Des Lendemains qui chantent

Des Lendemains qui chantent
2014
Nicolas Castro

La politique, ça n’intéresse plus grand monde. Un message décrit dans le film et qui semble aussi toucher les films qui en parle : même si les acteurs incarnant les deux frères de l’histoire (Pio Marmai et Gaspard Proust) tardent à voir leur carrière décoller, le film comptait dans ses rangs trois grands noms du cinéma (Laetitia Casta, André Dussollier et Ramzy Bedia), mais ça n’a pas suffit pour atteindre la barre des cent mille entrées.

Retraçant l’âge d’or du socialisme en France, le film se déroulera de l’élection de Mitterrand en 1981, moment clé où l’on croyait que le PS allait tout changer en mieux, jusqu’aux élections présidentielles de 2002 où Jospin perdit la face en se voyant ravir sa place du second tour au profit du parti extrémiste du front National (qui au passage n’a pas fait de percée entre 1995 et 2002, passant simplement de 4.6 à 4.8 millions de voix, contrairement à Jospin qui a bien creusé en perdant 2.5 millions d’électeurs en sept ans, passant de 7.1 à 4.6). Une histoire que l’on redécouvrira sous le regard idéaliste de Léon Kandel, tour à tour militant, journaliste et animateur télé.

Les années 80-90 ont connu un certain bouleversement en matière de politique : la télévision. À partir du moment où l’actualité a commencé à s’intéresser aux hommes et aux femmes des différents partis, à en faire des « people », la communication a prit une toute autre ampleur, décuplant les mouvements militants, leur enthousiasme comme leur mécontentement. Le voir de l’intérieur, tout en rappelant certains temps forts du passé, notamment en terme d’innovation technologique, rend le film particulièrement intéressant, bien que l’on sache déjà où le parcours chaotique de la gauche nous a mené. Il semblerait donc que nous soyons amené à réitérer nos mêmes erreurs de rêves impossibles comme en 2012, croyant naïvement qu’on peut maintenir en vie un système à l’agonie qui ne convient en réalité qu’à ceux qui en abusent. Un recul qu’il aurait été bon d’aborder, mais le film n’en aura pas l’ambition, se cantonnant à une morale désuète, un humour bon enfant et une romance parisienne, c’est-à-dire superficielle avec une femme fatale, idéaliste et inaccessible, et un homme aussi rêveur et nombriliste qu’elle. Une plongée historique atypique et réussie qui trouve un écho indéniable avec ce que nous vivons actuellement, et c’est donc d’autant plus dommage que film ne fasse qu’un travail de surface.

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