Tu ne tueras point

Tu ne tueras point
2016
Mel Gibson

Évincé de l’espace médiatique suite à de multiples débordements et tentant depuis de retrouver un semblant de carrière d’acteur, après dix ans d’absence Mel Gibson revient à la réalisation avec un film de guerre tiré d’une histoire vraie. Le succès fut incontestable entre les 175 M$ de recettes mondiales et les critiques dithyrambiques, et même si le film n’a pu se consoler qu’avec deux prix techniques aux Oscars, sa forte présence était déjà une belle reconnaissance.

Se déroulant durant la seconde guerre mondiale, le film raconte l’histoire de Desmond Doss (Andrew Garfield), un américain qui fut tiraillé entre son patriotisme et sa fois. Religieux convaincu, le premier précepte « tu ne tueras point » était pour lui une règle essentielle, mais pour autant il n’était pas question de laisser ses compatriotes aller se battre pendant que lui resterait tranquillement au pays. Il s’engagea alors dans l’armée en tant que soignant et objecteur de conscience, partant au front sans la moindre arme.

Certes, il y a toujours besoin de médecins sur le champ de bataille, mais les motivations du héros sont étranges. Pourquoi partir à la guerre quand cela est contre ses principes ? N’est-ce pas une forme de cautionnement que d’aider et de sauver des gens qui ôtent la vie d’autrui ? Si voir une telle moralité dans un tel merdier résister à une pression phénoménale force le respect, on en reste pas moins dubitatif. L’histoire vraie est donc un peu bancale – d’autant que le traitement des personnages est assez incomplet comme avec le frère dont on aura aucune nouvelle – sur un fond ultra classique, donc il faudra creuser du côté technique et artistique pour trouver l’intérêt premier du film. Si le héros est effectivement très bien interprété et qu’on trouvera quelques rôles inspirés comme le père (Hugo Weaving), le capitaine (Sam Worthington) ou le collègue (Luke Bracey), on retiendra surtout le sergent (Vince Vaughn) qui frôle le Full Metal Jacket, mais avec beaucoup plus d’émotion, et la copine infirmière (Teresa Palmer), coup de cœur du film dont la sensibilité et la sincérité donnent des frissons. L’absence de cette dernière aux Oscars est une aberration sans nom.

Côté technique, le film est très impressionnant. Conservant la plupart du temps des focales courtes pour renforcer le sentiment de proximité avec les personnages, on s’attache immédiatement aux protagonistes et l’immersion durant la bataille de Hacksaw Ridge est juste énorme. Durant les phases « normales », le film nous inonde de lumière et fait rayonner les couleurs, nous montrant la beauté du monde qu’il faut préserver et l’importance de leur combat, tandis que lorsque l’heure du combat sonne, un brouillard épais recouvre tout, parasitant cette lumière. Reposant plus sur des effets pyrotechniques que sur des effets spéciaux – bien que si c’est pour faire des giclées de sang sur l’objectif de la caméra, brisant le quatrième mur, mieux valait s’en passer totalement – les passages de guerre ont un rendu très réaliste, bien qu’il soit très difficile d’en juger. La violence n’est en rien censurée, on voit des morceaux humains voltiger face à l’impact des explosifs, le montage est à la fois très brutal et lisible et même l’ambiance sonore convainc parfaitement. Malgré la durée de la bataille du film, elle n’est absolument pas redondante, trouvant soit un nouvel axe (l’assaut qui devient une mission de secours) soit un nouveau cadre (passage dans les souterrains). Le film est donc particulièrement réussi, aussi bien dans sa romance que dans l’entraînement et la guerre, le casting est excellent et le travail sur l’image et le son est prodigieux. Reste que l’histoire qui semblait si profonde ne l’est en fait pas tellement et pâtit d’un manque d’originalité.

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