Jodorowsky’s Dune

Jodorowsky’s Dune
2016
Frank Pavich

Enfin arrivé l’an dernier en France après deux ans de retard, ce documentaire a un thème pour le moins peu banal, celui d’un film qui n’a jamais vu le jour. On peut alors se demander légitimement pourquoi en parler puisque soit le film n’a pas vu le jour parce qu’il ne le méritait pas, soit il s’agit de l’une des pires injustices de l’histoire et dans ce cas là la démarche est sadique dans la mesure où on nous transmet la frustration de son annulation. Si chacun sera seul juge du potentiel du film, on peut en revanche s’accorder pour dire que le mise en place du projet lui-même fut une histoire incroyable.

Artiste chilien qui a beaucoup travaillé dans le théâtre surréaliste, Alejandro Jodorowsky s’était lancé illégalement dans la réalisation d’un film en 1957 (les lois de son pays étant très strictes) avant de véritablement pouvoir se lancer dans le milieu à la fin des années 60, gagnant peu à peu en notoriété et arrivant même à faire des succès populaires malgré le style très psychédélique de ses œuvres. C’est alors qu’en 1975 il se lança dans un projet fou : l’adaptation du monument de science-fiction de Frank Herbert sorti dix ans plus tôt, Dune.

Le documentaire nous raconte donc l’histoire d’un projet titanesque dans lequel les plus grands talents de la planète s’étaient engagés, et la liste est aussi colossale qu’impressionnante. De même, les conditions dans lesquels se sont faite les rencontres vaut le détour entre hasards miraculeux et coups de génie. L’ambition du projet n’avait aucune limite et la scène d’introduction compterait encore aujourd’hui parmi les séquences les plus spectaculaires de l’histoire. Simplement en voyant ce qu’aurait pu donner le film à travers les story-boards, on reste choqué par la violence de la scène de torture, estomaqué par la folie d’une fin qui compterait parmi les plus originales et malsaines jamais vues. Bien sûr, en étant un minimum subjectif certaines idées de costumes et design font vieillot et le film aurait sûrement prit un sale coup de vieux avec le temps à l’image de Star Wars et autres productions SF de l’époque, mais en terme de scénario, de mise en scène et d’ambiance, nulle doute que le film aurait durablement marqué les esprits. Et dire que le projet ne trouva pas les derniers cinq millions de dollars alors que quelques années plus tard un film au budget trois fois supérieur a vu le jour, peu sont ceux à l’avoir apprécié et sa rentabilité fut désastreuse. Une histoire aussi rageante qu’édifiante donc tant le film en inspira malgré tout beaucoup, et nombreux seront ceux à espérer voir le film renaître de ces cendres après une telle présentation.

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