Les Visiteurs en Amérique

Les Visiteurs en Amérique
2001
Jean-Marie Poiré

Avec près de 22 millions d’entrées rien qu’en deux films, le succès des Visiteurs a en toute logique tapé dans l’œil des studios américains, reprenant au passage le même réalisateur à la barre et conservant le duo d’acteurs original. Déjà que généralement les remakes sont en dessous de l’orignal, sachant l’étron qu’était Les Visiteurs II, le four monumental que cette version américaine a connu (16 M$ récoltés dans le monde pour un budget de 35 M$, avec seulement 1,2 millions d’entrées en France, même pas le dixième de l’orignal) et le bâchage critique (sauf la presse, assez enthousiaste) qui lui est tombé dessus, je m’attendais donc à un niveau de nullité sans commune mesure, mais en réalité la presse y voyait clair.

Reprenant bien sûr les grandes lignes de la version originale, ce remake l’adapte à sa sauce. Cette fois, démarrant toujours en plein moyen-âge, à cause d’un rival voyant d’un mauvais œil l’alliance entre le comte français Thibault de Malfete (Jean Reno) et la princesse britannique Rosalind (Christina Applegate), Thibault va part inadvertance, sous l’influence d’une potion, tuer sa promise. Anéanti, il va demander à un enchanteur de le renvoyer dans le passé pour la sauver, mais par une erreur de concoction, lui et son serviteur André le Pâté (Christian Clavier) vont se retrouver au troisième millénaire à Chicago.

De toute l’histoire des remakes de films français, voici l’un des plus aboutis qu’il m’ait été donné de voir, parvenant à se hisser au niveau de l’original, tout en se réinventant suffisamment pour justifier son existence auprès des fans de la première heure. Pour être plus parlant pour un public international, l’action est vaguement située à l’époque des romans de cape et d’épées, de toute façon la plupart des américains serait incapable de situer le règne de Louis VI le gros, les personnages ont des noms très stéréotypés pour faire comprendre leur provenance et le film reprend la quasi intégralité des gags les plus emblématiques des deux films français, qu’on pourrait traduire à tort comme un manque de créativité ou d’imagination, mais il ne faut pas s’en arrêter là.

En plus de proposer un environnement encore plus déstabilisant pour nos deux visiteurs, le film s’améliore sur bien des points, comme l’écriture des personnages et la qualité du jeu des acteurs (avec au passage la présence salvatrice de têtes bien connues comme Tara Reid) ou même la réalisation. Avec un budget à l’américaine et toute la puissance de l’industrie Disney en appui, le cinéaste arrive enfin à cadrer correctement et visuellement c’est bien plus agréable. Côté histoire, s’il n’y a que peu de surprises, les personnages sont plus travaillés et la fin est bien plus probante, avec à la clé l’un des génériques de fin les plus imaginatifs et réussis qu’il m’ait été donné de voir. Malgré un temps affiché de seulement 1h30, le film prend plus de temps pour présenter l’époque d’origine et développe plus les relations entre les personnages, avec un Jacquouille (André) qui apprend à s’émanciper plus sur la durée et des scènes touchantes entre Godefroy (Thibault) et sa petite filleul. Donc non seulement le film apporte pour la première fois de l’émotion avec une alchimie, source du voyage initial, bien plus palpable, mais en plus il développe plus ses thèmes sans pour autant rallonger la durée du film, prouvant le caractère plus maîtrisé de son rythme. Les gags, forcément attendus et pour la plupart réutilisés, marchent assez bien et le contexte évolue de façon intéressante, relançant significativement l’intérêt. Donc oui, de par son statut de remake le film n’est pas aussi novateur que l’original, mais il apporte une nouvelle vision du concept et son lot d’améliorations, le rendant presque meilleur, ou tout du moins aussi intéressant. Le fait que son réalisateur ait signé le film sous un pseudonyme montre qu’il n’a aucune idée de ce qu’il fait, tendant à prouver que la qualité des Visiteurs tient de la chance (surtout quand on voit la filmographie du monsieur), et les vives critiques à l’égard de ce remake tiennent surtout du caractère sacré de l’original pour ces personnes, car fondamentalement cette seconde version est plus aboutie.

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