Dragon Blade

Dragon Blade
2015
Daniel Lee

Alors que les agences de recensement sont en panique avec une politique de l’enfant unique loin d’être aussi bien respectée que prévue, où les dernières estimations avoisinent les trois milliards d’habitants tant la fraude perdure depuis des générations, la Chine connaît un essor phénoménal de son industrie cinématographique. En cinq ans, leur part de marché a été multipliée par cinq, au point qu’en terme de nombre d’entrées le pays est désormais le premier mondial. Un exploit qui s’accompagne par des films toujours plus gros (ici 65 M$ de budget), plus ambitieux, sans pour autant se fermer au reste du monde (se dotant d’un casting international) malgré un export difficile (sur les 125 M$ récoltés dans le monde, 117 M$ viennent de Chine).

À l’époque de la Rome antique, Huo An (Jackie Chan), commandant de l’armée de protection de la Route de la Soie, encore en cours de construction, va faire la connaissance de Lucius (John Cusack), un légionnaire romain en fuite, tentant de protéger l’héritier de l’empire, menacé par son frère aîné Tiberius (Adrien Brody), peu enclin à partager le pouvoir.

Les non-natifs vont être un peu déboussolé. Déjà d’un point de vu chronologique, car architecturalement et culturellement la Chine est l’un des pays les plus traditionalistes qui soit et il est donc quasiment impossible de donner ne serait-ce qu’une fourchette temporelle à l’action que l’on voit en dehors d’un vague « passé », mais en plus la célèbre Route de la Soie n’a rien de vraiment très ancrée dans notre esprit. Plus encore, toute l’introduction est exclusivement en chinois sous-titré, certes logique par rapport à son histoire faisant intervenir des étrangers romains, qui s’exprime donc dans une langue « normale », un choix d’exportation qui nous place donc du point de vue des étrangers, alors même que le film est présenté du point de vue chinois. Une facilité technique déconcertante, mais qui ne nuit finalement pas à la compréhension et à l’appréciation du film. Un peu à l’image des films de samouraïs, l’histoire met en avant d’immenses cités fortifiées, des panoramas extraordinaires, et surtout d’impressionnants affrontements opposant des milliers de personnes. Cela abouti à des scènes dantesques entre la grandeur des décors et la démesure du nombre de figurants, sans compter les somptueuses chorégraphies d’arts-martiaux qui prouve que l’immense Jackie Chan n’a pas prit une ride. L’histoire est classique et l’écriture n’impressionnera pas tellement, mais avec l’américanisation des romains et l’amitié qui se noue, évitant soigneusement de trop mettre la Chine sur un piédestal, il y a de quoi se montrer satisfait. Encore beaucoup d’imperfections et un style trop classique, mais le film engage à l’optimisme quant à l’avenir du cinéma chinois qui mériterait qu’on s’y intéresse de plus près.

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