernière ligne droite. De plus, si les acteurs sont plutôt bons, la réalisation est catastrophique, nous obligeant à attendre le dernier acte pour trouver timidement deux scènes témoignant de l’aspect fantomatique du vieux marin, sans quoi son personnage est traité comme n’importe quel autre, jouant occasionnellement sur le hors champ. Une ébauche d’idée, mal négociée dans sa seconde moitié et dénuée d’intention de réalisation.

Ce contenu a été publié dans Cinéma, Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.